La coopération en classe pour faire vivre les valeurs de la république? Un 2e témoignage d’enseignant.

En complément de nos articles dans Questions d’Educ n°42 (pages 14, 15 et 16), nous vous proposons un témoignage par semaine autour de la coopération. Isabelle QUIMBETZ est maitresse en classe multi-âges depuis plus de 30 ans, elle est cette année, responsable d’une classe de CE1/CM1. Elle enseigne dans l’académie de Montpellier.

Depuis quand pratiquez-vous la classe coppérative et pourquoi ce passage en classe coopérative ? Qu’est-ce que cela change pour les élèves ? Les enseignants ?

Quand j’ai intégré l’école normale de Rouen (Seine Maritime) en 1988, à l’époque, différentes options m’ont été proposées. Mon choix s’est porté sur l’EPLV (enseignement précoce des langues vivantes) et les pédagogies modernes. J’ai pu alors visiter une école maternelle Montessori et deux écoles Freinet : une classe unique en milieu rural et une classe de « perfectionnement » en ville.

En discutant avec mes parents de ce que je voyais, j’ai réalisé que j’avais moi-même bénéficié de ces techniques en tant qu’élève en CM1 et CM2…

Je savais aussi que mon frère, en très grosse difficulté scolaire, n’avait été heureux à l’école que les deux années où il avait travaillé avec monsieur Gaëtan ROUSSEL, instit Freinet en classe de perf, qui avait su donner du sens à ses apprentissages et valorisait chacun de ses progrès…

C’est ainsi que tout ce que j’avais pu voir et apprécier m’a naturellement donné l’envie d’appliquer cette pédagogie dans mes futures classes : voir des élèves épanouis ayant une attitude positive face au travail, prenant soin de leurs camarades ainsi que du fonctionnement de leur classe, voilà ce que je voulais vivre et faire vivre dans mes classes.

Sachant que, dans l’Education Nationale, quand on débute, on effectue des remplacements et quand on arrive dans une nouvelle école, on doit souvent gérer la classe qu’aucun collègue ne souhaite avoir… c’est-à-dire les cours doubles. Effectivement, en formation initiale, on apprend seulement à travailler par niveau « pur » (travail favorisé par les manuels scolaires eux aussi déclinés uniquement par niveau…), on nous enseigne rarement comment gérer plusieurs niveaux dans une même classe. Or comment gérer l’hétérogénéité sans s’épuiser ? En accueillant justement tous les élèves là où ils en sont et en mettant en place un fonctionnement coopératif : ceintures de comportement et de compétences, entrainements autocorrectifs avec entraide, quoi de neuf, conseil, monnaie intérieure, marché de connaissances, journal de classe, correspondance scolaire, exposés, expériences, présentations de livre etc.

Mais ce qui m’a beaucoup aidée à m’épanouir (et me permet de continuer à améliorer ma posture professionnelle), c’est la fréquentation des groupes départementaux de l’ICEM (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne), IGEM (groupe Gardois) et surtout l’ICEM34, les visites de classe des collègues investis dans cette pédagogie, les lectures (Une journée en classe coopérative de René Laffitte, plusieurs livres sur la pédagogie institutionnelle de Fernand Oury et bien sûr tous les formidables ouvrages de Sylvain Connac que j’ai eu la chance de rencontrer en 2005), la participation aux colloques organisés conjointement par les associations de l’ICEM34 et PIDAPI ainsi que mon investissement en tant qu’auteure auprès de collègues formidables de PIDAPI.

Effectivement, après plus de 30 ans de carrière, je continue à aller travailler avec bonheur, à m’émerveiller de tout ce qu’offre chacun de mes élèves à ma classe.

Et en tant que maitresse d’accueil temporaire, j’accueille à mon tour de futurs enseignants ou des enseignants déjà en poste qui se retrouvent perdus devant les différences de niveaux de leurs élèves (même en classe à niveau « pur » …) et qui souhaitent mettre en place un fonctionnement coopératif.


Y voyez-vous un moyen de travailler certaines des valeurs de la république dont on parle souvent ?

Tout à fait ! Dans ma classe, je tiens à transmettre les valeurs de la République mais spécialement en les faisant vivre :

– la liberté d’expression est travaillée notamment en tout début d’année quand on travaille sur les règles de la classe : j’ai le droit de m’exprimer mais j’ai le devoir d’écouter celui qui parle, de demander la parole en levant la main… Mais aussi dans tous les temps de présentation (quoi de neuf, présentation d’exposés, d’expériences scientifiques, de livres, d’objets, etc.) où sont rappelées les règles d’écoute et de prise de parole notamment celle de parler avec bienveillance (on ne se moque surtout pas !) et celle de distribution de la parole pour permettre à tous les élèves de s’exprimer : « la parole sera donnée aux plus petits parleurs » et bien sûr lors des discussions démocratiques à visée philosophique !

– la Liberté est travaillée grâce notamment aux ceintures de comportement, appelées dans ma classe les ceintures « Je grandis ». En effet, dans ma classe, la liberté n’est pas donnée, elle est à gagner ! Pour avoir certains droits, l’élève doit être capable de remplir certaines conditions. Par exemple, pour pouvoir aller travailler dans la salle juste à côté de ma classe, il faut avoir prouvé qu’on est capable de sérieux et qu’on respecte les règles même en l’absence de la maitresse.

– l’Égalité est travaillée grâce à la loi « La maitresse est là pour tous les élèves ». En effet, en temps de travail personnel, je reçois les élèves qui ont besoin d’aide ou d’une correction, selon un ordre d’inscription avec un système d’étiquettes prénom aimantées. Au bout de plusieurs plans de travail, je mets en place un système secondaire de priorité pour les élèves fragiles qui ont de gros besoins (avec leur accord), les élèves ayant des facilités (qui savent s’occuper avec un autre travail) passant après (et étant fortement sollicités pour aider les camarades qui en ont besoin).

– la Fraternité est travaillée bien sûr tous les jours, toute l’année ! La classe coopérative est pour moi comme une grande famille ! Grâce à l’entraide et au travail de groupe mais aussi et surtout, lors du conseil coopératif hebdomadaire, quand les élèves proposent d’améliorer le fonctionnement de la classe pour le bienêtre de tous ! C’est bien là que la fraternité se développe.

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