Vers une idiocratie ?

Si vous n’avez pas d’impérissables souvenirs du film « Idiocracy » de 2006, c’est assez normal. Cette comédie américaine, qui met en scène un héros devenant l’homme le plus intelligent du monde à sa sortie de 500 ans d’hibernation parce que les humains sont tous devenus stupides, ne fut pas un grand succès.

Comme le fait remarquer Michel Lévy-Provençal (fondateur de TEDxParis et du « do tank » L’Échappée Volée), il est possible que l’élection de Donald Trump lui donne une seconde vie en évoquant « la clairvoyance scénaristique du film ».
Car au-delà de la qualité du film et de la caricature du nouveau président des États-Unis, « il annonce un phénomène inquiétant qui semble bien réel ». En effet « une étude, passée quasi inaperçue l’an dernier, montre qu’après une évolution croissante de la moyenne de QI pendant un siècle, celle-ci tend à diminuer depuis les années 2000. »

Cette étude sur la baisse du QI moyen réalisée par Edward Dutton et Richard Lynn n’est pas récente. Elle date de 2015. Mais sa diffusion en France s’est faite en juin dernier. Elle montre que le Q.I. moyen français a baissé de 3,8 points entre 1999 et 2009, passant de 101,1 à 97,3 en 10 ans.
Précisons que cette baisse n’est pas une caractéristique française. Elle touche aussi des pays comme la Norvège, le Danemark et le Royaume-Uni.

Faut-il s’en inquiéter ?
Oui si, en s’appuyant sur cette même étude, on conclut, selon les estimations du professeur britannique Richard Flynn, que le seuil maximal de Q.I. aurait été atteint au siècle dernier en raison de l’amélioration très nette des conditions d’existence et que depuis il ne peut que décroitre.

Dans ce cas quelles seraient les causes d’une telle baisse ?
Les scientifiques y travaillent. Plusieurs pistes sont avancées. Plus ou moins argumentées ou développées. Elles méritent d’être approchées avec grande précautions.

Les hypothèses les plus sérieuses sont l’environnement, la chaîne alimentaire et l’accélération du rythme de vie. Les travaux que l’endocrinologue Barbara Demeneix a développés dans Le Cerveau endommagé mettent les projecteurs sur les perturbateurs endocriniens présents dans notre environnement (pesticides et plastiques) et notre alimentation (additifs et contaminants). Leurs effets nocifs sur le développement neurologique sont connus et dénoncés depuis les années 1970 sans produire une réponse à la hauteur du danger. En complément, une étude américaine de 2016 montre que la consommation précoce d’alcool favoriserait en effet la baisse du Q.I. Par contre, le cannabis n’aurait aucune incidence.
Évidemment, la seconde hypothèse concerne la qualité de l’éducation et en particulier la supposée diminution de la lecture. Elle n’est pas retenue par les auteurs de l’étude, considérant que « des intelligences autres » que celles dépendantes de l’éducation et de la lecture ont également diminué.
Dans le même ordre d’idée, les effets du numérique sont largement interrogés, en particulier par la recherche en neurosciences. Michel Lévy-Provençal s’appuie sur une étude conduite par l’université McGill (Canada) en 2010 sur effet négatif que le GPS a sur l’hippocampe des chauffeurs de taxi ou sur une étude menée par Microsoft confirmant que notre durée moyenne d’attention est passée de 12 secondes en 2000 à 8 secondes en 2015 ! Il rappelle que « la faculté de se concentrer, de filtrer, de mémoriser sont des aptitudes clés dans le processus d’appropriation des connaissances. Sans cette capacité, les informations ne sont pas traitées et elle nous traverse l’esprit sans laisser de trace. C’est ce qui fonde la différence entre une information et une connaissance ». Et se félicite que « heureusement, les chercheurs en neurosciences s’intéressent de plus en plus à ces phénomènes, et certains travaillent déjà à une parade. C’est le cas de Jean-Philippe Lachaux, du Centre de recherche en neurosciences de Lyon, qui a exposé dans un livre (« Le Cerveau funambule », Odile Jacob) des exercices très simples contre les troubles de l’attention ».

Mais disons-le aussi clairement. Chercher des causes à la baisse du QI moyen, conduit aussi, parfois à envisager des réponses assez stupides.
Ainsi en serait-il de la prise en compte du nombre d’enfants par femme qui conduirait à un moindre développement de l’intelligence.
L’extrême droite instrumentalise également le sujet en cherchant dans l’immigration un apport de personnes ayant un QI plus faible. Bien entendu, les chercheurs mettent en évidence que l’immigration n’est en aucun cas massive pour influencer à ce point le QI moyen. Mais cela n’empêche pas certains sites de chercher à démontrer une différence de « niveau d’intelligence » en fonction des origines ethniques… le racisme fait feu de tout bois.

Il ne peut y avoir une réponse simple à la question complexe de l’intelligence. Aller plus loin nécessiterait de préciser ce que l’on entend par intelligence, ce que mesure le QI, ce qu’observe les scientifiques dans des croisements disciplinaires.

Il est vraisemblable que l’identification des personnes au résultat d’un test, voire même de l’une ou l’autre de leur action est extrêmement réducteur.
Dominique Wolton montrait, il y a longtemps déjà que le spectateur devant son poste de télévision ne pouvait être réduit à ce qu’il regardait. On peut voir un film idiot en le sachant, sans être idiot soi-même pour autant.

Une bonne excuse -s’il en fallait une- pour regarder sans gêne « Idiocraty » et réfléchir à l’évolution et à la mobilisation – à défaut de notre QI individuel- de notre intelligence collective.

Denis Adam, le 25 janvier 2017

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