Existe-t-il une cybercitoyenneté ?

pst-20130521-bilLe numérique, nouveau vecteur d’exercice de la citoyenneté

Internet est un puissant moyen de s’informer, s’exprimer, se regrouper, s’organiser… Il peut inciter à s’investir ou au contraire permettre de s’en tirer à bon compte d’un simple clic. Le “clictivisme” comme certains l’appelle, est-il un activisme de masse ou une lâcheté générale ? Très probablement ni l’un ni l’autre ou plutôt un peu des deux suivant les circonstances. Internet est un formidable vecteur pour faire circuler des campagnes de mobilisation qui peuvent se limiter à un clic, un j’aime… Souvenons-nous de la page Facebook en soutien au bijoutier de Nice qui a abattu son braqueur en fuite, page qui a recueilli plus d’1 500 000 likes – nombre qui a grimpé quand les médias traditionnels en ont parlé – alors que la manifestation concrète a réuni moins de 1000 personnes. Par contre, récemment, l’UNEF en lançant une page pour demander le maintien des APL pour les étudiants a réussi en moins de 24h à faire enterrer la proposition de les supprimer… Si on peut être consterné d’être invité à se mobiliser contre le viol en un clic, on ne peut nier l’impact décisif des réseaux sociaux lors du printemps arabe ! Parce qu’ils ont permis aux citoyens d’échanger, de témoigner, de se coordonner facilement les réseaux sociaux se sont révélés déterminants dans ces mouvements éminemment citoyens.

Plus prosaïquement on voit fleurir les initiatives permettant au citoyen ordinaire de signaler via une application mobile une anomalie constatée dans la rue (nid de poule, panneau défectueux…) ou dans un logement social. Il est possible de transmettre une photo et un message puis d’être informé de la suite donnée au signalement. Le numérique permet ici de rapprocher citoyens et institutions en facilitant l’échange d’informations, d’avis et permettant une certaine réactivité.

De plus, Internet permet pour la première fois de rendre vraiment accessible à tous (ou presque puisqu’il faut quand même maîtriser la lecture et l’écriture) la liberté d’expression. Chacun peut publier et être lu, peut dénoncer des abus ou revendiquer le respect de ses droits. Ainsi au Royaume-Uni une fillette de 9 ans a défrayé la chronique avec un blog où elle postait des photos commentées des repas qui lui étaient servis à la cantine. Elle mettait une appréciation du goût et de la qualité, précisait le nombre de bouchées et la présence éventuelle de cheveux. Son initiative a encouragé d’autres enfants à travers le monde à faire de même, a mobilisé les médias et au final, après une tentative de censure avortée de la part du conseil régional, elle a réussi à obtenir une amélioration des repas servis.

Le numérique, nouvel espace d’exercice de la citoyenneté

Mais au delà d’être un nouveau canal pour exercer sa citoyenneté, le numérique offre aussi de nouveaux espaces où l’exercer. Internet est un nouveau lieu commun, sans frontière ni état qui échappe largement aux tentatives de contrôle. Le film “8th Wonderland” nous présente carrément le Web comme un huitième continent où les internautes-citoyens votent chaque semaine par référendum pour prendre des décisions. Sans aller jusqu’à cet extrême fictionnel, mais pas si irréaliste que cela, le numérique génère de nouveaux lieux à investir et de nouveaux biens communs à gérer. Internet n’est pas seulement le lieu de tous les excès négatifs qu’on nous présente souvent en premier (propos décomplexés racistes ou homophobes des extrêmes) mais aussi un espace de solidarité, de partage, de mise en commun…

Nos données personnelles par exemple peuvent être exploitées commercialement ou considérées comme des données privées mais aussi envisagées comme des biens communs à mettre au service de la communauté. Les licences ouvertes, les open datas, la possibilité de collecter et mutualiser… ouvrent des opportunités avec de nouvelles règles et infrastructures à inventer. Ainsi nos données médicales croisées avec nos achats alimentaires -le tout anonymisé- pourraient permettre de faire avancer la prévention de certains risques. De même, les données générées par la navigation d’apprenants sur un cours en ligne peut aider à repérer et étudier différents profils d’apprentissage pour faire avancer la recherche.

Le Web est aussi un espace à investir comme le SE-Unsa l’a fait par exemple le 2 février dernier, jour de la “manif pour tous”, en lançant l’opération #StopStéréotypes sur Twitter. Il s’agissait de faire des tweets sur le modèle “Je suis un homme/une femme et je fais/j’aime…” avec un contenu contraire aux stéréotypes de genre. Le but était en quelque sorte “d’occuper le terrain” sur Twitter pour ne pas laisser le champ libre aux militants de la “manif pour tous” et à leurs tweets souvent haineux : pas d’affrontement direct ici mais la diffusion de valeurs d’égalité. Ces messages partagés tout au long de la journée avec une intention militante ont également eu une dimension humaine permettant aux participants de se dévoiler et de découvrir des facettes nouvelles de leurs contacts en ligne.

 

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2 réflexions sur “Existe-t-il une cybercitoyenneté ?

  1. Une « cyber-citoyenneté » pour raviver la démocratie, pour l’exercer, en prise directe ? C’est un beau programme. Avec Twitter ou autre, cette e-citoyenneté s’ancre chaque jour un peu plus dans la réalité. Elle doit cependant dépasser certaines comme le fait de définir qui est réputé être citoyen ? Le corolaire en est, l’accès aux réseaux et surtout de celui d’avoir appris à distancier l’information.
    En l’espèce, la cyber-citoyenneté nécessite de posséder un esprit capable d’arbitrer entre confiance et défiance ; un esprit formé à la critique ; un esprit nourrit des valeurs du « vivre ensemble ».
    Une « cyber-citoyenneté », un magnifique programme de formation pour l’école du 21ème siècle.

  2. A reblogué ceci sur internatunsaeducet a ajouté:
    Une « cyber-citoyenneté » pour raviver la démocratie, pour l’exercer, en prise directe ? C’est un beau programme. Avec Twitter ou autre, cette e-citoyenneté s’ancre chaque jour un peu plus dans la réalité. Elle doit cependant dépasser certaines comme le fait de définir qui est réputé être citoyen ? Le corolaire en est, l’accès aux réseaux et surtout de celui d’avoir appris à distancier l’information.
    En l’espèce, la cyber-citoyenneté nécessite de posséder un esprit capable d’arbitrer entre confiance et défiance ; un esprit formé à la critique ; un esprit nourrit des valeurs du « vivre ensemble ».
    Une « cyber-citoyenneté », un magnifique programme de formation pour l’école du 21ème siècle.

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