Quand l’Éducation participe à l’animation et au développement des territoires ruraux

medium_7856519532L’Éducation en milieu rural, en lien avec le territoire 

Dans le cadre d’une thèse sur la question suivante : « Comment une petite école fonctionne-t-elle dans son territoire ? », Catherine Rothenburger, de la Fédération Nationale pour l’École Rurale (FNER) a interviewé des enseignants exerçant en Cévennes. Il en ressort les éléments suivants.

  • Les Écoles sont directement en prise avec le territoire. Elles répondent aux demandes sociales. Elles font partie des stratégies d’extension des réseaux sociaux des habitants.
  • Les enseignants sont immédiatement immergés dans le territoire par leurs interactions avec les parents.
  • Le transport scolaire joue un rôle plus large que le déplacement des enfants vers l’École : il crée un lien entre parents, transmet des messages et sert, parfois, à transporter les produits pour préparer le repas pour la restauration scolaire.
  • Il existe un rapport financier direct entre l’École et les élus parce que les écoles mettent en place des projets intéressant tout le territoire où elle est implantée.
  • L’École, par ses activités, est souvent un acteur de développement local. n L’École joue un rôle important dans la circulation de l’information (par exemple, par les messages dans les cahiers de correspondance).
  • Elle anime la vie sociale du village, de la commune, de la vallée.

Il existe une lisibilité réciproque entre école et territoire : à l’École on « lit » ce qui se passe sur le territoire et le territoire voit ce qui se passe à l’École.

La relation avec le territoire s’impose aux enseignants : elle donne du sens à leur travail.

Cette interaction permet aux enfants de s’approprier des compétences supplémentaires (davantage d’interaction avec les adultes dans le cadre de l’organisation des activités scolaires).

Ces remarques soulèvent la question : Les enseignants sont-ils assez formés pour cette interaction avec le territoire, pour « lire » leur territoire ?

Catherine Rothenburger signale quelques exemples de compétences développées par les enfants :

  • les enfants sont en permanence confrontés à la vie de leur territoire, d’un territoire complexe. Cette confrontation leur permet d’établir des liens, d’apprendre qu’ils peuvent être des acteurs dans leur village, sur leur territoire. Ils seront, peut-être, des adultes plus émancipés.
  • Les enfants sont également confrontés à la multiplicité des personnes qui jouent un rôle dans la vie scolaire. L’école rurale serait une école de l’altérité.
  • Un enfant dit : « La symétrie, c’est simple : regarde l’insecte ! »

Les activités menées dans le cadre des écoles rurales confrontent les élèves à des situations réelles leur permettant d’établir des liens entre les disciplines, d’aborder la complexité et de réfléchir à des stratégies d’action. Ces pratiques donnent du sens à l’apprentissage, favorisent la réussite des élèves, les forment à l’analyse de la complexité et à la prise de décision, facilitent leur émancipation.

L’Éducation socioculturelle dans les lycées agricoles

L’Éducation socioculturelle dans les lycées agricoles Parmi les spécificités des établissements d’enseignement agricole, les plus originales sont leur mission d’animation des territoires et la présence de professeurs d’éducation socioculturelle qui, à la fois, dispensent des « cours » d’éducation socioculturelle (ESC) et interviennent dans l’animation locale.

« La mission d’animation des territoires est une spécificité forte » affirme le ministère de l’Agriculture qui précise que « implantés en zone rurale et péri-urbaine, les établissements d’enseignement agricole sont tous très fortement liés à la vie et au développement de leur territoire. Leur implication locale prend des formes très variées qui vont de l’animation culturelle à la contribution au développement agricole, avec un maillage territorial fort, et à une implication originale des élus et des professionnels, en particulier à la présidence de ces établissements publics ».

Parmi les démarches qui rendent possible cette mission d’animation, l’Éducation socioculturelle (ESC) a une place prépondérante.

Mise en œuvre dans le contexte des lois d’orientation agricole (1962), le dispositif d’éducation socioculturelle – un centre socioculturel, un animateur socioculturel, une association sportive et culturelle – a été mis en place pour participer à cette « ouverture sur le monde et sur la vie » que devait provoquer l’enseignement technique agricole pour une population restée encore à l’écart du progrès et souffrant d’un « handicap culturel ». Ce dispositif s’appuie sur le corps des professeurs d’éducation culturelle de l’enseignement agricole public qui n’a pas d’équivalent au ministère de l’Éducation nationale et qui, -un peu de la même manière que les professeurs d’EPS-, doivent consacrer un tiers de leur temps de service à des activités d’animation locale (organisation de spectacle, animations en lien avec le territoire…).

Dans le cadre de leur service d’enseignement, hors tiers temps d’animation, les professeurs d’éducation socioculturelle (PEC) ont un domaine d’intervention très large portant sur l’éducation à la communication humaine, à l’autonomie et à la coopération, éducation à l’environnement, éducation artistique, etc. Ils utilisent le plus souvent des méthodes actives, notamment la pédagogie par projet. À travers son histoire et les débats animés qu’elle a contribué à faire naître, l’ESC fait une place importante à l’éducation et à l’animation dans la formation des agriculteurs et des ruraux. Elle s’inscrit ainsi en partie, dans les idéaux de l’École nouvelle, de l’Éducation populaire et, dans une moindre mesure, de la Jeunesse agricole chrétienne (JAC) qui a tant influencé le monde agricole.

