Autonomie : un peu, beaucoup, pas du tout ?

La question du degré d’autonomie des établissements scolaires revient de manière cyclique dans les débats politiques éducatifs. France Stratégie, organisme d’expertise rattaché à Matignon, a publié en décembre 2016 un rapport intitulé : « Quelle autonomie pour les établissements scolaires ? »
Ce rapport invite à plus d’autonomie des établissements scolaires, tout en dégageant trois approches possibles, qui mériteraient -pour le moins- d’être discutées.

Des communautés éducatives renforcées : mieux exploiter l’autonomie existante

Sans bouleverser le cadre existant, ce modèle propose une plus forte capacité d’auto-organisation locale : coopération entre enseignants et avec le chef d’établissement, mise en place d’un projet commun, direction collégiale centrée sur le pédagogique…
« Mobiliser pleinement les marges de manœuvre dont disposent déjà les chefs d’établissement et les équipes éducatives », écrit France Stratégie. On est là dans l’esprit de la réforme du collège.

L’autonomie contractualisée : modulation des moyens et marges de manœuvres accrues

Selon des contrats d’objectifs définis avec l’État, les académies moduleraient leurs moyens en fonction des besoins établissements. Elles bénéficieraient d’une plus grande latitude dans le recrutement et l’affectation des enseignants. Les chefs d’établissements auraient davantage d’autonomie dans l’organisation des enseignements, la gestion financière, et le recrutement « profilé » des enseignants.

La privatisation : vers le modèle britannique des « free schools »

Il s’agit du modèle mis en œuvre en Angleterre et aux États-Unis : développer des établissements privés – ou des établissements publics au fonctionnement proche de celui du privé. Les écoles jouiraient de trois libertés :
– celle des moyens, des outils et des méthodes d’enseignement ;
– celle du recrutement et de rémunération des enseignants par les chefs d’établissements ;
– celle de fixer le calendrier scolaire.
Quitte à redonner la main à la tutelle sur les écoles qui seraient considérées, dans cette libre concurrence, comme pas assez performantes.

Au sein de l’OCDE, une quinzaine de pays laissent ou confient -selon la lecture que l’on peut avoir de cette mesure- aux établissements la mission de recrutement des enseignants. Le CNESCO, lui, penche en faveur du premier modèle. Encore faudrait-il argumenter le lien établi de manière assez dogmatique par France Stratégie entre inégalités scolaires et pilotage centralisé…

Si les débats sur cette question se sont finalement peu invités dans la campagne présidentielle, ils risquent de revenir après les élections législatives. Or, nous le voyons bien, l’approche de France Stratégie nécessite pour le moins d’être interrogée. Elle ne peut être la seule référence définissant l’autonomie des établissements scolaire en France.

Avant toute décision sur ce sujet, peut-être faudrait-il prendre soin, au préalable, d’examiner les piètres résultats de la très libérale école suédoise, qui se voit maintenant conseillée par l’OCDE une stratégie de réforme conduite par l’État… ?

Comme le montrent les résultats du baromètre UNSA des métiers de l’Éducation, ce n’est pas une indépendance totale des établissements qui est souhaitée par les personnels de l’Éducation, mais une plus grande autonomie en termes de moyens, de méthodes pédagogiques et d’organisation.

Crédit image : Rafic Ramos sur Flickr cc by-nc-sa

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