Dans la lune…

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Vendredi, le soleil a rendez-vous avec la lune. Et la lune sera là… Tant là d’ailleurs, que pendant quelques minutes, elle masquera le soleil. Partiellement pour nous, totalement pour d’autres régions du monde, le soleil sera dans la lune, ou plus justement dans l’ombre de la lune.

Jolie expression d’ailleurs que « d’être dans la lune », ce qui nous arrive parfois, et encore plus à nos chères petites têtes blondes, noires, rousses ou brunes… avec lesquelles nous menons notre mission d’éducation.

Rêve, souci, absence, désintérêt… l’attitude lunaire est une manière d’être (physiquement) là, sans y être  (vraiment), une façon de s’éclipser discrètement pour quelques instants.

Bien que l’essentiel des recherches scientifiques montre qu’il n’y pas de lien entre l’astre lunaire et nos comportements (physiques, psychologiques et sociaux), les croyances ont la vie dure et l’imaginaire attribue à la lune des vertus, des influences et une poétique que l’on retrouve jusque dans nos expressions : être mal luné, être dans la lune, être de la lune…  Mirabeau, dans « L’ami des hommes » en 1756, fait ainsi de l’empire de la lune le symbole de l’imaginaire.  Ce qui sera repris dans le personnage de Jean de la Lune, en chanson d’abord (Paroles de Adrien Pagès sur une mélodie plus ancienne d’origine inconnue. Chansons publiée pour la première fois en 1889, dans un ouvrage de solfège de Claude Augé), ensuite au théâtre en 1929 avec la pièce de Marcel Achard, dont  Jean Choux fera un film en 1930, puis plus récemment par l’album et le film de Tomi Ungerer.

Il y a donc un côté positif, un regard sympathique, voire une certaine faiblesse pour les distraits, même s’ils peuvent exaspérer –en particulier en classe- par leur manque d’attention.

En 2010, Daniel Gilbert et Matthew A. Killingsworth, deux psychologues d’Harvard ont mesuré les activités courantes de  plus de 2200 personnes  à partir d’une application iPhone. Le résultat de l’étude montre que ces gens étaient dans la lune 46.9% du temps.

Kalina Christoff et Jonathan Schooler montrent -dans une autre étude, réalisée en 2009- que  l’état de rêverie –très facile à atteindre- serait un état naturel, qui oscille entre le rêve et la réflexion consciente. Mais surtout que le cortex consomme beaucoup d’énergie et que les neurones travaillent fort lorsqu’on est dans la lune et que cet état-lorsque le sujet en est conscient- peut permettre d’être très créatif.

Pour la psychologue Jeanne Siaud-Facchin (directrice-fondatrice de Cogitoz, centre français de diagnostic et de prise en charge des troubles des apprentissages scolaires), « cette expression « être dans la lune » revêt en effet  une signification très poétique et romantique. On y associe la créativité, l’imagination, la sensibilité, la sérénité.» Ce qui est vrai pour certains enfants. Mais elle met en garde contre d’autre réalités que peut cacher cette posture « Il faut être vigilant sur ce genre de comportement car un enfant peut, en s’extrayant du monde, se protéger de souffrances diverses. » Et elle complète en affirmant que « notre société vante en permanence la performance, la réussite, le challenge. Résultat, on attend de plus en plus de choses et cela, dès le plus jeune âge. Celui qui  est dans sa bulle pour se protéger est vite mis de côté. Il ne faut surtout pas l’y laisser souffrir trop longtemps. »

Ainsi donc être dans la lune, peut être aussi bien un refuge créatif et poétique qu’une échappatoire à des difficultés voire des souffrances.

Rien de grave dans le premier cas. Le retour sur terre se fait –généralement- en douceur. Dans le second cas, mieux vaut l’accompagner. En aidant à faire prendre conscience de ces moments de retrait, en favorisant la concentration et l’attention, en travaillant sur les causes d’un tel retrait du monde.

Dans leur étude (de 2003) « Être ou ne pas être dans la lune, telle est l’attention… » Mireille Houart et Marc Romainville (chercheurs au département Education et Technologie – Facultés Universitaires de Namur) privilégient, dans le domaine scolaire, une « approche métacognitive, c’est-à-dire une approche qui vise à développer la prise de conscience, l’analyse et la régulation, par l’élève lui-même, de ses manières d’apprendre et l’enrichissement de celles-ci par la confrontation avec ses pairs », par le développement de la compétence « faire attention ». Ils constatent les effets positifs sur les élèves, les apprentissages, mais aussi le climat et le fonctionnement des classes. Ils invitent également à « arrêter de tirer sur le pianiste », en cessant de faire porter la responsabilité aux seuls enfants (en l’occurrence, ici, aux seuls élèves) et insistent sur le fait que « les activités métacognitives créent un dialogue au sein de la classe, impliquent les élèves dans leur apprentissage et positionnent l’enseignant dans une attitude investigatrice, compréhensive et de soutien davantage que normative, de jugement. »

Cette attention de l’adulte (de l’enseignant, de l’animateur, de l’éducateur) peut aussi lui permettre de déceler chez certains enfants un enfermement plus profond qui nécessitera l’intervention de compétences complémentaires (psychologue, assistant social, médecin, dans le cadre scolaire et éventuellement en dehors…)

Être attentif à l’enfant dans la lune, ni pour le culpabiliser, ni pour le contraindre, juste pour s’assurer que son bonheur est au rendez-vous de son besoin de s’éclipser -comme lorsque le soleil a rendez-vous avec la lune… et que la lune est bien là.   

Denis Adam, le 18 mars 2015

 Crédit photo : andersbknudsen

 

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