Comme le montrent Anne-Marie Lelorrain , Jean-Pierre Sylvestre , Thomas André dans leur ouvrage « Éducation socioculturelle dans l’enseignement agricole, on peut considérer qu’au-delà des problèmes spécifiques de l’enseignement agricole, la naissance puis l’évolution de l’éducation socioculturelle illustrent et synthétisent, à bien des égards, quatre décennies de discussions et de controverses concernant les missions de l’école et la « rénovation pédagogique »« .

Comme pour d’autres thématiques, un réseau ESC fédère les différentes actions menées dans le cadre de l’ESC. Il est à la fois un « support d’actions coordonnées » et un « espace d’échanges ». Il fait fonction de centre de ressources. Il publie la revue « Champs culturels » que l’on peut retrouver sur ce site.

Mettre en culture les territoires ruraux

Les associations d’Éducation populaire du milieu rural et, notamment, les foyers ruraux sont l’un des éléments de l’autre versant de la mission d’animation et de développement des territoires ruraux. Les foyers ruraux correspondent, historiquement, à une volonté politique de mailler l’espace rural et de le doter d’un outil d’animation et de développement social et culturel. Si le fort désengagement de l’État a fortement fragilisé le mouvement des foyers ruraux, ceux-ci poursuivent néanmoins leurs activités d’animation et de développement du milieu rural, notamment culturelles. Ces activités sont portées par un réseau de professionnels de l’animation et, surtout, par de très nombreux bénévoles.

Issus du Front populaire, des foyers paysans se mettent en place dans la France rurale, Associations laïques, les foyers œuvrent à former l’élite du monde rural en assurant aux jeunes paysans une formation technique, humaine et sociale. Ils sont au nombre de 130 à la veille de la Seconde Guerre mondiale…

Le 13 septembre 1945, les ministères de l’Agriculture et de l’Éducation nationale officialisent l’existence des foyers ruraux. Quelques mois plus tard est créée la Fédération nationale des foyers ruraux (FNFR), qui entre alors à la Confédération générale des œuvres laïques, en gardant son autonomie juridique, et bénéficie de postes d’instituteurs détachés et des services des Fédérations des œuvres laïques… Les années suivantes seront marquées par le développement et l’organisation des structures locales mais aussi par des conflits avec d’autres mouvements d’Éducation populaire (comme la ligue de l’enseignement ou les MJC…).

Les années 1960, conférences, publications, enquêtes, formations,… les nombreuses productions de la FNFR illustrent la croissance du mouvement et la diversification de ses activités conduites en partenariat avec le ministère de l’Agriculture et d’autres structures qui agissent pour le développement et la promotion du milieu rural. À partir de cette époque également la FNFR bénéficie d’un certain nombre d’animateurs socio-culturels, et la création des postes FONJEP (Fonds Jeunesse-Éducation Populaire) permet de recruter les premiers permanents des associations.

Après une période de forte croissance et de profonde transformation dans les années 1970, les foyers ruraux sont confrontés aux transformations du monde rural. Constitués de bénévoles, ils sont désormais au service de toutes les composantes démographiques du monde rural. Les universités rurales, nées en leur sein jouent un rôle important dans les réflexions menées sur les transformations du monde rural et l’identité rurale. Universités sans mur, espaces de rencontre, de réflexion, de formation et de propositions sur le milieu rural, elles ont permis (et permettent encore) aux bénévoles associatifs -et plus largement à tous les ruraux- de se rencontrer et de débattre avec les chercheurs et les acteurs du développement local sur toutes les problématiques du monde rural. Encore aujourd’hui, elles restent des outils importants pour la mise en œuvre des projets d’éducation populaire des foyers ruraux.

En 1990, la FNFR, avec d’autres associations rurales, fait le choix d’un modèle alternatif d’agriculture. Si les années 2000-2005 sont marquées par une certaine professionnalisation des structures comme par l’émergence et le développement des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication), une diminution de plus de 50% des financements publics sans préavis et sans justification ainsi que la suppression du financement d’une partie des postes FONJEP menace la FNFR. Dans le réseau, de nombreuses associations locales et fédérations adhérentes craignent de voir leur action entravée et leur situation mise en danger.

Le désengagement de l’État se poursuit en 2008 et signe la fin du partenariat de la FNFR avec le ministère de l’Agriculture. Cette nouvelle réalité impose un recentrage de ses activités. En juin 2010, la FNFR devient Confédération Nationale des Foyers Ruraux (CNFR).

