Réussir la mixité sociale à l’école: la preuve par l’exemple

Le conseil départemental de la Haute-Garonne a décidé de conduire une politique de mixité sociale et d’en faire une priorité. A Toulouse, une expérimentation est menée depuis 2016 pour améliorer la mixité dans les collèges et favoriser la réussite scolaire de tous. C’est une véritable politique en faveur de l’égalité des chances qui a été menée et les premiers résultats sont encourageants. Etienne Butzbach chercheur associé au CNAM-CNESCO a suivi et accompagné les acteurs de l’initiative. Ils nous en fait retour. 

La mixité sociale et scolaire est un des leviers pour favoriser la réussite de tous les élèves. Cependant, on constate une ségrégation et une absence de mixité dans de nombreux territoires. Les parents d’élèves ont des craintes quanT à la réussite de leur enfant. L’enseignement privé leur permet alors de contourner la sectorisation et contribue à la séparation de notre jeunesse et à la constitution d’établissements « ghettos ». L’expérimentation menée à Toulouse intitulée «projet mixité» montre qu’un changement est possible et que les pouvoirs publics peuvent agir et doivent prendre en main cette problématique. 

Fermeture de deux collèges Rep +

En concertation avec l’Éducation nationale, la communauté éducative et les parents d’élèves des quartiers concernés, la décision a été prise de fermer progressivement deux collèges Rep + Raymond Badiou et Bellefontaine situés dans le quartier du Mirail où la ségrégation urbaine et scolaire est une réalité. En parallèle, des travaux de revalorisation ont été réalisés dans trois autres collèges situés aussi en éducation prioritaire, l’objectif étant de faire revenir les populations favorisées dans ces collèges qui subissent un phénomène d’évitement. Une modification de la sectorisation n’aurait pas pu remédier à la situation. Ce projet mixité a donc conduit à réaffecter plus de 1000 élèves de ces secteurs dans 11 établissements plus favorisés de l’agglomération toulousaine. 

Large concertation 

Ce projet a reposé sur une large concertation organisée avec les familles, la communauté éducative et les associations dans le but d’établir des actions et des solutions adaptées. De nombreuses réunions publiques ont été organisées pour expliquer, pour convaincre ou encore rassurer. La mise en place d’un comité de suivi a permis de poursuivre les échanges et de rendre compte de l’avancée du projet. Dans la discussion, on a recherché l’adhésion de toutes les familles avec un véritable accompagnement global. 

Les résultats suivent

La première cohorte d’élèves ayant bénéficié de ce projet, a passé le brevet en juin 2021. Les résultats sont plutôt prometteurs et traduisent une meilleure réussite de toutes et tous. Ce sont plus de dix points de pourcentage d’élèves qui ont eu plus de 10 sur 20, et treize points de plus de taux de réussite au DNB pour les élèves de la première cohorte ayant bénéficié du dispositif (voir encadré). Une concertation réussie, des moyens sur la table, une volonté politique d’améliorer la mixité : cela nous rappelle qu’il n’ y a pas de fatalité. L’égalité des chances est possible et on peut réunir dans nos établissements scolaires des jeunes qui vivent dans des territoires différents pour les faire réussir ensemble. 

Des chiffres qui parlent 

  • 63% ont obtenu leur diplôme à la fin de la troisième. Ces élèves devaient initialement rejoindre le collège Raymond Badiou en Rep, collège qui affiche 50% de réussite au Brevet selon les statistiques de l’établissement.
  • 21 % des élèves ont eu entre 10 et 12 là où ils n’étaient que 11 % au collège Raymond Badiou en Rep (+ 10 points).
  • 33 % des élèves ont eu plus de 12 alors qu’ils n’étaient que 4,6 % au collège Raymond Badiou en Rep (+ 28 points).

Des moyens et des actes

  • Un budget d’environ 56 millions d’euros du département de la Haute-Garonne pour mener à bien ce dispositif. Cette enveloppe comprend la reconstruction de deux nouveaux collèges et les mesures d’accompagnement des élèves réaffectés dans les collèges de l’agglomération de Toulouse. Ce sont environ 900 000 euros dédiés au transport scolaire et consacrés à l’organisation d’ateliers thématiques sur la pause méridienne assurés par l’AFEV (Association de la Fondation Étudiante pour la Ville).
  • La limitation des effectifs des classes de 6ème à 25 élèves.
  • La nomination de maîtres inter-degrés : des professeurs des écoles chargés de faire le lien entre écoles et collèges.
  • Des formations à destination des enseignants comprenant des rencontres inter-degrés.
  • Le renforcement des moyens de vie scolaire considérée comme un véritable temps éducatif.
  • Une mobilisation renforcée des corps d’inspection dans le suivi pédagogique.

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