Distanciel n’est pas le contraire de présentiel…

Pendant cette crise on parle beaucoup de distanciel, pour la classe, le télétravail, les contacts sociaux et de distance sociale comme étant un geste barrière… en fait on n’emploie pas les bons mots.

On peut être présent pour quelqu’un à distance ; absent physiquement parlant et pourtant proche ; en proximité sociale bien qu’à distance physique. Le temps du confinement a rendu visible autrement ce qui bien souvent préexistait.

Un élève qui a disparu des radars pendant la continuité pédagogique était-il vraiment présent en classe quand il y était physiquement ?
Les séances de classe virtuelle en visio ont pu pour certains, élèves comme professeurs, être vécues comme des moments d’intrusion dans leur intimité, avec “trop” de proximité, les échanges de messages écrits autour des travaux scolaires ont pu aussi prendre un tour très personnel.
Les lieux se sont également retrouvés brouillés, élèves et professeurs ont navigué en fonction des surcharges et des bugs tantôt sur les outils institutionnels, les logiciels de l’EdTech voire carrément sur une application conçue pour les communautés de gamers transformée pour l’occasion en espace scolaire, avec ses classes, ses groupes, les différentes disciplines et le coin récréation.

Initiative originale, pendant le confinement, une association a été présente dans le jeu Fortnite sous la forme d’un “ange bleu” afin de recueillir la parole des enfants maltraités pour leur venir en aide. C’est aussi la démarche des “Promeneurs du Net” qui réunit des animateurs, des éducateurs et des travailleurs sociaux qui sont en relation avec les jeunes sur Internet en fréquentant les mêmes espaces numériques qu’eux…

Être présent, absent, proche, loin ou carrément perdu… il a surtout fallu trouver des espaces et des temps de rencontres, d’échanges, où l’on s’écrit, se parle, se voit, en pair à pair, en duo adulte/jeune, en petit groupe, en groupe classe ou même en groupe élargi.

Au fond, tout est une question de liens, lien éducatif, lien pédagogique… les tisser, les maintenir, les renouer. Pour travailler ensemble il faut d’abord être reliés, être en relation, en confiance… Être présent physiquement, même si cela peut faciliter les choses, n’est en réalité pas indispensable !

Stéphanie de Vanssay, le mercredi 24 juin 2020

Crédit photo : Mugurel Photo sur Pexels

2 réflexions sur “Distanciel n’est pas le contraire de présentiel…

  1. Le fait d’enseigner ne peut se passer de la présence humaine en classe ou en petit groupe, avec la présence d’un-e enseignant-e qui possède outre la connaissance étendue du domaine concerné, le goût . Heureusement d’ailleurs, sinon les enseignant-es auraient déjà été remplacé-es par des télévisions.

    Les quelques essais d’enseignement à distance, pour des raisons principalement de coût, ont été des échecs pédagogiques: le Monde diplomatique livre une enquête glaçante « Dans les télécollèges mexicains » (février 2012); les MOOCs qui étaient sensés répandre les lumières universitaires sur toute la planète, la prose hallucinée de Jacques Attali en attestait, sont au mieux une perte de temps au pire une arnaque vu la faible proportion d’étudiant-es qui suivent les modules jusqu’au bout (enfin, c’est gratuit…).

    La continuité pédagogique vantée par le ministre Blanquer n’a été en fait qu’un enseignement dégradé, non du fait de la qualité des enseignant-es, mais plutôt du fait de l’impossibilité d’enseigner de cette manière, sauf à quelques privilégié-es qui auraient réussi de n’importe quelle manière (enfants d’oisif-ves diplômé-es par exemple). Les inégalités d’enseignement auraient d’ailleurs largement augmenté pendant le confinement.

    Je me demande également quelle est l’avantage des outils numériques qui outre leur qualité souvent discutable, sont de véritables poisons pour l’environnement: extraction de terres rares pour les aimants des mémoires, utilisation d’eau et de charbon pour les semi-conducteurs, consommation énergétique des fermes de serveurs. Ne devrions-nous pas agir de manière responsable pour le climat et la biosphère? Le développement durable (quelle que soit sa définition) est-il compatible avec ces outils?

    Dernière remarque: le rôle d’un syndicat, en cette période, ne devrait-il pas être de réclamer des moyens (salaires, encadrement, cantines et toilettes convenables, nos filles sont scolarisées à Marseille) plutôt que d’attendre du numérique et des margoulins de l’EdTech des solutions coûteuses et bancales à nos problèmes?

    Amicalement,

    Grégoire

    1. Merci beaucoup pour ce commentaire qui illustre parfaitement « l’évidence » que ce billet essaie de questionner, avec succès donc puisqu’il déclenche des réactions.

      À aucun moment il n’est question ici de dire que le numérique résout tout ou que la « continuité pédagogique » aurait été une réussite, nous posons seulement de façon nuancée la question de l’articulation présentiel/distanciel qui ne sont pas des antonymes.

      Réfléchir à cette question n’empêche nullement l’Unsa-Éducation et ses syndicats de demander les moyens nécessaires pour que nos missions éducatives puissent être remplies dans de bonnes conditions pour les personnels et avec efficacité pour les enfants et les jeunes qui nous sont confiés.

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