Parce que nous avons tous quelque chose entre les oreilles

medium_566174947France Inter fête ses 50 ans.  La station publique, dont le slogan dans les années 1980 était « pour ceux qui ont quelque chose entre les oreilles », tente de capter l’intelligence de chacun et de parler à tous, d’être populaire. Et elle y parvient assez bien. Cet anniversaire est l’occasion de rappeler combien la radio, premier média des jeunes, peut être un formidable vecteur d’éducation.

Il y a les émissions cultes, les grandes voix, l’histoire mouvementée et les petites anecdotes… Nous avons, en fait, chacun, notre propre rapport à cet étrange média qu’est la radio. Celle captée sur le poste familiale trônant dans la cuisine, celle diffusée clandestinement d’une péniche naviguant sur la Seine, celle de notre autoradio, celle podcastée sur notre smartphone préféré…

Longtemps éloignée de la prétention de sa petite sœur télévision, rarement évoquée comme un média « révolutionnaire », la radio aura su la première construire une place nouvelle pour les auditeurs, inventer une première forme d’interactivité et rompre ainsi avec le principe de la seule information descendante.

Il ne reste, certes, plus beaucoup de stations parmi celles qui s’étaient battues pour obtenir la libéralisation des ondes et devenir enfin des « radios libres ». Aujourd’hui, le principe des web-radio offre une seconde vie à ce média jamais vraiment passé de mode, qui réussit la gageure de faire coexister grandes chaines nationales et petites stations confidentielles, diffusion généraliste et contenus spécialisés, diversités de tons et multiplicité de sons.

À la radio, « la voix est libre »* ou devrait l’être, afin de permettre d’ « écouter la différence »*, les différences, celles des points de vue qui s’expriment, des arguments qui s’affinent, des contradictions qui s’affirment. Ici, comme pour les autres médias, il faut apprendre à faire le tri, à se forger son opinion, à faire appel à son esprit critique et à son libre arbitre. Il faut savoir décrypter le sens des mots et au-delà leur contexte, leur environnement sonore, le ton qui les accompagne. Apprécier les bons mots. Se méfier des banalisations, des simplifications, des approximations. Dénoncer les mensonges et les propos inacceptables.

« Écoutez, ça n’a rien à voir »*, mais tout à entendre de ce qui est dit, et pas dit, et qu’on devine dans les silences, les rires, les expressions : tant d’images sonores.

On comprend alors pourquoi plusieurs dizaines de radios sont regroupées dans une fédération d’éducation populaire, pourquoi France Culture (petite sœur ou cousine -pourtant moins grand public- de France Inter se revendique d’éducation populaire). On perçoit aussi comment l’École peut trouver là un objet d’étude et un support pédagogique, qui au travers de centaine de radio scolaires (en primaire comme au lycée) et universitaires permettent de dire et réfléchir, d’analyser et critiquer, d’exprimer et diffuser.

Quand elle est bien faite, qu’elle n’est pas la voix de son maître, la radio nous rappelle que nous avons tous quelque chose entre les oreilles. Et qu’il ne tient qu’à nous de nous en servir. Une belle leçon d’Éducation sans doute !

 Denis Adam le 4 décembre 2013

*Autres slogans de France Inter

Crédit photo : flavijus via photopin cc

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