Sur les pistes… pédagogiques

11793269424_5264ebc9de_z« Suivez-moi et faites comme moi ! » Comme chaque hiver, cette phrase est répétée, à longueur de journée, par des centaines de moniteurs en tenue rouge, sur toutes les pistes de nos stations de ski. Descendent ensuite des serpentins d’une dizaine d’enfants tentant de reproduire les gestes de l’adulte, de suivre ses traces, de tourner dans ses virages, sans oublier, au final, de s’arrêter en « chapeau pointu » -c’est-à-dire en chasse-neige.

Si cette pédagogie de l’exemple permet –tout compte fait- d’apprendre à la plupart à se débrouiller sur les skis une semaine par an, elle présente de nombreuses limites. Les explorer permet de se questionner et, donc, d’envisager d’autres pistes pédagogiques.

Se familiariser avec l’environnement

Gardons l’exemple des sports d’hiver –même si, ici comme dans d’autres sports, de nombreux efforts et progrès ont été réalisés. La neige, n’est pas notre élément de vie naturelle… encore moins pour ceux qui ne viennent en montagne que quelques jours dans l’année. Si elle peut être féérique et amusante, elle est aussi froide, dure, humide et glissante… autant de caractéristiques contre lesquels nous luttons en général. Se sentir bien dans la neige, demande donc de se familiariser avec ce milieu. Or rien de mieux que les jeux pour découvrir les richesses d’un environnement. Construire des igloos ou des bonhommes de neige, lancer des boules, se rouler dans la poudreuse, y laisser ses traces… autant d’activités qui permettent une découverte et une familiarisation.

Ne nous y trompons pas, bien des univers sont aussi inconnus et peu familiers que celui de la neige dans les situations d’apprentissage. L’écriture et la lecture, les nombres, les langues étrangères… ne font pas forcément partie naturellement de l’environnement de tous les apprenants. Plus globalement, la situation même d’apprentissage est pour beaucoup une expérience nouvelle et étrange, avec laquelle, il est indispensable de se familiariser avant de pouvoir aller plus loin.

Accepter de se déstabiliser

Le ski, c’est la glisse. C’est aussi le risque de la chute. Deux éléments qui perturbent. La peur de tomber peut être un inhibiteur. Là encore, apprendre à tomber –et à se relever- permet de dépasser ses craintes. Alors, on peut apprendre à glisser, mais surtout à maîtriser sa glissade (savoir tourner, s’arrêter, gérer sa vitesse).

Tout apprentissage est un déséquilibre. Le fait de quitter une situation stable pour avancer vers une découverte nouvelle, inconnue. Là aussi le risque de chute existe et il peut être un véritable frein, empêchant d’avancer. Encourager les progrès, montrer en quoi un nouveau pas peut être enrichissant, aider à passer d’un équilibre à un autre, sont autant d’aides pédagogiques qui permettent les avancées.

Respecter les évolutions

Sur les pistes de ski, glissent des quantités de jeunes enfants à qui l’on demande de tourner vers la droite ou la gauche, de respecter des distances, d’accélérer ou de ralentir, alors qu’à leur âge, ils ne sont pas latéralisés, ne savent ni mesurer, ni concevoir exactement ce que signifie plus vite ou plus lentement. La pression sociale (dont celle des parents) veut qu’au plus vite, ils valident à la fin de leur semaine de cours, qui son flocon, qui sont ourson, qui son étoile… et peu importe si au bout du compte, ils ne savent que maintenir leur équilibre en descendant –parfois bien dangereusement- des pistes assez peu adaptées à leur niveau réel.

Chaque apprentissage nécessite des rythmes, des temps, des durées. Si aucun bébé ne parle ou ne fait ses premiers pas exactement au même âge, nul doute qu’il en sera de même pour toutes les autres découvertes. Aussi, convient-il de respecter les âges, les rythmes, les évolutions de chacun. Ne pas vouloir aller trop vite. Ne pas précipiter les choses. Ne pas accélérer la course à l’obtention des récompenses. Mais au contraire, acter les acquis, consolider chaque étape, permettre les acquisitions au long de cycles… sont des éléments qui structures les nouveaux savoirs et permettre d’en bâtir d’autres.

Comprendre les étapes et la démarche

Pourquoi apprendre à faire le « chasse-neige », alors qu’il faudra finalement l’oublier pour skier correctement en parallèle ? Parce que c’est plus facile. Que cela permet de tourner et de s’arrêter. Parce c’est une étape… Indispensable ? Peut-être pas. Mais elle fait partie d’une progression et permet d’envisager les différentes étapes dans l’apprentissage du ski. Encore faut-il que le débutant comprenne ce qu’on lui fait faire, ce qu’on attend de lui et pourquoi.

Il en va de même dans la plupart des apprentissages. Au-delà de la méthode et de sa pertinence, une grande partie de son succès repose sur la maitrise qu’en a l’enseignant, le formateur et dans sa capacité à l’expliquer. À en poser les étapes, à permettre que l’on puisse passer de l’une à l’autre à son rythme, que l’on puisse également expérimenter d’autres méthodes pour parvenir au même résultat.

Permettre de se faire plaisir

Au bout du compte, faire du ski devrait être un temps de plaisir : celui de la glisse, celui des paysages enneigés de montagne, celui du partage avec d’autres… Certes, on ne peut nier que l’apprentissage impose des contraintes. Mais si celles-ci deviennent si pesantes qu’elles obèrent toute envie, skier devient un pensum et les vacances à la neige une corvée.

La pédagogie doit demeurer cette science et cette pratique qui rendent l’apprentissage plaisant, qui donnent envie d’en découvrir davantage, qui aident à être content de savoir, de trouver, de comprendre.

Glisser d’un savoir vers un autre -sans craindre de se déstabiliser- virer vers de nouvelles découvertes à son rythme, slalomer et franchir les obstacles qui permettent d’atteindre les objectifs de ses recherches, avancer avec les autres –en les considérant comme des aides et non des adversaires, valider ses progrès pour franchir de nouvelles étapes… autant de pistes pédagogiques à mettre en œuvre bien au-delà d’une semaine de vacances d’hiver et du seul apprentissage du ski.

Denis Adam, le 18 février 2015

Crédit photo : Lars Plougmann

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