« Travail, élèves, réforme » en positif et négatif

Les résultats du baromètre UNSA des métiers de l’Éducation sont connus ce matin. Ils donnent une photographie riche et intéressante de ce que les professionnels de l’Éducation disent, ressentent, vivent dans leur quotidien.

Ce rendez-vous annuel dorénavant régulier (il s’agit de la 5ème édition) est d’autant plus porteur d’enseignements qu’il s’agit à la fois de poser un bilan sur le quinquennat finissant et de s’inscrire dans une projection par rapport aux prochains responsables politiques.

Nul doute que les plus de 30 000 répondants ont utilisé cette occasion de prendre la parole pour exprimer leurs mécontentements et leurs enthousiasmes, leurs craintes et leurs attentes.

Sans entrer dans le détail des informations essentielles de cette nouvelle édition, il est intéressant de se pencher sur les mots mis en avant dans les deux questions ouvertes qui proposent -à ceux qui le souhaitent- d’exprimer un point positif et un point négatif.

Là aussi, il conviendra d’affiner l’analyse.

Une étude particulière des éléments salariaux devra être réalisée, car l’obtention de l’ISAE par les professeurs des écoles, l’augmentation du point d’indice pour l’ensemble des fonctionnaires et le protocole PPCR ont fortement marqué cette période.

En dehors de ces points financiers, ce sont les mots « travail, élèves, réforme » qui arrivent en tête.

Ces trois termes reviennent majoritairement, dans cet ordre et pratiquement aux mêmes rangs dans les réponses aux deux questions ouvertes, qu’il s’agisse des points positifs comme des points négatifs.

Il faudrait y ajouter « le temps, les collègues, le collège, les parents ».

Il faut y lire la difficulté des conditions de travail de l’ensemble des personnels de l’Éducation renforcée par les déstabilisations des enseignants face aux différentes étapes des réformes. Il faut également y voir l’enthousiasme de professionnels qui aiment leur métier et lui trouvent du sens.

Le grand nombre de réponse venant d’enseignants conduit à distinguer fortement ce qui se passe dans la relation de face à face pédagogique avec tout ce qui constitue l’environnement de la classe.

Il y a trop de travail et pas assez de reconnaissance, trop d’élèves pour pouvoir bien accompagner chacun, des réformes trop rapides et mal préparées… mais il y a des projets dynamisants, des relations constructives, des réussites qui font plaisirs, des initiatives heureuses.

Le poids de la parole des enseignants ne doit pas masquer celle des autres catégories de personnels. De véritables souffrances professionnelles s’expriment au niveau des inspecteurs de l’éducation nationale, des médecins scolaires ou des personnels administratifs. Pour des raisons différentes, ils se sentent empêcher d’exercer correctement leur métier et vivent mal l’écart entre leur idéal et les contraintes de la réalité subie.

Tout en réaffirmant que la Refondation porte en elle les réformes indispensables pour faire évoluer notre système d’Éducation et permettre une véritable réussite de chacune et chacun, force est de constater qu’elle a cruellement manquée de pédagogie, un comble pour une transformation qui la revendiquait.

Pour beaucoup, les liens entre les changements mis en œuvre et les objectifs d’évolution attendus ne relèvent d’aucune évidence. Ils ne voient pas la relation automatique de causes à effets, d’autant que les résultats ne peuvent être immédiats. Du coup les contraintes apparaissent plus importantes que les gains.

Là où l’accompagnement s’est fait dans de bonnes conditions, partout où les innovations étaient déjà en expérimentations, chaque fois qu’il a été permis de donner du temps, les perceptions sont meilleures, les réactions plus positives.

Les éditions précédentes du baromètre l’ont montré sur la question de la réforme des rythmes. D’une forte opposition, les commentaires sont passés au regret des dysfonctionnements et à la valorisation des démarches efficaces et efficientes. Bien que plus récente et encore dans sa phase d’appropriation, il en va progressivement de même pour la réforme du collège. La majorité des enseignants en collège ne ressentent pas le besoin de la citer. Ceux qui le font sont partagés. Elle apporte à la fois plus de liberté et plus de contraintes, sort de la démarche individuelle et contraint à travailler avec d’autres, modifie les rapports aux élèves et l’organisation de la classe et des cours. Tout cela inquiète, alourdit les tâches déjà nombreuses et apporte un nouvel élan.

En fait, semble se cacher derrière ces hésitations, l’incertitude du lendemain. On peut y déceler trois raisons. La première est que beaucoup des personnels d’Éducation ne se sentent pas considérés (ou du moins pas assez) comme des professionnels responsabilisés dans l’exercice de leur métier. Il y a -déformation professionnelle ?- une sorte d’infantilisation qui laisse penser que chacun sait mieux qu’eux ce qu’il faut faire pour éduquer chaque enfant et chaque jeune. La conséquence de cela -et je l’ai déjà évoqué- revient à ne pas suffisamment les impliquer dans les évolutions du système d’Education. De ne pas en faire les acteurs de la transformation et donc de provoquer leur incompréhension, leur méfiance, voire leur rejet. Et puis, nous ne pouvons faire l’économie de l’instrumentalisation faite par chacune des réformes par certaines organisations syndicales et, année d’élection oblige- certains partis politiques. Revendiquer systématiquement le refus, l’abandon des réformes et le retour en arrière, n’inspire ni confiance ni l’envie d’avancer. Il est édifiant de voir, à ce propos, que les adhérents d’autres organisations syndicales ayant répondu au questionnaire sont nettement plus négatifs que les non-adhérents et encore moins que les adhérents de l’UNSA : l’effet de la force positive !

Que le travail d’Éducation, les élèves et les réformes soient au cœur des réactions des professionnels de l’Éducation à l’issu d’un quinquennat marqué par la Refondation de l’École de la République n’a rien de réellement étonnant. C’est même quelque part rassurant. On aimerait, qu’au-delà des postures de principes et diktats idéologiques, ces éléments structurent une réflexion d’avenir, bien trop absente des programmes et des débats de l’élection présidentielle.

Denis Adam, le 22 mars 2017

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