Jeunes : que nous apprennent les chiffres ?

Même s’il est toujours difficile de collecter les chiffres réels et si leur interprétation reste souvent partisane, il n’est pas inintéressant de préciser en quelques données statistiques ce qui fait le quotidien des jeunes aujourd’hui. La France compte 8,18 millions de jeunes de 16 à 25 ans, soit 12,7% de la population.

Une situation d’angoisse
• 49% des Français ont une image très négative des jeunes au regard de leurs actions dans la société (étude Audirep mars 2010 « Les Français et les jeunes »).

• 50% des jeunes ont un sentiment d’angoisse face à l’avenir (baromètre IPSOS pour le Secours Populaire septembre 2010).

• Deuxième cause de décès chez les jeunes de 15 à 24 ans, il persiste 600 suicides par an, malgré une baisse significative de 41% depuis 1993.

• 1 jeune sur 2 doute que les études garantissent une insertion plus facile dans le monde du travail (baromètre IPSOS pour le Secours Populaire septembre 2010).

• 90% des jeunes et des étudiants pensent qu’ils auront des difficultés à trouver un emploi (étude Quatre vents – juin 2010).

• 21% des jeunes et étudiants pensent qu’ils ont une formation en décalage avec les besoins des entreprises (étude Quatre vents – juin 2010).

Une situation d’urgence sociale Niveau de vie

• Les inégalités de revenus, qui sont fortes parmi les jeunes, sont principalement liées à la situation des parents : un cinquième (20,2 %) des jeunes de 16-25 ans vit en dessous du seuil de pauvreté (880 euros par mois), contre 13% de l’ensemble de la population.

• Plus de 15 % des jeunes sont en situation de pauvreté en termes de conditions de vie, contre 12,2 % de l’ensemble de la population.

Logement

• La majorité des 16-25 ans (57 %) vivent chez leurs parents, 18 % ont constitué une famille et 13 % vivent seuls.

• 90 % des jeunes ayant quitté le domicile familial sont locataires et la majorité d’entre eux vivent dans de grandes villes et occupent de petits logements.

• Plus de 682 000 étudiants perçoivent une aide au logement.

Scolarité

• Plus de 40 % d’une génération obtient un diplôme de l’Enseignement supérieur.

• Près de 62 % d’une classe d’âge obtient le baccalauréat depuis 1995. • Plus de 80 % des moins de 18 ans sont en cours d’études depuis le début des années 1990, contre moins de la moitié une décennie plus tôt.

• Près de 20 % des 750 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sont sans diplôme du secondaire, soit environ 150 000 élèves.

• 10 %, soit 75 000 jeunes, ne sont titulaires d’aucun diplôme.

• En 2009, 4737 jeunes étaient inscrits dans une École de la deuxième chance et plus de 278 000 étaient en contrat d’insertion dans la vie sociale (CIVIS).

Emploi

• Le taux d’emploi des 16-25 ans (28,5 %) est l’un des plus faibles d’Europe. • 35 % des emplois salariés occupés par les jeunes âgés de 15 à 29 ans sont des emplois temporaires ou des emplois aidés, contre moins de 14 % pour l’ensemble des salariés.

• Plus de 19 % des étudiants ont un emploi, dont plus d’un tiers sont apprentis ou stagiaires. Hors apprentis et stagiaires, ce taux est légèrement supérieur à 13 %, soit environ 275 000 étudiants exerçant une activité salariée parallèlement à leurs études.

• L’accès au monde du travail des jeunes diplômés s’est fortement dégradé avec la crise : en 2009, 64% des jeunes diplômés sont en emploi 8 mois après leur sortie du système éducatif contre 68% en 2008 et 77% en 2007 (étude APEC sur l’insertion professionnelle des jeunes diplômés – septembre 2010).

• La durée de recherche du premier emploi s’allonge : près de 6 mois en 2010 contre près de 5 mois en 2008 (étude APEC sur l’insertion professionnelle des jeunes diplômés – septembre 2010).

• Une forte précarisation des situations professionnelles des jeunes diplômés en 2009 : 47% de CDI en 2009 contre 54% en 2008 (étude APEC sur l’insertion professionnelle des jeunes diplômés – septembre 2010).

Faut-il parler de deux jeunesses ?

