Trois questions à Alain Mouchoux

Alain Mouchoux est vice-président de la Conférence des OING (Organisation Internationale Non Gouvernementale) du Conseil de l’Europe

Quel est l’impact des langues régionales au niveau européen ?

L’Europe est une mosaïque de peuples. Elle est un espace exceptionnel de cultures et de langues. Cette diversité est une richesse qui nécessite, constamment, d’être valorisée et préservée : elle conditionne notre vie commune.

Les langues sont une forme d’appartenance à des communautés nationales, régionales ou minoritaires, dans lesquelles les individus s’identifient. Elles jouent un rôle essentiel dans le maintien de la diversité culturelle pour la citoyenneté, les valeurs humanistes et l’inclusion sociale.

Le droit à la langue, les droits linguistiques font partie intégrante des Droits de l’Homme, des droits culturels comme stipulés dans de multiples Déclarations : Universelle des Droits de l’Homme, Convention européenne ainsi que les décisions et recommandations de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe : « tous les citoyens européens ont le droit d’acquérir un niveau de compétences dans plusieurs langues et ce tout au long de leur vie ».

La « Charte européenne des langues régionales et minoritaires » du Conseil de l’Europe de 1992, entrée en vigueur en 1998, contient des dispositions générales contraignantes, y compris dans le domaine de l’Éducation, comme l’obligation de « la mise à disposition de formes et de moyens adéquats d’enseignement et d’étude des langues régionales ou minoritaires, à tous les stades appropriés ».

Quelles diversités regroupent ces langues ?

La promotion et la défense des langues régionales sont devenues des priorités sur le plan européen, y compris l’utilisation de ces langues comme langue d’enseignement, ainsi que la reconnaissance de leurs certifications.

Dans les 47 États du Conseil de l’Europe, certaines langues ont obtenu un statut officiel comme, entre autres, le basque, le catalan, le galicien en Espagne, le gallois au Royaume Uni, le frison aux Pays Bas et les langues sames en Norvège, Suède, Finlande…

Une enquête récente dans 22 des 47 pays du Conseil de l’Europe montre que 458 langues sont parlées comme langues maternelles et plus de 60 millions de personnes utilisent quotidiennement une langue autre qu’une langue officielle dans l’Union européenne !

La Charte couvre l’enseignement de 84 langues employées par 206 minorités nationales ou groupes linguistiques.

Actuellement, 25 pays ont ratifié la Charte et 8 l’ont signée sans la ratifier, comme la France en 1999.

Le Luxembourg garantit l’enseignement du luxembourgeois, de l’allemand, du français – langues de proximité – et de l’anglais obligatoire dès 13 ans.

La Suisse garantit l’enseignement de l’allemand, du français, de l’italien et du romanche (langue nationale) ; mais l’italien est enseigné en Bosnie-Herzégovine, Croatie, Roumanie, Slovénie et Suisse…

Concrètement, comment préserver ces langues ?

La Charte contient un engagement spécifique concernant la formation des enseignants pour les langues régionales : « assurer la formation initiale et permanente des enseignants nécessaire à la mise en oeuvre […] ».

Tous les Européens vivent désormais dans un environnement multilingue qui se renforce et se diversifie constamment en raison des évolutions profondes de nos modes de vie, des échanges culturels, économiques entre les pays européens et à l’intérieur des États eux-mêmes, sans omettre le rôle et l’influence des médias. Une langue, y compris régionale, est le véhicule d’une culture, d’une histoire, d’une façon d’être, d’une conception de la vie : elle contribue au pluralisme des idées.

Le consensus s’est établi, en Europe, que tout individu est éducable et possède les capacités intellectuelles et phonologiques pour apprendre plusieurs langues, en plus de sa langue maternelle. Assurer le plurilinguisme en Europe, c’est s’opposer à la standardisation culturelle et linguistique et à l’uniformisation des cultures, donc des esprits !

Les langues sont des composantes de notre identité locale, régionale ou nationale, voire continentale – l’identité européenne vient de la diversité de ses cultures – qu’il est utile de valoriser et de pérenniser ; elles sont des éléments de notre patrimoine culturel commun, elles créent le lien avec l’Autre, si nécessaire pour vivre ensemble, partout.

Vous pouvez télécharger le dossier complet en format pdf ici : «Questions de société» n°3

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