Les savoirs à l’ère du numérique

« Production et transmission des savoirs à l’ère du numérique et de l’économie de la contribution »

C’est l’intitule de la recherche effectuée par Vincent Puig de l’IRI pour l’Unsa-Éducation, voici la présentation synthétique qu’il fait de ce travail :

« Depuis deux décennies, les technologies numériques réticulées n’ont cessé de gagner du terrain sur tous les aspects de la vie quotidienne : culture, société, politique, divertissement et même éducation sont désormais étroitement liés au devenir des réseaux numériques. Or si, à son invention en 1993, le world wide web s’accompagnait de l’intention de favoriser le partage de l’information entre les sphères du savoir, la situation actuelle tend à suggérer l’échec d’un tel projet et l’avènement de son contraire : l’économie des data, une économie pulsionnelle reposant sur la captation des données personnelles par les plateformes commerciales. Dès lors, il est capital aujourd’hui de définir comment les technologies numériques pourront être mises au service d’une économie dont la valeur centrale serait le savoir et non l’information. Dans un contexte où les algorithmes et les technologies automatiques sont mis au service d’une prolétarisation des utilisateurs-consommateurs, lesquels ne produisent plus que de la donnée, il s’agit alors d’inventer des pratiques et des institutions permettant aux utilisateurs du web de se faire contributeurs, collaborateurs et donc d’entrer dans des processus de production de diversité, c’est-à-dire dans une démarche déprolétarisante. Et pour cela, il ne s’agit pas de rejeter les plateformes ou les systèmes de gouvernance du web, mais bien de les réinventer.

Les modèles du logiciel libre et des intermittents du spectacle ont ceci de commun qu’ils sont déprolétarisants ; le premier consistant dans une économie du don où le partage des savoirs est primordial, le second se fondant sur une libération du temps destinée à la culture des capacités de l’individu. Avec de tels modèles, l’économie de la contribution vise à être une économie de l’individuation, plaçant les savoirs (sous toutes leurs formes : savoir-vivre, savoir-faire, savoirs académiques) au centre, et faisant d’eux la valeur première. C’est dans un tel contexte économique, politique et technologique que doit s’inscrire une réflexion sur l’avenir de l’enseignement. Cette réflexion, sans pour autant négliger les différentes sphères et les différents modes de l’enseignement, qu’il s’agisse de l’éducation populaire, des MOOCs, de la formation tout au long de la vie ou 1 encore de l’éducation parentale, doit trouver son point de départ dans une analyse de l’institution scolaire en tant qu’elle reste le mode privilégié pour la transmission des savoirs.

Les thèses défendues et les scénarii proposés dans l’étude réalisée par l’IRI avec le Centre Henri-Aigueperse de l’UNSA Education débordent largement la question de l’école au sens classique. Elle commence par une analyse des transformations des figures complémentaires de l’apprenant et de l’enseignant. De l’inversion de la « classe » à sa « dématérialisation » en passant par son devenir contributif, de la critique des modes d’évaluation à leur réinvention en passant par leur possible rejet, de l’apprentissage comme jeu à l’apprentissage comme fabrication, ce sont autant de modèles et d’initiatives qui sont analysées et critiquées. Cette étude montre aussi comment des pratiques d’annotation, d’indexation, de catégorisation et d’éditorialisation des documents numériques, sous toutes leurs formes, rendent possible des processus de production de singularité et de diversité, à tous les âges et dans toutes les disciplines. Après avoir envisagé une démarche permettant de concevoir une appropriation continuellement renouvelée des technologies numériques par les enseignants et les apprenants de tous horizons, l’étude se penche enfin sur les notions de décentralisation et de mutualisation appliquées à des institutions repensées comme des réseaux de savoirs.« 

L’intégralité de la recherche est disponible ici en format pdf.

Cette recherche a fait l’objet d’une présentation publique le 15 mars 2017, les commentaires échangés via Twitter sont disponibles ici.

Lien court vers cet article : lc.cx/reseauxdesavoirs

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