L’enfant, citoyen de demain ?

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Sans voix, comme l’indique l’étymologie du mot, l’enfant ne peut donc être -au sens littéral- un citoyen. Il serait, selon la formule généralement utilisée, un citoyen en devenir. Juridiquement incapable, l’enfant reste un être inachevé à éduquer, à encadrer.

Pour autant Michel Koebel, maître de conférences en sociologie à l’Université de Reims, montre dans ses travaux -à partir des conseils municipaux d’enfants- qu’il existe « des conceptions fort différentes de la citoyenneté des enfants ». Ainsi, il met en évidence la différence entre  former de « futurs citoyens » et faire participer des enfants « déjà citoyens ». Ses recherches « ont pu montrer qu’un souci apparemment identique de promotion de la citoyenneté révèle une opposition très politique entre la promotion de l’exercice de la citoyenneté (au sens « d’exercer » un droit) plutôt fréquente dans les partis de gauche (et particulièrement prononcé chez les écologistes), et l’exercice de citoyenneté (au sens de « s’exercer à » un droit futur), plutôt caractéristique des élus de droite. »

Il distingue ainsi  la « leçon de civisme » que prennent les jeunes de leurs aînés et celle qu’ils donnent aux adultes par leurs idées originales et leur engagement. Enfin il précise qu’ « il existe une troisième tendance, plutôt caractéristique de l’extrême droite française dont les représentants ne reconnaissent à l’enfant ou à l’adolescent aucune capacité d’exercer un quelconque pouvoir, fût-il consultatif ».

De fait, dès qu’il s’agit de pouvoir considérer l’enfant comme citoyen, se pose la question de son âge, accompagnée d’un grand nombre de questions révélatrices pour Michel Koebel d’une « pensée plus traditionnelle, selon laquelle un âge légal est nécessaire pour pouvoir participer » : à partir de quel âge un enfant peut-il prendre connaissance ou être conscient de la structure et du fonctionnement des instances de pouvoir local ? À partir de quel âge un enfant peut-il participer au débat démocratique public et sur quel type de questions ? À partir de quel âge est-il capable de se saisir d’enjeux locaux ?

Le chercheur s’interroge « l’âge est-il un critère valable pour définir de telles capacités ? Je ne le crois pas. ». Et il précise  « cela nous arrange bien, cela nous rassure d’utiliser l’âge pour définir certains droits et certains devoirs dans nos lois et nos règlements. Toutes nos institutions tendent à nous faire croire qu’il existe des mineurs et des majeurs, des enfants et des adultes. Parler d’adultes et de maturité revient à entériner une incompétence chez les enfants et chez les jeunes. Parler des enfants en tant que futurs citoyens, c’est disqualifier leur capacité actuelle. Parler de « tranche d’âge » ne fait que contribuer à nier la qualité d’être humain et de citoyen dès la naissance. »

Crédit photo : Ville de Saint-Priest « Nettoyage de printemps 2014 »

Vous pouvez télécharger le dossier complet en format pdf ici : «Questions d’Éduc» n°13

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