La crise sanitaire a amplifié les inégalités sociales

La crise sanitaire a amplifié des inégalités existantes, selon Joannie Cayouette Remblière, sociologue et chercheure à l’Institut national d’études démographiques (Ined). Celle-ci démontre dans son ouvrage intitulé « L’explosion des inégalités, Classes, genre et générations face à la crise sanitaire » que certaines catégories de population ont davantage souffert pendant la pandémie. 

La méthode : deux enquêtes détaillées

L’auteure s’appuie sur deux enquêtes conduites pendant le premier confinement :

  • une enquête quantitative par questionnaires en ligne, entre le 30 avril et le 3 mai 2020, auprès d’un échantillon représentatif de la population de la France métropolitaine (méthode des quotas). 
  • une enquête par portraits sociologiques : il s’agit de revisites auprès d’enquêté.es dont on connaît déjà les conditions de vie en temps ordinaire (21 portraits conduits par 18 chercheur.es).

Ces enquêtes ont été adressées à des individus de tous âges (18 à 95 ans), de milieux sociaux différents et issus de différents contextes socio-spatiaux (des quartiers populaires ou bourgeois, parisiens ou ruraux, mixtes ou ségrégués…) 

Premiers enseignements à tirer 

  • Si plusieurs chiffres tendent à montrer qu’on a assisté à une crise pour tous, cette enquête révèle surtout qu’il y a trois grands perdants : les catégories sociales des jeunes, des employés et ouvriers et des femmes.
  • 30% des personnes en emploi le 1er mars 2020 ne travaillent plus deux mois plus tard.
  • 31 % des enquêté·es déclarent une perte de revenus.
  • 13 % des enquêté·es changent de logement ou de personnes avec lesquelles ils·elles vivent.
  • 24% craignent de rencontrer des difficultés à payer leur loyer, leur crédit immobilier ou leurs charges et 7% redoutent même de perdre leur logement.
  • La proportion d’individus qui se déclarent isolé·es dans leur logement et leur quartier atteint 38%, contre 17% avant le confinement.

Les jeunes : un isolement croissant

Sur le plan sanitaire, on peut considérer que les jeunes sont une population plutôt protégée par la pandémie de Covid-19. L’impact de la pandémie sur les jeunes a été amorti par les solidarités privées lorsqu’ils·elles ont pu en bénéficier.

Leurs difficultés ont été invisibilisées lors du premier confinement.

Sur le plan de l’emploi, il est à noter qu’un jeune sur deux en emploi le 1er mars 2020 ne travaille plus deux mois plus tard.

Concernant le logement, les 18-24 ans vivent le premier confinement dans un logement moins bien doté.Ils·elles disposent dans leur logement de confinement de 36 m² en moyenne par personne, contre 50 m² parpersonne pour les 30 ans et plus.

De plus, ils·elles craignent de perdre leur logement ou d’avoir des difficultés à le payer : 32 % pensent avoir des difficultés de loyer, de charges ou de mensualités dans les 12 prochains moins et 10 % craignent de devoir quitter leur logement

Enfin, l’enquête révèle que les jeunes ont vécu un isolement croissant. Ils·elles sont plus isolé·es en temps ordinaire (24 % contre 17 % en moyenne) et encore plus pendant le confinement (44 % contre 38 %)

Les classes populaires touchées par la baisse des revenus

Comme toutes les crises, celle-ci frappe de plein fouet les classes populaires alors qu’elles disposaient déjà de conditions d’emploi et de logement plus difficiles.

Au même moment, les plus riches ont épargné (selon une étude du Conseil d’Analyse Économiques, les ménages aisés ont dégagé deux tiers de l’épargne accumulée pendant le premier confinement) alors que les plus modestes se sont endettés sur la période.

Emploi : il faut noter que les moins qualifié·es sont plus souvent précaires. Ils·elles occupent moins souvent des emplois télé-travaillables et connaissent plus souvent une perte de revenus. Ainsi, chez les moins de 60 ans, 47 % des ouvriers ont perdu des revenus contre 34 % des cadres.

Logement : on constate qu’ils·elles ont légèrement plus de difficultés à ce que chaque enfant dispose d’une pièce isolée pour travailler. Ce sont ces mêmes groupes qui rencontraient déjà des difficultés à payer leur logement et qui craignent encore plus d’en rencontrer. Ce sont 44 % des ménages à dominante ouvrière sont concernés par cette crainte, contre 8 % des ménages à dominante cadre.​

Les femmes impactées par les fermetures d’école

Elles sont 35 % des femmes en emploi le 1er mars 2020 qui ne travaillent plus deux mois plus tard, contre 26 % des hommes.

Cette situation s’explique peu par leurs contrats de travail, niveaux de qualification et types d’emploi. Certes, les femmes sont davantage affectées par la précarité (notamment du fait d’arrangements conjugaux) mais c’est surtout la part des femmes qui ont arrêté de travailler pour s’occuper des enfants suite à la fermeture des écoles qui explique cette situation.

Au niveau des ménages, les femmes déclarent davantage que les hommes avoir perdu des revenus, notamment lorsqu’elles vivent seules avec ou sans enfants.

Enfin concernant les conditions de vie, elles ont été davantage confinées avec des enfants mineurs (femmes seules avec enfants) et ont davantage été mobilisées pour en prendre soin.

Conférence enregistrée sur notre chaîne Youtube 

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