Commémoration

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Dans le Médianoche amoureux, Michel Tournier (né en décembre 1924 et qui fêtera donc ses quatre-vingt-dix ans le mois prochain) relate, parmi les nombreuses histoires contées dans son livre, celle d’un monarque mettant en concurrence deux cuisiniers pour le plus parfait des banquets et la colère de ses convives lorsqu’ils découvrent que le second a copié en tous points (succulence des mets et magnificence des plats) le premier. Tous réclament qu’il soit puni pour un tel plagiat, mais le monarque décide, au contraire, de garder les deux cuisiniers à son service, « le premier pour l’invention, le second pour la commémoration », conclut-il.

Il y a effectivement dans l’acte du souvenir, cette ambiguïté à rejouer sans fin les événements du passé en les mythifiant et cet indispensable besoin de célébrer les moments forts de la vie collective et la mémoire de leurs héros –le fussent-ils malgré eux.

La période est riche en commémorations de différentes natures. Deux d’importance à quelques jours d’intervalle : le 11 novembre 1918 et le 9 novembre 1989.

Le 11 novembre prend, en cette année de centenaire du début de la grande guerre, une dimension particulière, d’autant qu’il n’en existe plus d’acteurs vivants.

Après les festivités ouvertes du 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, l’Allemagne réunifiée a préféré l’entre soi pour célébrer les 25 ans de cet acte fort -et oh combien symbolique !- mettant fin à un monde bipolaire.

Ainsi ces « cérémonies du souvenir » parlent­-elles autant d’hier, que d’aujourd’hui et de demain.

En inaugurant le centenaire de la première guerre mondiale –il y a tout juste un an- le Président François Hollande finissait ainsi son discours : « Mais la France affirme aussi ses exigences. Quelles sont-elles pour aujourd’hui ou pour demain ? Réformer, réunir, réussir. Voilà l’ordre de mobilisation que nous pouvons délivrer. Pour cela, la France doit avoir confiance en elle-même, en son histoire, en ses forces, en ses capacités, en ses atouts, en son destin. Elle peut souffrir, elle peut traverser des épreuves, de nature différente, elle peut connaître des divisions, elle peut avoir aussi des défis à relever. Mais elle est la France et c’est sa confiance qui doit nous inspirer dans ces commémorations. Ces commémorations nous obligent à faire avancer la France, à construire l’Europe et à préserver la paix. Tel est le message du centenaire. »

En effet, il y a une vocation d’édification dans l’acte de commémorer. Apprendre du passé, pourrait permettre de mieux comprendre le présent et de construire l’avenir.

Dans cette volonté de faire connaitre et de faire comprendre, il y a une dimension éducative indéniable. « Les commémorations constituent aussi un moment exceptionnel pour la transmission. » affirmait encore le Président de la République rappelant la mobilisation des enseignants, des chercheurs, des acteurs éducatifs et de la culture.

Il y a certes beaucoup à apprendre des guerres -des folies qui les déclenchent, de l’horreur et de la barbarie qui les accompagnent, des drames qui leur survivent – pour espérer croire en un « plus jamais ça » qui risque de ne pas durer.

Car le passé invite aussi à analyser les causes plus profondes, à ne pas se limiter aux seuls faits de proximité et à porter un regard lucide sur le fonctionnement de l’ensemble de la société afin de mieux comprendre cette histoire qui -soit disant- ne se répète jamais, mais n’en finit pas de bégayer.

Cette lucidité peut conduire à affirmer : « Toujours votre société violente et chaotique même quand elle veut la paix, même quand elle est en état d’apparent repos, porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l’orage. Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir enfin la guerre contre les peuples, c’est d’abolir la guerre entre les individus, c’est d’abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie qui aboutit à la lutte universelle sur les champs de bataille, un régime de concorde sociale et d’unité. ».

Telle était la vision de Jean Jaurès et les mots qu’il employait devant l’Assemblée nationale.

C’était le 23 janvier 1903, onze ans et demi avant qu’il ne soit l’une des premières victimes d’une guerre à laquelle il s’opposait et qui devait faire tant de morts et de malheurs.

Telle est la leçon qu’il convient certainement de garder à l’esprit dans ces temps de commémoration, tant elle demeure d’actualité.

Denis Adam le 11 novembre 2014

Crédit photo : La Ouelle

 

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