Mais où est passée l’éducation permanente ?

La loi de 1971 portait le titre de loi relative à la formation professionnelle et à l’éducation permanente. Aboutissement d’un long débat porté par plusieurs structures, dont des mouvements d’éducation populaire, après avoir été refusée par le ministère de l’Éducation nationale, l’inscription de ce titre a sonné une sorte d’ « enterrement de première classe » pour l’éducation permanente. En effet, et en partie à cause de la crise économique qui débute dès 1974, sont essentiellement privilégiées les formations centrées sur l’adaptation à l’emploi. Avec la loi du 4 mai 2004, la référence même à l’éducation permanente a disparu du Code du travail, fin du « long passé et de la courte histoire » (selon les mots d’Antoine Léon) de ce concept que certains apparentent presque à une idéologie.

« Conceptuellement, l’éducation permanente se définit comme une éducation étendue sur toute la durée de la vie, intéressant toutes les dimensions de la vie et intégrant en un dispositif cohérent les différentes modalités possibles du processus éducationnel : initiale et continue, formelle et informelle, scolaire et non scolaire »*. En fait, il s’agissait d’articuler deux convictions humanistes profondément ancrées chez les militants de l’éducation permanente :
• tout d’abord celle du désir d’apprendre, de savoir, de connaître. Or, force est de constater – et c’est peut-être là une des principales inégalités du XXIème siècle- que le désir d’apprendre n’est pas également réparti alors qu’il conditionne pour beaucoup la réussite des apprentissages.
• ensuite celle d’une unité des savoirs humains dans laquelle une égale reconnaissance serait faite aux savoirs professionnels traditionnels et aux connaissances scientifiques fondamentales, une sorte d’alliance entre théorie et pratique, savoirs et savoir-faire, entre intellectuels et manuels… Or – et c’est peu dire – nous sommes loin, très loin d’une telle égale dignité des modes et des contenus des apprentissages.

À l’envisager ainsi, l’éducation permanente apparaît en France (ce qui n’est pas le cas ailleurs comme en Belgique par exemple où le concept s’est ancré dans la réalité de la formation professionnelle depuis la loi de 1976) avec le recul davantage comme une utopie qu’une idéologie. Elle est à la fois condamnée par son manque de pragmatisme et de réponses directes aux attentes de l’entreprise et par l’intellectualisation des savoirs.

Est-ce à dire que les principes humanistes qui animaient cette ambition émancipatrice des savoirs ont à jamais disparu ? Beaucoup ont pu le craindre avec la substitution progressive du vocabulaire par formation continue, d’éducation puis de formation tout au long de la vie… Sans naïveté sur les volontés économiques et libérales qui dominent la société et le monde de l’entreprise, force est de constater, et justement à cause des échecs du système actuel, que de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer une approche plus globale des savoirs, un accompagnement des apprenants dans toutes leurs composantes (d’Homme, de Travailleur, de Citoyen), un développement des appétences à la connaissance et à la formation. C’est à ces conditions alors que nous pourrons réellement parler de société de la connaissance, la « learning society » pour reprendre les termes internationaux.

*définition donnée par Jean-Claude FORQUIN L’idée d’éducation permanente et son expression internationale depuis les années 1960, revue Cairn info, 2004.

Photo : Cimetière d’Ixelles par User:Ben2

Vous pouvez télécharger le dossier complet en format pdf ici : «Questions d’éduc» n°3

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