Bien-être dans les espaces scolaires

Ancien ingénieur puis chef d’établissement, militant des CEMEA, Maurice Mazalto mène un travail d’analyse et d’écriture sur l’architecture scolaire qu’il relie au bien-être et à la réussite éducative. Il est aujourd’hui consultant pour des aménagements et restructurations d’établissements scolaires des 1er et 2nd degré. Nous l’avons rencontré pour évoquer son dernier ouvrage « Concevoir des espaces scolaires pour le bien-être et la réussite de tous » publié chez L’Harmattan.

Quelle définition du bien-être à l’école retenez-vous ?

Le bien-être, c’est un ressenti, c’est difficilement quantifiable. La réussite éducative dépend de deux facteurs, le premier c’est une transmission des savoirs convenable, le second c’est une socialisation réussie. Si l’empathie est présente  dans la communauté éducative, il y aura des ressentis positifs de la part des adultes et des enfants ou des jeunes. Les espaces interviennent de manière forte sur ce ressenti. Mon ouvrage veut démontrer ce principe à travers de nombreux exemples, illustrés par des photographies. Il suffit parfois de modifier les espaces à peu de frais pour les transformer en de véritables lieux de vie. Je donne des clés de lecture d’espaces existants pour analyser leur portée positive ou négative sur le sentiment de bien-être des élèves, des adultes.

Une architecture scolaire n’est jamais neutre, elle reflète des conceptions éducatives, qui si elles ne sont pas clairement énoncées peuvent avoir des conséquences désastreuses. L’exemple du couloir est très évocateur : un long couloir étroit qui dessert de part et d’autre des salles de cour empêche la circulation fluide. Donc forcément, on y relève des frictions, des contacts, des bousculades lorsque deux classes se croisent ce qui entraine bruit, cris, punitions, rien de bien positif pour un climat scolaire apaisé !

On peut augmenter le sentiment d’appartenance des élèves, qui est déterminant dans leur réussite, si on leur demande leur avis et qu’on en tient compte. Et des avis sur les occupations de l’espace au collège, au lycée, à l’école, tous en ont ! Notamment sur les salles d’études,  les toilettes, la cantine ou les cours de récréation !

Les espaces scolaires aujourd’hui favorisent-ils  le « vivre ensemble » ? Ne sont-ils pas juste conçus comme des espaces pour enseigner ?

Les collectivités qui doivent construire et entretenir les lieux scolaires fournissent des préconisations aux cabinets d’architectes. Ces préconisations sont encore trop larges et maltraitent l’idée du vivre ensemble. Des endroits pour se poser, discuter sont oubliés des programmes de construction. Assurer la sécurité de tous est une préconisation essentielle, cela se traduit  le plus souvent par : « les élèves doivent être en toute circonstance sous le regard des adultes ». C’est une volonté légitime qui conduit par exemple à de grands halls d’accueil ou de vastes cours non aménagés mais on peut y trouver des alternatives pour respecter le besoin de repos, discussion, échange des élèves. Je donne  l’exemple des gradins dans mon ouvrage, une des solutions plébiscitée par les jeunes car ils peuvent s’y asseoir à deux à trois, s’y donner rendez-vous, s’y rencontrer au hasard de leurs passages. Quand une collectivité a un projet de réhabilitation, c’est plus facile à mettre en œuvre car les usagers sont déjà présents et peuvent par questionnaire émettre des avis. De nombreuses expériences témoignent d’aménagements réussis, des cours de récréation entre autres qui sont sectorisées en territoires pour les besoins toniques (courir, jouer au ballon avec des marquages au sol) et les besoins de calme et rencontres (cabanes, bancs et tables en vis-à-vis).

Le dernier chapitre de votre livre traite du rapport entre œuvre artistique et bien-être, pourquoi ?

L’œuvre artistique bénéficie d’un financement particulier dans le cadre du « 1% du coût total de la construction pour la commande ou l’acquisition d’une ou plusieurs œuvres d’art spécialement conçues pour le bâtiment considéré ». Certaines collectivités ont inscrit ce principe dans l’éducation artistique et culturelle dont elles aussi la responsabilité. La démarche du Conseil départemental de Seine Saint Denis pour ses 193 collèges a particulièrement retenu mon attention car en développant des projets de résidences In Situ, certaines créations influent sur la qualité de vie dans les espaces fréquentés au quotidien par les usagers. C’est le cas de l’œuvre « le Wampicon[1] » de Patrick Bernier et Olive Martin, qui est constituée de cylindres mobiles permettant de réaliser des graphismes ou des messages. L’œuvre est complétée par un logiciel (le wampigraphe 1.0,) qui permet aux collégiens de créer leurs motifs sur smartphone, tablette ou ordinateur en utilisant la même grille de formes et couleurs. C’est donc une œuvre participative, une sculpture tactile qui va à l’encontre des traditions (interdit de toucher !), les espaces d’expression sont suffisamment rares dans les établissements scolaires pour signaler et encourager ce type d’initiative.

 

Pour en savoir davantage, voir des illustrations et commander l’ouvrage :

http://maurice.mazalto.free.fr/

 

[1] Le Wampicon, 2014, collège Jean Moulin, Aubervilliers, http://artsvisuels.seine-saint-denis.fr/Les-1-realises.html

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