Une opposition d’une autre époque

14717751274_c34ee9c438_zD’abord, il n’y eut plus de place que pour les opposants. Leurs cris outrés, leurs mises en garde catastrophistes, leurs annonces d’une réforme dangereuse et destructrice. Seul cela était audible. Renforcé par des médias faisant caisse de résonance.

Dans ce concert outrancier, impossible de faire entendre une autre musique. Ni de débattre sereinement.

Puis vint un matin. Et une petite voix différente. D’abord timide, relayée par une matinale radiophonique ou l’éditorial d’un journal mieux décidé que ses concurrents à faire son travail d’information pluraliste. Puis d’autres se sont ajoutées pour dire ce qui était réellement en jeu et non plus seulement la caricature d’une catastrophe annoncée.

Anticipation sur l’actuelle réforme du collège ?

Oui et non.

Force est de constater que le même schéma se répète depuis bientôt trois ans. Chaque annonce de réforme est accompagnée des hurlements de la meute de ceux qui ne veulent rien changer. Ainsi en fut-il pour le mariage pour tous, la réforme pénale, la généralisation du tiers payant. Ainsi en est-il dans l’Éducation pour la Refondation de l’École, pour les nouveaux rythmes, pour le socle commun, aujourd’hui pour le collège et les programmes, demain pour l’évaluation.

Or, on a pu constater que lorsque peu à peu la parole se libère, les aspects positifs de la réforme sont alors mis à jour, démontrés, débattus. Les véritables difficultés analysées et –pour partie- corrigées… et au bout du compte les réformes s’avèrent plus positives et moins destructrices qu’annoncé.

Aussi les blocages actuels sur la réforme du collège interrogent.

Que ceux-là même qui se réclament de l’excellence, de la sauvegarde du haut niveau de contenu disciplinaire et de la valorisation de l’élitisme éprouvent la nécessité de crier si fort afin de couvrir les explications de ceux qui soutiennent le caractère démocratique, juste et nécessaire de la réforme et empêchent d’y réfléchir et d’en débattre sereinement, n’est pas la moindre incongruité de cette campagne de dénigrement.

La diversité des opposants à la réforme forme également un attelage surprenant. Il rassemble ainsi dans une même indignation, les défenseurs du latin, du grec et des humanités et l’ancien président qui moquait l’inutilité de lire la Princesse de Clèves. Il associe un syndicat (ayant appelé à faire élire François Hollande) et les ténors politiques de droite qui n’ont eu de cesse de 2002 à 2012 de mettre à mal l’École de la République.

En cas d’alternance en 2017, feront-ils cause commune et sur quel projet éducatif ?

S’ils s’opposent, comment le syndicat qualifiera-t-il les réformes que la droite libérale ne manquera pas de conduire contre l’Éducation, alors qu’il juge aujourd’hui apocalyptiques celles que Najat Vallaud-Belkacem porte au nom de la réussite scolaire de tous, de l’égalité éducative, de la démocratisation de tous les savoirs?

Mais au-delà de ces étrangetés, le véritable scandale réside dans les propos sexistes tenus par certains à l’égard de la ministre de l’Éducation nationale. Qu’ils soient, pour certains, le fait d’académiciens dont on connait l’incapacité à accueillir des femmes dans leurs rangs, n’est en rien une excuse. Seule la honte habillera dorénavant, des pointes de leur bicorne à celle de leur épée, leur immortalité.

Ces attaques indignes et intolérables qu’elles soient agressives ou condescendantes visent Najat Vallaud-Belkacem parce qu’elle est femme et jeune (comme d’autres ont été portées contre Christine Taubira parce qu’elle est femme et noire). Elles sont –certes- l’aveu de faiblesse face à sa résistance, le signe d’une incapacité à reconnaître sa compétence, le refus d’admettre sa pugnacité et son courage –ce qui ne les rend pas davantage supportables pour autant.

Mais, elles sont surtout –comme le sont tous les propos excessifs, les désinformations, les outrances, les colères réelles ou feintes- la marque d’un autre âge, d’une société révolue à laquelle les conservateurs de tout genre s’accrochent à la fois par conception idéologique et par peur de perdre leur place dominante.

En ce sens, l’ancien président de la République n’a pas forcément tort lorsqu’il s’émeut de l’avènement de cette réforme « peut-être irréversible pour la République ».

En effet, elle porte les germes (comme d’autres citées plus haut) d’une société nouvelle, celle du XXIème siècle, qui regarde vers l’avenir.

Il est donc regrettable, mais certainement inévitable, qu’elle suscite une opposition d’une autre époque et en porte tous les stigmates passéistes.

Denis Adam, le 13 mai 2015

Crédit photo : Khuroshvili Ilya cc

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