Passeurs d’avenir

Une fois n’est pas coutume, ce texte est publié un mardi, mais vous retrouverez chaque prochain mercredi votre rendez-vous éducation de l’UNSA. En fait, je signe ici mon 250ème et dernier billet de ces « Mots d’éduc ». Je passe aujourd’hui le relais. Et je m’en réjouis. Non que je fusse lassé d’écrire chaque semaine, depuis presque 5 ans, une réflexion sur l’éducation -j’aurai dans mes nouvelles fonctions de délégué général du Centre de recherche, de formation et d’histoire sociale Henri Aigueperse UNSA Éducation l’occasion d’encore beaucoup écrire, différemment, sur le sujet- mais heureux du passage de témoin.

Peu sensible aux images sportives, je suis portant séduit par celle de la course de relais. Moins par la course d’ailleurs que par le relais lui-même. Cette démarche consiste non pas à s’arrêter pour faire démarrer quelqu’un resté jusqu’alors immobile, mais à courir un temps ensemble, à régler sa foulée sur celle de son partenaire, à s’assurer de la cohérence et de la complicité d’une action partagée, à transmettre et laisser l’autre faire sa course alors que l’on bifurque, on s’arrête, on va ailleurs pour ne pas le gêner et parce que notre part est faite.

C’est ce que je ressens au moment de laisser Morgane -qui devient la nouvelle secrétaire nationale à l’éducation de l’UNSA Éducation- voler de ses propres ailes. Voici des mois, quelques années mêmes, que nous cheminons ensemble, que ses pas la conduisent à aller plus loin, au-delà d’où j’aurais pu aller. Cela l’amène naturellement à prendre la succession. Elle saura, à son rythme, à sa manière, avec ses ambitions, son volontarisme et ses exigences conduire l’équipe du secteur « Éducation, culture et international » très loin, plus loin, renforçant ce qui a déjà été entrepris, développant de nouvelles actions, ouvrant de nouvelles perspectives. Elle apportera aussi beaucoup au nouveau secrétariat national de l’UNSA Éducation désormais piloté par Frédéric.

Le philosophe Gaston Berger, qui fut également directeur de l’enseignement supérieur, affirmait que « la vie c’est le passage. Dire qu’elle est passage, revient à dire qu’elle est action. » Je ressens aujourd’hui la force de cette heureuse et indispensable action : passer.

Passer, c’est en fait certainement aussi l’action essentielle de l’Éducation. Il me semble qu’avant tout l’éducateur est un passeur. Pas seulement un diffuseur de connaissances, un transmetteur de savoirs, mais un passeur d’avenir – comme l’écrivaient les Ceméa dans un ouvrage dirigé par Jean-Marie Michel et publié chez Actes Sud en octobre 1996 et à qui j’emprunte les mots. Il passe et ouvre des passages. Il dit, montre, agit, propose des pistes de réflexion, laisse libre l’apprenant de faire ses propres pas, sa propre course. Un temps, éducateur et apprenant, nous cheminons ensemble, puis nos routes se séparent. L’éducateur est accompagnateur. Heureux de voir l’élève continuer plus loin, ailleurs, s’émancipant des consignes, des conseils, mais persuadé que ceux-ci n’auront pas été superflus.

Comme pour le relais, l’Éducation est une aventure collective, une histoire d’équipe. Parents, enseignants, membres de la communauté scolaire et éducative, chacun intervient en complément des autres. Là encore, il y a passage. Autant donc que le relais soit assuré. Que d’une démarche à l’autre, d’une activité à l’autre, d’une année à l’autre, il y ait dialogue, échange, voire projet commun entre les

différents éducateurs qui agissent avec les mêmes enfants, les mêmes jeunes.

C’est pourquoi l’Education est une approche globale. Il ne s’agit pas seulement de courir le plus vite pour faire la course en tête, il faut savoir avancer ensemble, passer la main, laisser l’autre faire son bout de chemin. La réussite ne peut être que collective.

Depuis 2012, le message de l’UNSA Éducation a mis en avant cette complémentarité des temps, des actions et des acteurs de l’Éducation. L’inscription de ses mandats dans le cadre plus large d’ « Oxygène(s) », le manifeste pour une nouvelle société éducative et solidaire, rappelle cette interaction permanente entre notre conception éducative et le projet sociétal que nous souhaitons construire.

Il s’agit d’action, il ne suffit donc pas des mots pour le dire, il faut également les actes pour le faire vivre. Il s’agit de passer de la verticalité du savoir descendant à l’horizontalité des échanges et des partages. Passer le « bâton de parole » pour qu’elle soit accessible à toutes et tous. Passer dans les territoires pour permettre le développement des actions locales. Passer dans les services et établissements pour vivre la proximité et partager le quotidien des personnels d’Éducation. Passer du temps à écouter, entendre, comprendre et prendre en compte les attentes, les demandes, les propositions…

Vivre le passage pour mieux être, encore, passeurs d’avenir.

Denis Adam, le 13 mars 2018

Image : Pixabay CCO Public Domain

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s