La coopération en classe pour faire vivre les valeurs de la république. Un 3e témoignage d’enseignant.

En complément de nos articles dans Questions d’Educ n°42 (pages 14, 15 et 16), nous vous proposons un témoignage par semaine autour de la coopération. Julie Lefort est professeure de mathématiques en collège, dans l’académie de Montpellier. Elle témoigne ici de son travail autour de la coopération en classe

Depuis quand pratiquez-vous la classe coopérative et pourquoi ce passage en classe coopérative ?

Je tiens à préciser que je ne travaille pas en classe coopérative, mais que j’essaie de mettre en place la coopération sur les 4h30 que j’ai avec chaque classe par semaine. J’ai profité d’une longue pause pour lire des livres de pédagogie : je me suis arrêtée 5 ans (congé parental suivi de deux années de disponibilité) pour m’occuper de mes 3 enfants. Ce que l’on n’a pas toujours le temps de faire quand on a la tête dans le guidon. Pourquoi avais-je ce désir de lire des livres de pédagogie ? J’enseignais en REP+, et je me sentais démunie pour aider les élèves les plus en difficultés. J’avais déjà mis en place avant mon départ, une forme de personnalisation des apprentissages avec un projet qui s’appelait « Mathsenzep ». Au cours de cette longue pause, j’ai lu notamment un livre de Bruno Robbes, où ce dernier parlait du conseil coopératif. En même temps un de mes fils avait une professeure des écoles qui pratiquait le « quoi de neuf ». Voyant l’enthousiasme que ça engendrait chez mon enfant, je lui ai demandé si elle me conseillait des ouvrages concernant les pratiques coopératives : elle m’a conseillé de lire « Apprendre avec les pédagogies coopératives » de S. Connac, que je ne connaissais pas à l’époque. Je l’ai dévoré, les valeurs que défendaient Sylvain dans cet ouvrage semblaient être exactement celles que je voulais défendre. Croire en l’éducabilité de tous, développer des valeurs comme « la solidarité avec les plus vulnérables et la générosité entre nous tous » (S. Connac La coopération ça s’apprend).

Dans la foulée, une classe coopérative s’est ouverte au collège du Vigan, où je connaissais certains enseignants. Encore en disponibilité à cette époque, j’ai eu la chance de pouvoir participer aux journées de formation que S. Connac animait dans ce collège, sur la coopération.

J’ai repris mes fonctions il y maintenant 4 ans, dans un collège bénéficiant d’un environnement favorable bien qu’hétérogène.

Et depuis je tente de mettre en place la coopération sur mes seules heures de mathématiques, ainsi que sur les heures de vie classe avec la classe dont je suis professeur principal.

Nous avons également la chance sur Montpellier d’avoir un groupe d’enseignants du 2nd degrés intéressés par la coopération assez actif. Nous nous retrouvons une fois par période pour partager un petit repas coopératif, puis échanger sur nos interrogations concernant nos pratiques coopératives. C’est un moment très convivial, dans lequel chacun fait part d’une extrême bienveillance : on ne se juge pas, on met en avant le postulat de cohérence de Daniel Favre. Ce qui est très appréciable, très rare, c’est que nous parlons tant de nos réussites, que de nos échecs. Nous n’avons pas beaucoup de certitudes, nous nous interrogeons perpétuellement ensemble sur nos pratiques et nos valeurs.

Qu’est-ce que cela change pour les élèves ? Les enseignants ? Y voyez-vous un moyen de travailler certaines des valeurs de la république dont on parle souvent ?

D’une part l’évaluation n’est plus vue comme une sanction mais comme un outil au service des apprentissages. En effet je mets en place la boucle évaluative : chaque évaluation peut être repassée. C’est un bon moyen pour se réconcilier avec l’erreur : dans un premier temps avec l’erreur scolaire, mais plus largement  je l’espère…

Certaines formes de coopération (l ‘aide, l’entraide, le tutorat) permettent aux élèves de ne pas rester seuls face à leurs difficultés. Elles permettent ainsi de développer la solidarité et la générosité.

D’autres, comme le travail en groupe, permettent d’éduquer à l’atout des conflits. Ainsi j’espère développer la tolérance et faciliter la prise en compte des avis divergents en général.

J’essaie de pratiquer mais seulement avec la classe dont je suis professeur principal, le conseil coopératif. Ainsi je tente d’éduquer une fois de plus à l’écoute de chacun, à la recherche collective de solutions face aux problèmes rencontrés, à la prise de décision par consensus et plus largement à la démocratie.

Comme le dit S. Connac dans son dernier ouvrage certaines pratiques coopératives, « aident à la construction d’un sentiment d’appartenance à un collectif et au développement d’habiletés prosociales telles que la fraternité et l’altruisme ».

En tout cas ce qui est certain, c’est que la mise en place des pratiques coopératives ont changé le relationnel avec les élèves.

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