Rythmes scolaires, rythmes de vie ?

Interview

Questions d’Éduc : Au sujet des rythmes scolaires, certains axes semblent faire consensus : des journées moins longues, des trimestres équilibrés avec des vacances de 14 jours toutes les 6-8 semaines, des vacances d’été raccourcies et un nombre de journées de classe plus élevé. L’objectif est de mieux respecter les rythmes chronobiologiques de l’enfant et de permettre une meilleure régularité des apprentissages pour en favoriser la réussite. Qu’en pensent les médecins de l’Éducation nationale ?

SNMSU(*) : Dans les préconisations de la Conférence nationale sur les rythmes scolaires, il est reconnu que la capacité d’attention d’un enfant de 6 ans n’est pas la même que celle d’un adolescent de 14 ans et le temps d’enseignement est différent : la conférence préconise 5h en élémentaire et 6h en cinquième, quatrième et troisième. Actuellement, la question de la semaine de 4 ou 5 jours fait débat, sachant que la semaine dite de 5 jours serait d’ailleurs plutôt de 4 jours 1/2…

Ce schéma organisationnel est en effet plus favorables aux apprentissages et permet d’autant mieux un soutien aux enfants les plus fragiles. Par ailleurs, si les enfants sont spontanément plutôt matinaux, les adolescents ont également des besoins spécifiques de sommeil, avec un endormissement spontanément plus tardif et un temps global de sommeil encore important : à l’adolescence, on « récupère » plutôt le matin !

Libérer le mercredi matin pour privilégier les cours l’après-midi ne pourrait-il permettre de diminuer la dette de sommeil trop souvent observée et accumulée jusqu’à la fin de semaine chez l’adolescent ?

Questions d’Éduc : Les temps d’apprentissage sont-ils les mêmes pour tous ?

SNMSU : Les temps d’apprentissage sont aussi à différencier en fonction des niveaux (préélémentaire, l’école élémentaire ainsi que les sixième et cinquième, les classes de quatrième et troisième, et enfin le lycée).

De toute façon, à tout âge, les temps d’apprentissages ne doivent pas débuter trop tôt : un démarrage à 9 heures est une bonne solution, laissant place auparavant si besoin aux temps d’accueil ou de transport. La durée de ce dernier devrait d’ailleurs se limiter à 30 minutes, ce qui implique une meilleure organisation des transports scolaires.

Questions d’Éduc : Plutôt que des rythmes scolaires, ne devrait-on pas parler des rythmes de vie de l’enfant ?

SNMSU : On sait l’importance de l’équilibre de la vie familiale, de la part du temps d’apprentissage, mais aussi du besoin de repos, de jeux et de socialisation chez l’enfant. Et chez l’adolescent, si la capacité d’apprentissage augmente en temps et en puissance, cet équilibre est toujours à respecter. L’aspect chronobiologique n’est évidemment pas le seul facteur positif sur le développement d’un enfant ; on ne peut oublier les éléments psychoaffectifs.

À ce titre, il apparait raisonnable de tenir compte de l’évolution sociétale avec l’augmentation du nombre de parents séparés, la recomposition des familles. Le samedi matin libéré permet plus facilement le double maintien du rôle maternel et paternel auprès des enfants.

Questions d’Éduc : Pouvez-vous nous donner quelques illustrations de ces rythmes de vie ?

SNMSU : En maternelle, l’organisation du temps et du lieu de sommeil devrait permettre de répondre au besoin variable des enfants pour éviter un effet d’hyperstimulation analogue au surmenage chez l’adulte. Ainsi la scolarisation des tout-petits ne peut être envisagée qu’avec une prise en compte spécifique de leur développement dans des conditions vraiment adaptées et libérées des apprentissages scolaires : accueil rassurant, approprié à l’enfant n’ayant pas acquis la propreté, encadrement par un plus grand nombre d’adultes, respect du rythme individuel de développement,
socialisation au premier plan…

Se pose globalement la question du « travail » demandé à l’enfant ou à l’adolescent : ne faudrait-il pas y inclure les temps d’apprentissage, d’aide éducative reçue, de devoirs ? Car tous ces moments sollicitent la capacité de concentration, les fonctions cognitives et mentales.

Comme chez l’adulte, l’organisation du travail permet d’éviter les phénomènes de saturation ou de fatigue : y contribuent la limitation du temps de forte concentration, l’espacement des contrôles scolaires, la répartition des disciplines avec intrication des cours d’éducation physique et sportive, de matières culturelles et artistiques. Il serait intéressant d’évaluer, dans certaines filières de lycée général ou professionnel, la charge de travail hebdomadaire demandée aux élèves au regard des emplois du temps et du travail personnel.

Dans les classes préparatoires aux grandes écoles, on peut s’interroger sur un système qui, de principe, met en difficulté l’équilibre individuel des élèves par l’importance de la charge de travail, la pression induite, la rupture sociale… En effet, ces jeunes seront amenés, dans le futur, à occuper des fonctions d’encadrement : quelle approche auront-ils alors des méthodes de management et des risques psychosociaux ?

(*) le SNMSU est le syndicat national des médecins scolaires et universitaires de la fédération UNSA Éducation.

Image : « Color pencil hours » par Vlado

Vous pouvez télécharger ici le dossier complet en format pdf « Questions d’éduc » n°2: rythmes scolaires, rythmes de vie ?

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