Comme de nombreuses associations d’Éducation populaire, les foyers ruraux proposent des animations socioculturelles, des formations, des temps de réflexions et de débats. Le domaine des cultures a particulièrement été investi très tôt par ces structures qui affirment que « dans les territoires ruraux, rares seraient les actions culturelles sans l’intervention des associations. Les élus ruraux ne disposent ni des budgets, ni bien souvent des compétences pour développer un vrai projet culturel. La qualité et l’extrême inventivité des initiatives portées par les associations et leurs bénévoles méritent par conséquent d’être mieux reconnues et encouragées. D’autant que la politique culturelle ne compte pas pour rien dans ce qui rend un territoire attractif. En milieu rural, peut-être plus qu’ailleurs, la mise en œuvre d’une politique culturelle ambitieuse peut-être être à la fois ferment d’identité locale, instrument d’épanouissement individuel et collectif et facteur d’attractivité des territoires. On vient rarement habiter un « désert culturel »« .

C’est pourquoi, de nombreuses associations en lien avec le mouvement rural mènent des actions de programmation, de diffusion culturelle, leurs ateliers d’enseignement ou de pratiques artistiques, ou encore leurs actions de valorisation du patrimoine, et ainsi « mettent en culture les territoires ruraux ».

Pratiques sportives en milieu rural : dynamisme et identité

Pas un village sans son stade, voire sa salle des fête/gymnase/halle des sports, qui permet la pratique des sports collectifs et des arts martiaux. À ces activités sportives s’ajoutent, selon les caractéristiques locales, les sports nautiques ou de montagne et, en plein développement, les sports de pleine nature. Le rural devient ainsi un vaste terrain de sports. 

Les travaux de Brice Tonini, (Thèse de doctorat de TONINI Brice  » La dynamique spatiale des pratiques sportives. Des patronages à l’intercommunalité. L’exemple du Basketball, du Football et du Rugby dans les Pays de la Loire « ) qui s’inscrivent dans l’analyse de Norbert Elias voyant dans le sport « un laboratoire privilégié pour réfléchir sur les rapports sociaux et leur évolution » interrogent la thématique du sport et l’inscrivent dans le cadre d’un questionnement sur les pratiques du monde rural, ses représentations et ses dynamiques. « Existe-t-il un sport rural aux caractéristiques précises ? S’oppose-t-il à son homologue urbain ? Est-ce que le sport rural connaît des évolutions ? La recomposition des campagnes peut-elle se lire à travers le prisme sportif ? », telles sont les questions qu’ils posent. Elles permettent de rendre compte des caractéristiques suivantes : 

  • les pratiques sportives rurales sont intenses,
  • les pratiques sportives rurales sont modestes mais conviviales,
  • les pratiques sportives rurales sont ouvertes et complémentaires,
  • les pratiques sportives rurales sont porteuses d’identité.

L’étude conclut que « le sport rural se caractérise donc par une pratique, de niveau modeste, fortement implantée dans l’espace et largement tournée vers les valeurs humaines du sport ». Elle précise qu’au-delà du nombre de licenciés, « le sport ne peut se résumer à un aspect quantitatif et que les recensements fédéraux ne fournissent aucun renseignement sur la pratique elle-même ». Ainsi, « de la compétition à l’activité ludique, les clubs déclinent une gamme complète de pratiques sportives. Ces deux extrêmes n’en sont pas pour autant opposés, ils contribuent chacun à construire la richesse et la diversité sportive tout en étant en interaction. Les associations sportives ne se limitent pas aux frontières communales ». En effet « l’évolution du milieu rural semble faciliter le phénomène des ententes et des fusions et ainsi, va dans le sens de l’intercommunalité. Les petites communes, malgré les difficultés d’audience et de survie de leurs associations, demeurent très attachées à leurs clubs mais le renforcement de la coopération intercommunale, soutenue par la loi de 1999 et la mise en place du schéma des services collectifs du sport dans le cadre de la LOADDT*, sont susceptibles d’être le point de départ d’une profonde mutation du paysage sportif du milieu rural en le dotant de moyens nouveaux et accrus ». Enfin, « l’émergence des pratiques auto organisées » donne une nouvelle dimension à l’activité sportive. « Pratiquées en toute liberté, sans licence, sans calendrier ni règlement régis par des instances officielles, ces sports, notamment ceux dits de « pleine nature » constituent une potentialité de développement pour le milieu rural. Le surf, la voile, la spéléologie, le cyclisme, la randonnée, etc. trouvent, dans le milieu rural, une qualité de pratique qui fait défaut aux espaces urbains. La campagne peut alors s’ériger en espace d’offres de pratiques pour un public urbain et rural ». Jean-Pierre Augustin constatait dès 2003 qu’« au modèle de socialisation locale fondé sur le recrutement de proximité et l’identification communautaire se substitue une territorialisation plus floue liée à la mobilité et à la promotion d’une société de consommation individuelle ».

Ainsi dans le contexte actuel d’un retour à la nature et de valorisation de l’environnement, les nouvelles pratiques sportives, complémentaires aux pratiques en clubs, apportent un nouveau dynamisme et représentent une source possible de développement pour le milieu rural. 

* Loi d’Orientation sur l’Aménagement et le Développement du Territoire

Crédit photo : Andreas Kay via photopin cc

Vous pouvez télécharger le dossier complet en format pdf ici : «Questions d’Éduc» n°10

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s