Gilets jaunes, gilets verts, et théorie du donut

Les manifestations du 8 décembre ont vu la convergence du mouvement des marches pour le climat qui réclament la justice climatique depuis 3 mois, et de celui des gilets jaunes, qui revendiquent la justice sociale depuis plus d’un mois.

Ces deux urgences peuvent sembler s’opposer lorsque la préservation de l’environnement exige de payer plus cher pour des produits bios ou de payer des taxes sur des pratiques polluantes, ce qui pénalise les personnes à bas revenus. L’économiste Jean Gadrey a écrit un texte intéressant « L’écologiste et le syndicaliste» qui met en scène cette difficile équation pour les syndicalistes de préserver la qualité de (sur)vie des salariés tout en prenant en compte la crise climatique. (Notez que je n’ai pas employé l’expression « pouvoir d’achat » qui sous-entend que le pouvoir des citoyens viendrait de leur capacité à acheter. « Pouvoir d’agir », « pouvoir de décider », « pouvoir de coopérer » seraient des projets de société probablement plus motivants).

Pourtant la répartition de plus en plus inégale des richesses et la destruction croissante de la planète, de sa biodiversité et de ses ressources ont une même cause : le choix d’un système économique dont l’obsession est le profit, à court terme, à n’importe quel prix, et qui concentre les richesses dans quelques mains. Nous sommes tous prisonniers de ce système, auquel nous participons, malgré nous.

Des solutions existent : elles ne sont pas dans la taxation des pratiques polluantes des « pauvres » comme le diesel, mais dans celles des « riches » : le fuel bien plus polluant des cargos de croisière et le kérosène des avions, les 100 entreprises les plus polluantes, la taxation des transactions financières, elles sont dans une répartition plus équitable des richesses (énormes) produites, ou encore dans le scénario négawatt  qui permet la création d’emplois par la transition énergétique.

Sur le fond, au-delà de ces mesures correctives, il s’agit bien de changer de système économique. L’économiste anglaise Kate RAWORTH offre pour cela une image parlante : celle de la « THEORIE du DONUT » (titre de son livre édité chez Plon en 2018). Elle symbolise les enjeux actuels par un plancher social et un plafond écologique – plancher jaune et plafond vert. Il s’agit d’assurer à tous la satisfaction des besoins sociaux essentiels sans percer le plafond de survie écologique, et pour cela se situer dans une modération.

Dans ce cercle central du DONUT, il n’y a pas de place pour la croissance ni pour le profit à outrance : il s’agit que tous aient accès à un niveau de vie, d’éducation, de santé, d’égalité, de paix suffisants. Que TOUS aient JUSTE ce qu’il faut, et pas quelques-uns toujours plus.

 

Laurence DRUON

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