École rurale et classes multi-âges

medium_8297366194L’École rurale est souvent composée de classes multi-âges (de la classe unique, qui est devenue rare, aux classes à 2 ou 3 cours) : des enfants d’âges et de niveaux scolaires différents se retrouvent dans la même classe.

Ces classes présentent des avantages :

  • les élèves et les enseignants ont du temps pour les apprentissages : l’enfant a, pendant plusieurs années dans la même classe, le même enseignant. Le rythme propre de chaque enfant est pris en compte. Chaque enfant prend le temps qu’il lui faut.
  • Le groupe classe prend tout son sens : avec le temps et la continuité, une classe construit une histoire, avec des repères, permettant aux apprentissages d’avoir un sens, une visibilité et un ancrage durables.

Il est facile de se référer à ce qui a été fait les années précédentes et aux projets déjà réalisés.

  • Chaque enfant trouve sa place et apporte sa contribution au groupe en prenant le temps dont il a besoin.
  • Des pratiques comme le tutorat, l’entre-aide… s’organisent facilement. La classe devient un lieu de coopération.
  • L’hétérogénéité des âges multiplie les situations pédagogiques favorisant les processus d’apprentissages et la structuration de chacun.
  • L’acquisition de l’autonomie est favorisée : l’enseignant gère sa classe avec des moments d’autonomie plus ou moins guidés pour pouvoir s’occuper des différents cours en particulier.
  • Les enseignants sont tenus d’avoir une réflexion pédagogique, de réfléchir sur leurs pratiques et sur le fonctionnement de l’École.
  • Quant aux résultats scolaires, la plupart des études ne montrent pas de différences notables entre ceux des classes à cours unique et celles qui sont multi-âges. Les enfants des classes multi-âges ne sont pas pénalisés pour leurs acquisitions scolaires. Mais les études conduites ne mesurent pas la durabilité des apprentissages, ni la manière par laquelle un enfant s’est approprié ces connaissances, ni le degré d’autonomie, ni la capacité de réflexion et de recherche, ni la socialisation, ni la structuration de chaque enfant.La balance serait largement en faveur de l’École rurale si l’on mesurait ces critères de réussite.

L’École rurale peut être un modèle parce que l’hétérogénéité de ses classes est un atout pour le développement des enfants et leur éducation citoyenne, sans compromettre leurs apprentissages. Ce peut être un laboratoire pour montrer ce que doit être l’École de demain.

L’École rurale, obtient de bons résultats notamment dans les disciplines de base, français et mathématiques. Des études ont montré que les élèves des classes à plusieurs niveaux et des classes uniques obtenaient des résultats en français comparables à ceux des élèves scolarisés dans des classes à un seul niveau et des résultats en mathématiques supérieurs à ceux des élèves scolarisés dans des classes à un seul niveau. Mais ces résultats déclinent à mesure que la scolarité secondaire se déroule. En fin de collège, les élèves issus de l’École rurale se dirigent en moins grand nombre que les élèves urbains vers les secondes générales et technologiques de lycée.

Selon Pierre Champollion, président de l’Observatoire Éducation et Territoires (OET, ex-Observatoire de l’école rurale), les élèves ruraux et montagnards arrivés en fin de collège n’utilisent pas toute la palette des choix d’orientation à leur disposition (depuis plusieurs années, cet observatoire étudie dans six départements – Ain, Alpes-de-Haute-Provence, Ardèche, Drôme, Haute-Loire, Haute-Saône – les trajectoires scolaires de 2 400 élèves). Pour lui, l’École rurale fonctionne globalement bien ; les élèves, en sortant du primaire, sont au moins à égalité avec leurs homologues urbains, comme le montrent les évaluations nationales en français et mathématiques. Plus les territoires sont réputés isolés, moindre est le retard en fin de CM2.

Selon Yves Alpes de l’OET, à l’issue du collège, les parcours scolaires des jeunes ruraux et des jeunes urbains divergent. De la 6e à la 3e, les souhaits de poursuite d’études supérieures longues diminuent de moitié dans le panel de 2 400 élèves de l’observatoire. À résultats scolaires identiques, le taux de demande et d’accès des élèves ruraux en seconde générale est plus faible. La voie professionnelle rencontre davantage de succès, et les études supérieures, souvent courtes (DUT ou BTS), ne s’envisagent pas sans mobilité.

Une étude menée dans l’académie de Grenoble a montré que le « rendement éducatif » des collèges en zone de montagne n’est pas différent de ce qu’on observe en zone urbaine, notamment pour la probabilité d’accéder au lycée.

Conclusions d’une étude préliminaire réalisée dans l’Ain : « École rurale et réussite scolaire » Il s’agit d’une enquête, diffusée auprès de 500 élèves de CM2 de milieux géographiques différents du département de l’Ain, qui a été approfondie par des entretiens avec certains de ces élèves, leurs familles et leurs enseignants.

Les conclusions locales les plus marquantes sont les suivantes :

  • niveau d’acquisitions scolaires comparable à celui observé en milieu urbain, voire supérieur dans les classes uniques ou à plusieurs niveaux de l’enseignement maternel et élémentaire ;
  • difficultés d’adaptation au collège, puis au lycée ;
  • modestie des projets professionnels et des demandes de formation qui en résultent, modestie liée notamment à la faiblesse de leurs niveaux tant d’aspiration que de stimulation, et plus particulièrement moindre orientation vers la seconde générale et technologique à l’issue de la scolarité dans les très petits collèges ruraux ;
  • forte réticence à l’idée de mobilité géographique dans les projets de vie…

Les milieux ruraux sont placés au cœur d’une double logique de construction de la personnalité de leurs enfants :

  • celle du territoire, gardienne des références identitaires, semble générer des projets de vie plus modestes ;
  • celle des réseaux, exerçant une influence croissante dans le domaine culturel, n’ont pas encore eu d’impact d’ouverture très important. Mais la révolution technologique des télécommunications en cours et le développement important de nombreuses autres stratégies d’ouverture vont faire bouger les lignes.

Crédit photo : nick.amoscato via photopin cc

Vous pouvez télécharger le dossier complet en format pdf ici : «Questions d’Éduc» n°10

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s