Quelle pédagogie pour enseigner la démocratie ?

Une société démocratique : quels moyens pour y parvenir ? Se pose la question du « comment apprendre la démocratie ». Question qui n’est pas nouvelle, puisqu’elle était posée par Philippe Meirieu dès 1991.

Quel chemin trouver entre les deux dérives contradictoires que sont le « Fais comme je veux » (puisque l’éducateur que je suis sait ce qui est bien pour toi) et le « fais comme tu veux » (dans des moments où, fatigués, nous laissons à l’enfant/ado la responsabilité de faire le bon choix puisqu’après tout c’est lui qui est concerné).

Pas facile de trouver une alternative au chemin où l’on impose et à celui où l’on renonce. Un chemin où l’on cherche ensemble. Où l’on ne soumet pas les autres à sa parole, mais sa parole aux autres. Y compris – et surtout – aux élèves, puisque « imposer ses valeurs, c’est implicitement admettre que l’on n’est pas capable de les rendre suffisamment attrayantes pour que les autres les acceptent et les revendiquent pour eux-mêmes ».*

Henri ATLAN insiste sur la nécessité, pour éduquer à la démocratie, de conserver « les trois pouvoirs de la parole » : la parole politique : où les « pairs » réunis en assemblée désignent leurs représentants ; la parole scientifique : celle des experts ; la parole poétique : celle qui exprime l’émotion.

ATLAN insiste sur le rôle central à jouer par les enseignants dans le maintien d’une séparation entre ces trois pouvoirs.

Un pouvoir uniquement politique (sans expert) pourrait dériver vers une certaine toute-puissance. L’ardeur des experts peut a contrario être tempérée par les politiques, qui ont des comptes à rendre. Quant au pouvoir poétique, il est réhabilité par ATLAN, car c’est lui qui permet d’imaginer les sentiments d’autrui.

MEIRIEU amène l’idée que ceux qui, dans le système éducatif, font souffrir – souvent à leur insu – les élèves et les familles, sont ceux qui n’ont sans doute pas assez la capacité d’imaginer la souffrance de l’autre. Peut-être par manque de rencontre assez puissante avec les œuvres poétiques (au sens de la poésie grecque). Que l’importance du poétique doit être prise en compte dans la formation des enseignants. Pour les aider, par exemple, à se représenter ce qu’est la souffrance d’un élève humilié.

Enseigner la démocratie signifie avant tout la vivre au quotidien. À ce titre, toutes les pratiques pédagogiques ne se valent pas. La pédagogie par projet (par rapport au cours informatif), le travail en ateliers différenciés (par rapport à la gestion indifférenciée d’un groupe), le conseil d’élèves (par rapport à la déclaration du règlement intérieur) sont autant d’atouts pour transmettre la démocratie par ricochets, plutôt que par exhortation. Chaque cours, selon la manière dont il est mené, implique plus ou moins les valeurs de sociabilité, de coopération, de rapport au pouvoir.

On n’apprend alors pas la démocratie en tant que telle, mais plutôt dans la manière dont on apprend tout le reste.

Il convient donc de maintenir trois exigences dans les établissements. Que le politique se vive et s’apprenne à travers les structures représentatives. Que la rigueur scientifique permette l’apprentissage de la pensée rationnelle. Et que le poétique émerge comme moyen de régulation entre les deux autres pouvoirs.

Philippe MEIRIEU, Les cahiers d’Éducation & Devenir, numéro 2 Henri ATLAN. Tout, non, peut-être : éducation et vérité, Seuil, Paris, 1991

Retrouver notre dernier numéro de questions d’éduc « sait-on éduquer à la démocratie ? »

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