Bernard ROUDET analyse depuis plusieurs années l’évolution des valeurs des jeunes. Il porte ce constat : « Les jeunes ne sont pas dupes : ils savent bien que la jeunesse ne forme pas un tout. Soixante pour cent des 15-24 ans pensent que les différences sociales qui les traversent sont plus fortes que les préoccupations qui les rassemblent. Selon eux, la fracture sociale la plus importante au sein de la jeunesse est provoquée par le fait d’avoir ou non un emploi, le chômage étant considéré comme le problème le plus grave auquel ils sont confrontés. Ils ont une vision duale de la société ; les clivages sociaux habituels s’effacent devant la stigmatisation engendrée par certains quartiers. Le lieu d’habitation, autant que l’origine sociale, distingue ceux qui sont dedans, intégrés socialement, de ceux du dehors, en situation d’exclusion» et il constate qu’avec le chômage et la pauvreté, « les faits confirment cette opinion ». Paradoxalement, si les clivages passent au sein même de la jeunesse, ils ne semblent pas entraîner de rupture générationnelle. « Au contraire, affirme Bernard Roudet*, dans de nombreux domaines, les valeurs des jeunes et des adultes se sont rapprochées. Les résultats pour les 18-29 ans des enquêtes sur les valeurs des Français sont significatifs de ce point de vue. Il y a vingt ans, l’écart entre les jeunes et les adultes demeurait très important dans le domaine des moeurs et des normes morales. Sur des sujets comme le divorce, l’avortement, l’euthanasie, l’homosexualité, les jeunes étaient beaucoup plus permissifs que leurs aînés. Leur sentiment d’appartenance à la communauté nationale était également plus faible et les jeunes s’opposaient aux adultes dans leur rapport à l’autorité. Aujourd’hui, dans la sphère de la vie privée, les jeunes générations sont à peine plus libérales que les générations précédentes. » Il en est de même dans le domaine de la vie publique, les enquêtes montrent que « l’autorité est devenue une valeur consensuelle, avec un renforcement chez les jeunes de la demande de normes collectives et une condamnation des écarts vis-à-vis de la morale publique. Le sentiment d’appartenance à la communauté nationale est partagé par tous. Même dans le domaine des croyances religieuses, les écarts entre classes d’âge se sont considérablement réduits. Pour la plupart des jeunes Français, l’évolution des valeurs témoigne d’une consolidation de leur intégration sociale. » Et le chercheur de conclure que « cette rupture entre deux jeunesses, l’une intégrée et l’autre exclue, constitue probablement un défi important pour la société française dans les années à venir ».


L’avis de la fédération UNSA Éducation !

Ainsi les recherches mettent en évidence que le « renforcement du sentiment d’appartenance sociale » concerne tous les jeunes dans le domaine de la vie privée mais que les jeunes Français sont profondément partagés dans leur conception de la vie publique et dans leur représentation de la société. Le clivage est essentiellement lié au niveau d’études. Les jeunes qui ont poursuivi des études longues adhèrent aux valeurs universalistes et sont davantage modérés dans leurs opinions à l’égard des changements sociaux et politiques. Par contre, chez ceux qui ont arrêté tôt leurs études, la tendance est inverse et ils expriment souvent des opinions plus radicales et des votes extrémistes. Le faible niveau d’étude et de qualification de certains jeunes n’influe donc pas seulement sur leur difficile insertion professionnelle, mais « aussi sur leur appartenance à une société dont ils intègrent difficilement les valeurs collectives. » Ils vivent ainsi une situation de double retrait à la fois social et politique, avec le sentiment d’une fragilité sociale qui n’est plus compensée par des modes de socialisation syndicale, politique, voire associative en déclin de légitimité et d’efficacité, ces modalités d’organisation collective, associées aux formes ouvrières d’encadrement social, ne constituant plus un cadre efficace d’intégration sociale. Pour l’UNSA Éducation, cette situation met en évidence l’importance de l’éducation et de la formation dans la vie des jeunes et dans la construction de leur avenir social et citoyen autant que professionnel. Elle nécessite d’être une des données essentielles prises en compte dans la construction des politiques de jeunesse.

* Bernard Roudet est chargé d’étude et de recherche à l’INJEP, il a codirigé avec Olivier Galland, Les valeurs des jeunes. Tendances en France depuis 20 ans, Paris, L’Harmattan-INJEP, collection“ Débats Jeunesses ”, 2001.

Photo « Wood Number Style » par Jiggoja 

Vous pouvez télécharger ici le dossier complet en format pdf « Questions de société » n°1: Jeunesse : génération d’avenir ?

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