Journée de la qualité de l’air : éduquer au bien commun et à la nature

Aujourd’hui nous fêtons la 4° journée nationale de la qualité de l’air. Créée en 2015,  elle a pour objectif de « favoriser la mobilisation individuelle et collective pour sensibiliser les citoyens à l’importance de respirer un air de bonne qualité ». Il me semble que le citoyen est déjà sensibilisé : il constate de jour en jour la difficulté croissante à respirer, observe à l’œil nu les nuages gris stagnant au-dessus de certaines agglomérations, son année est rythmée par les alertes qualité de l’air, il emmène ses enfants et ses parents âgés chez le kiné pour faire dégager leurs bronches. Et pourtant, Nicolas Hulot récemment démissionnaire se désespérait de la lenteur des évolutions, de la pression des lobbies économiques, et, concernant plus précisément la qualité de l’air, il n’a pas réussi à faire adopter par les préfets des mesures collectives contraignantes.

Nous sommes tous convaincus de la nécessité d’agir mais peinons à modifier nos habitudes individuelles, et faisons face à des intérêts économiques largement prioritaires. A Grenoble, la plus grosse municipalité verte française se fait traiter de « nazie » (sic) par les commerçants et autres groupes influents lorsqu’elle limite la circulation automobile en centre-ville au profit des vélos.

C’est que nous avons grandi dans un monde issu des Lumières où l’individu et sa liberté ont été érigés en valeurs reines. Cela était salutaire dans un monde hyper-contraint. Mais la notion de bien commun en a pris un coup. Parallèlement, nous avons afflué dans les villes et perdu le contact avec la nature. Nous avons accepté aussi un modèle libéral où l’une des dimensions du bien-être – la dimension économique – a primé sur toutes les autres : dimension environnementale, gouvernance, éducation, rapport au temps, vivre ensemble.

Bonne nouvelle : en tant qu’éducateurs, nous pouvons agir ! Nous pouvons développer chez les générations futures qui nous sont confiées des réflexes de durabilité.

En développant la notion de bien commun versus l’intérêt individuel, d’abord, et en apprenant aux enfants dès le plus jeune âge des modes de gouvernance participatifs où chacun a son mot à dire, développe son esprit critique, tient compte d’avis divergents et de contraintes divergentes pour prendre des décisions argumentées. Cela passe au quotidien par des ateliers philo, des cercles de paroles, d’évaluation et de prise de décision, à propos des petits riens de la vie collective, où l’on pourra débattre des points de vue de chacun et décider ensemble.

Nous pouvons sensibiliser les enfants aux différentes dimensions du bien-vivre, pour les inciter à favoriser un nouveau modèle de développement où l’économie ne serait plus au centre

Il nous faut aussi réinventer la connexion de l’humain à la nature. A ce sujet, nous avons traversé diverses modes éducatives : éducation à l’environnement, au développement durable, à l’éco-citoyenneté, à l’éco-responsabilité et j’en passe. Il s’agissait d’éduquer « pour », « à », « sur » la Nature.

Aujourd’hui, la tendance est simplement à éduquer « dans » la Nature, tant le lien au vivant s’est distendu. L’injonction de « protéger la nature » est inopérante d’un point de vue pragmatique et inexacte d’un point de vue intellectuel. L’environnement n’a pas besoin de nous, il nous survivra d’une manière ou d’une autre, mais l’inverse n’est pas vrai : c’est nous qui avons besoin des abeilles, des arbres, des vers de terre et des glaciers. Une nouvelle école de pensée, derrière Descola ou Latour nous invite à nous laisser inspirer par les peuples premiers qui ont une connexion naturelle, immédiate au vivant non humain, et qui positionnent l’humain comme faisant partie intégrante d’un environnement naturel et non pas le dominant. Certains pays comme l’Equateur et la Bolivie ont retrouvé le sens de la cosmogonie latino-américiane (le buenvivir) en inscrivant dans leur constitution les droits de la Terre-Mère. Cette connexion est favorisée par une spiritualité : les êtres vivants ont une âme qu’il appartient aux humains de respecter. Alors en classe, en périscolaire, au centre de loisirs, il ne s’agit pas de procéder à des rituels chamaniques, mais nous pouvons multiplier les occasions de sortir les enfants. Les « écoles dans la forêt »,  les « écoles du dehors »  fleurissent. Le film « Les enfants du dehors » nous montre l’exemple d’une école maternelle de Strasbourg, située au milieu des tours et qui  sort les enfants pendant la moitié du temps scolaire dans le jardin aménagé au fil du temps  autour de l’école. La dynamique SORTIR du Réseau Ecole et Nature fourmille d’idées pour permettre cette reconnexion au vivant dans le cadre de textes règlementaires parfois contraignants.

Dans le cadre de la dynamique Oxygène(s) – bien nommée en cette journée dédié à l’air ! – la fédération UNSA-Education accompagne elle aussi les collègues par des formations syndicales, des outils, des soirées-vidéo-débats.

 

Laurence DRUON

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