Construire autrement son rapport à soi, aux autres, à la société

small__8171617155Aujourd’hui, j’ose prendre la parole. J’ose demander de l’aide…

Cette démarche que suivent chaque jour, chaque semaine, des milliers d’enfants, d’élèves s’appuie sur l’agenda coopératif proposé par l’OCCE.
Rien à voir avec la morale laïque ? Rien n’est moins sûr !
De quoi s’agit-il ? D’un dispositif accompagné qui permet de développer l’estime de soi et des autres, de coopérer, de communiquer, de composer, d’apprendre à vivre ensemble, de s’apprendre mutuellement des connaissances, de créer du lien social, relationnel, de renforcer la démarche de prévention par la confiance en soi, de trouver du goût, du plaisir à l’école, de développer son esprit critique et ses réflexions sur soi et sur les autres, de créer un climat de classe propice aux apprentissages, de développer les valeurs de la coopération,… en une phrase, c’est une éthique en acte du respect et de la tolérance, de l’entraide et de la co-production, une aide à vivre et agir ensemble…

Au collège, pas facile de vivre entre garçons et filles, ensemble. Alors ici on a décidé de mettre le problème en scène, de le poser et de l’exposer, de le jouer pour ne pas le cacher, pour poser toutes nos questions, apporter des réponses, trouver des solutions, les inventer… grâce aux ateliers de théâtre participatif, de théâtre forum.

La méthode inventée par Augusto Boal et son théâtre de l’opprimé dans les années 70 est ainsi entrée, avec l’apport d’associations ou de compagnies théâtrales, dans plusieurs établissements scolaires. Il s’agit de proposer autour d’une question, d’un problème, d’une situation de blocage de courtes scènes qui pourront à tout moment être modifiées, transformées, retournées par les participants qui sont à la fois spectateurs et acteurs. Comme le plateau de théâtre n’est pas la vraie vie, qu’on y joue des personnages, tout y est permis, possible, imaginable. Les pistes qui y sont expérimentées, les solutions proposées, les réponses construites, permettent, elles, de grandir, d’apprendre, d’aller plus loin… sur la scène comme dans la vie !

Une fois de plus, Kévin et Elodie se prennent la tête en montant les escaliers pour se rendre en cours. Mourad s’approche. Il n’hésite pas à intervenir. Il est un bon camarade. Il cherche les mots et les gestes qui apaisent. Il les a appris. Il est médiateur de conflit.

La médiation des conflits par les élèves est une réponse efficace aux petites violences quotidiennes et aux incivilités. Elle fait intervenir des élèves extérieurs aux litiges, formés pour trouver une solution.
Elle doit être inscrite dans le projet d’établissement et être travaillée avec toute la communauté éducative. Elle met en évidence les valeurs partagées et qui paraissent essentielles à transmettre aux élèves : la solidarité, le respect de soi et des autres. La médiation par les pairs permet de responsabiliser les élèves, en les impliquant dans la résolution des conflits.
Il doit y avoir une équipe d’adultes volontaires, motivée et pluri-catégorielle, qui accompagne les élèves médiateurs. Une fois formés, les élèves médiateurs sont capables de former leurs camarades, leurs nouveaux camarades médiateurs. Les points positifs, l’acquisition surtout de compétences sociales et civiques chez les élèves médiateurs.

Mais, c’est aussi un outil supplémentaire dans l’arsenal quand les élèves rencontrent des difficultés relationnelles.
C’’est donc vraiment un plus pour aller vers un climat plus apaisé dans les établissements.

Classes coopératives, théâtre forum, médiateurs de conflit…, trois démarches, parmi de nombreuses autres, qui introduisent d’autres manière d’envisager l’Éducation, la place et le rôle des élèves l’apport de la communauté éducative et dépasse le seul contenu disciplinaire.

Ces approches n’ont certes pas attendu la volonté du ministre de renouer avec la morale laïque pour se développer dans de nombreuses écoles, de nombreux établissements, grâce à l’investissement d’équipes, souvent avec le concours de partenaires associatifs. Mais il faut constater que ces expériences –que l’on qualifie d’innovantes et dont officiellement on se félicite demeurent souvent marginales, au stade des expérimentations, qu’elles sont souvent peu aidées (matériellement, financièrement…), voire peu soutenues par l’administration même de l’Éducation Nationale. Pire, ces pratiques nécessitent de la formation, du temps de préparation, de travail en équipe, d’échange… or cela manque cruellement jusqu’à présent.
La morale laïque ne transformera, certes, pas tout. Mais, elle s’inscrit dans le cadre de la refondation de l’École de la République visant à mieux l’investir dans la réussite de tous, la formation à la citoyenneté, la construction du mieux vivre ensemble. Cela passe par l’instauration de la coopération à la place de la compétition, par une meilleure construction de l’estime de soi et du droit à l’erreur pour tous, par l’usage de son esprit critique et de son libre arbitre, par la connaissance, le respect et la compréhension de l’autre, quelles que soient ses différences.
Des savoirs sont indispensables pour avancer sur cette voie. Mais l’élaboration des savoirs être, indispensables à la vie collective, ne peuvent s’apprendre uniquement de manière théorique. Ils doivent s’appréhender concrètement, s’incarner dans les actions de tous les jours, s’approprier dans le faire.
Et quelle méthode plus efficace pour les faire découvrir, expérimenter, mettre en oeuvre que de les faire devenir les principes mêmes de la pédagogie mise en oeuvre au sein des classes, des écoles, des établissements ?
La morale laïque, parce qu’elle interroge la manière dont chacun apprend à se connaître, à respecter et vivre avec les autres, à fabriquer de l’action collective, peut être un formidable levier pour la mise en oeuvre de cette démarche pédagogique qui s’appuie sur la participation, la coopération, la prise de responsabilité, la construction collective de savoirs, savoirs faire et savoirs être utiles à tous.

Une manière active de répondre à l’évidence qui impose que la Refondation de l’Éducation sera pédagogique ou ne sera pas.

Crédit photo : Laurent Echiniscus via photopin cc

Vous pouvez télécharger le dossier complet en format pdf ici : «Questions d’Éduc» n°8

 

Publicités

Une réflexion sur “Construire autrement son rapport à soi, aux autres, à la société

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s