Voie technologique : entre classes d’élites et voie de garage

L’enseignement technologique se caractérise par des méthodes pédagogiques inductives (les théories sont déduites de cas particuliers) appliquées à des objets d’étude concrets, comme alternative à des enseignements abstraits en voie générale. À l’issue d’une seconde générale et technologique, les élèves peuvent ainsi s’orienter vers l’une des séries de la voie technologique, organisées chacune autour de grands domaines de connaissances appliquées à différents secteurs d’activités : management et gestion (STMG), industrie et développement durable (STI2D), santé et social (ST2S), laboratoire (STL), agronomie et vivant (STAV), design et arts appliqués (STD2A), hôtellerie et de la restauration (STHR), théâtre, musique et danse (S2TMD).

Poursuites d’études

Les baccalauréats technologiques préparent davantage à la poursuite d’études qu’à l’emploi immédiat. Ils permettent ainsi d’accéder à des BTS ou DUT, suivis éventuellement d’une licence professionnelle, voire d’un master. Avec un très bon dossier, les bacheliers technologiques peuvent accéder à certaines classes préparatoires et envisager un diplôme d’ingénieur ou des études en grandes écoles par exemple.

Accès et « choix »

Dans la grande majorité de cas, les séries technologiques connaissent un nombre de places ou d’établissements limités voire très limités, ce qui implique une concurrence généralement forte à leur entrée. Certaines séries étant très spécialisées, elles attirent des élèves qui ont un projet d’orientation très précis. En ce sens, les séries technologiques peuvent être majoritairement considérées comme élitistes, ou du moins très sélectives.

Mais ce n’est pas le cas de la série STMG, qui n’est pas contingentée et qui accueille plus de la moitié des élèves de la voie technologique.

Dans les faits, si des élèves font naturellement le choix d’une série technologique adaptée à leur projet d’études, beaucoup d’élèves de seconde générale et technologique n’ont pas d’idée précise de ce qu’ils souhaitent. Face à ces interrogations, l’option « voie générale » est souvent cochée.

Mais à l’heure du choix d’orientation, quand l’élève n’a pas un niveau jugé suffisant, une série technologique est alors conseillée, recommandée, voire « décidée » par le conseil de classe, contre les souhaits initiaux de l’élève et de sa famille.

C’est pourquoi on parle souvent de voie de garage pour la série STMG, qui recueille certainement la part la plus importante d’orientation non choisie et d’élèves en difficulté.

Mais parce qu’elle propose des enseignements nouveaux, avec une démarche pédagogique qui part de situations concrètes, elle permet tout de même aux élèves d’y réussir voire de s’y épanouir, qu’ils s’y soient retrouvés par choix ou par défaut.

Bac 2021

Avec la réforme du baccalauréat, alors que les trois séries générales disparaissent au profit d’un baccalauréat plus ou moins « à la carte », les huit séries du bac technologique sont, elles, maintenues.

Quant aux choix des enseignements de spécialité qui incombent aux élèves de la voie générale, les élèves de la voie technologique ne sont pas concernés car ils sont imposés aux élèves, hormis pour les séries STMG et STI2D, pour lesquelles un choix d’enseignement spécifique doit être effectué en fin d’année de première. Seule l’évaluation est calquée sur celle de la voie générale (épreuves du contrôle continu et bulletins scolaires pour 40%, épreuves terminales de français (écrit et oral), philosophie, grand oral et enseignements de spécialité pour 60%).

Concernant la série STMG, la réforme a supprimé le choix entre l’enseignement d’exploration Sciences Économiques et Sociales (correspondant à l’ancienne filière ES du bac général) et celui des Principes Fondamentaux de l’Économie et de la Gestion (correspondant à la série STMG). Le premier est passé en enseignement obligatoire en classe de seconde, quand le second a été remplacé par un enseignement optionnel de Management et Gestion.

Cela amène les enseignants de STMG à ne plus pouvoir participer que très marginalement aux conseils de classes de seconde, à les empêcher de s’exprimer sur l’orientation des élèves vers leurs classes. Aussi, les lycéens seront moins nombreux à accéder à un enseignement technologique qui n’est que facultatif.

