Nouvelle donne pour les années collège

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Une célèbre maison d’édition ouvre la présentation de sa collection de livres pour les collégiens par ces mots : « Nouvelles préoccupations, nouveaux plaisirs, nouvelles inquiétudes… les années collège sont intenses. Synonyme d’adolescence, elles bousculent, passionnent et font grandir… » puis précise que si « dans leur immense majorité, les élèves aiment le collège [ce n’est] pas tant pour le travail en classe que pour la vie au collège » Car, trop souvent en effet, en classe, les collégiens vivent angoisse, ennui et –pour beaucoup trop d’entre eux- échec.

L’École de la réussite de tous passe donc impérativement par une profonde évolution du collège : une nouvelle donne au bénéfice des élèves et attendue par les enseignants.

Peut-on se contenter de déplorer le peu d’implication et de motivation d’une partie des classes ? Accuser l’école primaire de ne pas avoir suffisamment fait acquérir un bon niveau à tous les élèves ? Exposer les collégiens au savoir ? Et conduire les meilleurs d’entre eux –à grand renfort d’options sélectives- vers le voie d’excellence du lycée général en ayant pré-orienté au fur et à mesure les autres dans des filières de relégation ?

Pour tous, bien entendu, la réponse est non. Pour les enseignants, qui sont avec les élèves, les premiers à mal vivre l’échec de ceux qui leur sont confiés. Pour les parents, souvent en difficultés pour comprendre, aider et accompagner leurs enfants dans une période (pré- adolescence et adolescence) souvent compliquée. Pour la société qui ne peut se satisfaire d’un système scolaire qui exclut et discrimine.

Que faire alors ?

Trier encore plus tôt en cassant le collège unique et en décidant dès 10 ans quel sera le parcours éducatif de chaque enfant, son avenir (ou son non-avenir) professionnel, sa place dans une société à plusieurs vitesses ? Ce choix que proposent –sans beaucoup de nuances- les conservateurs de tout bord, ne peut que détruire davantage la cohésion sociale, renforcer les inégalités et jeter une partie –encore augmentée- de la population dans les bras du populisme et de l’extrémisme.

Exposer encore davantage les collégiens à la connaissance disciplinaire à grand renfort de soutien, de remédiation et d’heures de cours supplémentaires ? Rien ne prouve que la qualité des acquisitions soit strictement liée à la quantité de cours. Certes, un temps est nécessaire pour découvrir, apprendre, acquérir. Mais quand celui-ci n’est pas efficace, c’est rarement qu’il est insuffisant ; c’est plus souvent parce qu’il n’est pas adapté à la manière d’être, de comprendre, d’apprendre… de ceux qu’il n’atteint pas.

Un autre changement s’impose donc.

Il doit permettre d’éviter ce double écueil. Echapper à la sélection précoce en redonnant sens au collège unique pour tous. Sortir de la spirale infernale de l’échec par des approches pédagogiques participatives et transdisciplinaires.

Cette transformation nécessite d’être menée en profondeur –et l’on peut certainement regretter que le projet du ministère, fruit de (trop de ?) compromis, n’aille pas assez loin. Mais pour être efficace, elle demande surtout de s’inscrire dans la durée et de mobiliser l’ensemble des acteurs concernés. Les équipes éducatives -au premier rang desquelles les enseignants confortés dans leurs compétences  de « passeurs »- doivent bénéficier d’une plus grande autonomie pour proposer –dans le cadre du projet d’établissements- des démarches et des approches mobilisatrices, dynamisantes et enrichissantes –pour le renouvellement des pratiques pédagogiques comme pour l’intérêt disciplinaire. Les élèves et leur famille –mieux informés des enjeux d’un enseignement au collège rénové et inscrit dans la cohérence du socle commun de compétences et davantage impliqués- doivent pouvoir comprendre cette nouvelle approche et y adhérer.

Malgré les oppositions de ceux qui veulent que rien ne changent, l’ambition éducative et une volonté politique forte sont indispensables pour faire aboutir cette indispensable inscription du collège dans la transformation de l’École de la République afin d’en faire une Ecole de la justice, de la bienveillance, de la réussite. Face à ce changement indispensable, il serait saisissant de voir s’allier ceux qui rêvent d’un retour à l’école d’hier et ceux qui envisagent demain sa totale libéralisation. Parce qu’il y a là –au-delà des impératifs scolaires et éducatifs- une urgence citoyenne et républicaine, il y a des responsabilités dans les prises de position qui pèseront lourds dans l’avenir.

Pour nous, le choix et l’engagement sont clairs. Le temps est venu d’une nouvelle donne pour les années collège : en faire des années d’épanouissement, d’apprentissage participatif, de réussite pour tous et pour chacun.

 Denis ADAM, le 8 avril 2015

Crédit photo : darkday

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