Avoir le bon réflexe « réflexif »

Peut-on enseigner sans interroger régulièrement ses pratiques ?

Outre que la réponse semble être naturellement négative, l’évaluation de son enseignement mérite certainement de se poser les bonnes questions en suivant une spirale vertueuse fondée encore et toujours sur le plaisir du métier.

Un diagnostic

« Professeur, j’ai été, les cinq premières années très enthousiaste, pleine d’énergie et d’entrain. J’ai très vite compris que je ne faisais pas progresser mes élèves, que les bons restaient bons et les autres repartaient comme ils étaient venus. […] Très vite, je me suis rendu compte que je m’ennuyais, que mes élèves s’ennuyaient, qu’il ne se passait rien, en somme. J’ai continué à m’ennuyer et à les ennuyer tout en conservant une solide réputation de très bon professeur, réputation tout à fait légitime du point de vue de l’institution. »

Ce constat fait sur son blog par Nada, professeure d’histoire-géographie dans le secondaire, vient en écho à des centaines de collègues qui se posent eux aussi, et très souvent en milieu de carrière, la question de l’utilité et de l’efficacité de leur enseignement.

Témoignage qui incite aussi à s’interroger plus profondément sur les raisons qui nous ont poussé à devenir enseignant : et si la première question, la plus fondamentale, n’était pas plutôt : « Ai-je encore du plaisir à enseigner ? Quels sont les freins, les obstacles, les empêchements au plaisir d’exercer mon métier ? ».

Bien s’évaluer commencerait donc par une mise en question de son indéfectible appétence à la transmission des savoirs car, poursuit Nada, « à devenir enseignant dans une passion contrariée (quand cette passion existe, quand le rapport individuel de l’enseignant à la discipline n’est pas purement scolaire), on devient un enseignant sans passion. ».

Dépasser l’injonction de l’institution

Faire évoluer ses pratiques, ses approches pédagogiques en dépassant (sans les renier) les desiderata et injonctions de l’institution et leur pression parfois néfaste pour conserver sa vitalité et son goût pour le métier ; tel semble être l’enjeu d’une approche réflexive féconde, quelle que soit la direction que prend ensuite cette évolution. L’orientation post-auto-évaluative est bien sûr subjective.

Le contexte d’enseignement (l’origine sociale et ethnique des élèves, le niveau de classe, l’établissement, la situation géographique…) entre pour une large part dans ce questionnement et les résolutions qui vont en découler, qu’il s’agisse de revoir ses méthodes de gestion de classe, de mise en activité des élèves, de prise de note, d’évaluation etc.

Mais très certainement, la réflexivité pédagogique conduit d’abord à une distance bienveillante de l’enseignant à son propre égard et à l’adoption d’une posture vis à- vis de l’élève sachant prendre en compte le facteur temps.

Comme le souligne Nada : « Exiger de [l’élève] qu’il comprenne immédiatement tous les enjeux, c’est lui proposer une appropriation artificielle. Le laisser construire son savoir, c’est aussi le laisser mûrir les éléments en leur laissant le temps de s’assembler dans un ordre qui fait sens pour lui. »

Vous pouvez vous abonner au QDE 39 « Kévaluthon ? », c’est gratuit, ici.

 

 

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