L’esprit du 14 juillet

Le 14 juillet ce n’est pas seulement un moment patriotique, une fête nationale qui rappellerait la fierté d’être français… c’est avant tout un esprit.

L’essentiel n’est pas dans le défilé militaire, démonstration d’un autre âge d’une force censée rassurer, ni dans les paroles présidentielles cherchant à convaincre.

Le 14 juillet est une fête populaire. La fête d’un peuple libre, uni et fraternel.

La liberté, le peuple l’a symboliquement et mythiquement gagnée lors de la révolution avec la fin de la monarchie absolue et de ses privilèges. C’est ce que rappelle la célébration du 14 juillet 1789.

L’unité et la fraternité sont, elles, représentées lors de la fête de la Fédération dès le 14 juillet 1790. Cette fête -pour reprendre les mots de Henri Martin, qui en 1880 défend au Sénat la proposition d’instaurer la fête nationale le 14 juillet- est « le symbole de l’union fraternelle de toutes les parties de la France et de tous les citoyens français dans la liberté et l’égalité. Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire. »

Les multiples couleurs des feux d’artifices qui illuminent alors le ciel, les flammes des lampions, la joie des bals invitent ce soir-là chacun à se sentir plus libre, plus égal, plus fraternel… à faire, tous ensemble, peuple.

Cette signification du 14 juillet mérite certainement d’être rappelée à tous, par tous les éducateurs (même si 14 juillet se situe dans une période de vacances scolaires). Elle est d’autant plus importante qu’il ne s’agit pas de s’unir pour se replier sur soi et son identité nationale, mais bien de diffuser partout ailleurs le sens de ces valeurs acquises et à partager.

S’attaquer au 14 juillet, ce n’est donc pas combattre un État, s’opposer à une politique. C’est avant tout exécrer un mode de vie, c’est haïr le peuple, c’est chercher à interdire la liberté, à refuser l’égalité, à nier la fraternité.

Or, malgré l’indicible peine, dans la solidarité avec toutes les victimes et leurs proches, pour que la haine ne gagne pas, il nous faut encore davantage célébrer notre liberté que nous chérissons, notre égalité que nous revendiquons, notre fraternité que nous faisons vivre.

Comme beaucoup, je partageais les mots de Georges Brassens lorsqu’il chantait dans « La mauvaise réputation » :

Le jour du quatorze-Juillet,

Je reste dans mon lit douillet ;

La musique qui marche au pas,

Cela ne me regarde pas.

Et s’il ne s’agit pas de suivre « le clairon qui sonne », depuis ce soir du 14 juillet 2016, à Nice, je sais pourquoi c’est debout et heureux, libre et fraternel que je vivrai dorénavant cette fête populaire au rythme des flonflons (et même de l’accordéon), cet esprit du 14 juillet qui rappelle que la vie triomphe toujours de la haine.

Denis Adam, le 17 juillet 2016

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