Une certaine idée (enthousiasmante) de l’Éducation

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Y aurait-il de l’idéologie dans les conceptions éducatives ? À en croire certains, une dérive honteuse, qualifiée d’« idéologie pédagogiste », sévirait dans le monde de l’Education. Elle serait à l’origine des évolutions insensées de ces derniers temps. Et il y aurait urgence à la combattre avec rigueur et pragmatisme.

Car la chose est bien connue dorénavant -depuis qu’elle a été fortement utilisée par un ancien Président de la République- le contraire de l’idéologie c’est le pragmatisme : pas d’idées, de valeurs, de conceptions a priori, juste une manière pratique de se servir, de mettre en œuvre, d’utiliser ce qui marche, au moment où ça marche, ce qui est dans l’air du temps, à la mode (et moi qui croyait que cela s’appelait « l’opportunisme » !).

Ainsi donc, s’opposeraient d’un côté les idéologues et de l’autre les pragmatiques. Sauf que justement, s’ils étaient pragmatiques –comme ils le revendiquent- ils réclameraient l’application d’urgence de ce qui fait actuellement ses preuves éducatives (comme les approches bienveillantes des pays scandinaves, l’interdisciplinarité des lycées agricoles, les pédagogies actives de l’éducation populaire…) et non le retour au système d’hier (une compétition élitaire, une domination de certaines disciplines, la sur-exposition au savoir constitué…).

De fait, il faut le reconnaître –peut-être le regretter- l’idéologie domine en matière éducative. Non pas, forcément, un système de croyances et de doctrines plus ou moins cohérent, mais une manière de concevoir, de penser, d’articuler l’idée même d’éducation et son rôle dans la société.

Or, l’une des caractéristiques des idéologies c’est qu’elles sont rarement compatibles entre elles. Elles ont même une certaine propension à s’opposer et ne pas pouvoir élaborer de compromis, de consensus entre elles. En découle, tout au moins en France, cette fâcheuse habitude dans le domaine éducatif, à ce que toute alternance politique se solde par un détricotage des réformes précédentes et leur remplacement par d’autres… qui n’auront pas une vie plus longue. Et –en Éducation, au moins- ce « faire et défaire » c’est mal travailler. C’est déstabiliser tous les acteurs, introduire de l’inquiétude et du doute. C’est surtout conduire à la perte de confiance et à l’immobilisme.

Si les pédagogues, dont nous sommes, soutiennent l’ouverture de l’école et la coéducation, l’évaluation positive, l’éducation tout au long de la vie dont les bénéficiaires sont acteurs de leurs apprentissages, les approches inter et pluri-disiciplinaires, … ce n’est pas par dogme, par doxa politicienne ou diktat partisan… Mais –oui- c’est au nom d’une certaine idée de l’Éducation, une idée ambitieuse : celle que l’Éducation peut changer le monde (ou selon les mots de Nelson Mandela que  « l’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde. »).

Idéologique ? Utopique, peut-être. Mais surtout la conception d’un optimisme enthousiasmant et mobilisateur, bienvenue en cette fin d’année scolaire mouvementée : faire le choix de l’Éducation pour mener la transformation de la société et l’émancipation individuelle et collective des peuples.

Denis Adam, le 1er juillet 2015

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