Le bac technologique en chiffres

En 2019, le taux de réussite global au bac technologique atteint 88,1% (-0,8 point par rapport à 2018). En comparaison, la voie générale affiche un taux de réussite de 91,2% (+0,1 point). 156 385 élèves se sont présentés aux épreuves du bac technologique (contre 398 153 candidats au bac général et 189 780 au baccalauréat professionnel). Plus de trois quarts des candidats au baccalauréat technologique se sont présentés dans seulement trois séries : STMG (76 377 élèves), STI2D (35 279 élèves) et ST2S (24 102 élèves).

Témoignages

Marie,

professeure certifiée d’économie-gestion dans un lycée polyvalent situé dans une petite commune rurale :

« Nous avons deux classes de première et deux de terminale STMG, depuis plus de vingt ans. Nos classes comptent entre 20 et 26 élèves, en baisse ces dernières années, mais de plus en plus orientées par défaut en STMG en comparaison avec ce que j’ai connu depuis que j’ai commencé à enseigner en bac G. Nous échappons à la fermeture d’une classe de première à la prochaine rentrée mais ce sera sûrement le cas à la suivante. En effet, la réforme amène de nouvelles stratégies d’orientation : la peur de perdre des postes induit, parfois, le maintien des élèves en général, alors qu’ils ont un niveau juste pour le général mais adapté pour le technologique, quitte à les mettre en souffrance, voire en situation de décrochage. Les heures supplémentaires sont, parfois, source de conflit. Pour ma part, je considère qu’elles augmentent le temps de travail (temps de préparation, temps de présence, temps de correction) au détriment de l’accompagnement de l’élève et de la qualité pédagogique. Un service de 18h nous laisse le temps de véritablement accompagner nos élèves et de travailler notre pédagogie pour les faire aller vers une meilleure confiance en eux, en la vie, vers de petits progrès quotidiens. »

Louison,

professeure certifiée d’économie-gestion dans un lycée polyvalent situé dans une cité sensible d’une ville moyenne :

« Depuis mes débuts, il y a quatre ans, j’effectue un service de 22 heures par semaine qu’il est difficile de refuser car des postes de titulaires ne sont pas pourvus année après année et qu’il n’y a plus de contractuels disponibles à l’échelle de l’académie. Les établissements doivent recruter en direct. Pour beaucoup de mes collègues, si un élève est faible en fin de seconde, il doit venir en STMG… Enseignant en spécialité, je côtoie mes élèves plus que les autres enseignants et dois, en début de chaque année, faire un énorme travail de valorisation pour les motiver et leur prouver que cette filière n’est pas une voie de garage, contrairement au discours que certains collègues leur tiennent. Nous avons des classes de 35 élèves avec des profils souvent perturbateurs. La discipline prend donc beaucoup de temps. Le paradoxe c’est que nos effectifs ne cessent d’augmenter. Pourtant c’est une filière d’avenir qui offre de nombreux débouchés sur le marché de l’emploi. Alors, il est temps que les esprits changent et que les filières technologiques soient revalorisées.»

Brieuc,

16 ans, actuellement élève en STMG, souhaite poursuivre en École de commerce :

« Nous sommes mal vus, on nous voit comme des personnes qui ne travaillent pas ou qui font du coloriage. Je pense que la filière STMG est une filière beaucoup trop stigmatisée et je trouve cela dommage car elle est riche en apprentissages. »

Clémentine,

22 ans, ancienne élève de STMG, actuellement en licence de Psychologie :

« Faire STMG a été bénéfique pour moi grâce aux enseignants et à la CPE, j’ai beaucoup pris en maturité, j’ai appris beaucoup de choses et j’ai eu mon bac avec mention (ce qui me semblait jusque là impossible). »

Candice,

20 ans, ancienne élève de STMG, actuellement en BTS Support à l’Action Managériale :

« Les trois quarts des élèves de ma classe étaient là pour ne rien faire, par dépit, pensant avoir le bac sans travailler. Mais les conditions d’études étaient quand même propices au travail dans certaines matières car les professeurs étaient stricts comme il le fallait. Le bac STMG reste une expérience positive. »

Guillaume,

20 ans, ancien élève de STMG, actuellement en licence d’Histoire :

« La plupart du temps, on pense que la STMG est une filière poubelle, qu’il n’y a rien à faire après. Je pense et je sais que c’est faux : on peut faire des BTS comme aller à la fac. J’ai gardé de très bons souvenirs de mes enseignants, qui ont à cœur leur métier et ne lâchent pas les élèves, même les plus en difficultés. J’ai appris des choses qui me sont encore utiles dans les études supérieures comme dans la vie de tous les jours. »

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