L’école inclusive, entre idéalisme et réalité

L’UNSA Éducation fait de la lutte contre les inégalités un cheval de bataille. Celles liées à l’accueil des enfants dans toutes leurs diversités en est une composante. Le droit à l’éducation sans discrimination, porté par l’école inclusive est un défi à réussir, dans tous les espaces éducatifs.

Les réformes aux intentions les plus nobles peuvent défaillir du fait d’une mise en œuvre approximative. Dans cette enquête inédite sur l’école primaire et la scolarisation des enfants les plus vulnérables, Sylviane Corbion dresse un état des lieux des dysfonctionnements du système scolaire. Son ouvrage montre l’écart abyssal entre, d’un côté, les prescriptions et recommandations des politiques ministérielles, qui affichent le souci d’une école inclusive et bienveillante, et de l’autre, le travail des équipes, peu formées, qui doivent faire preuve d’inventivité pour les élèves les plus vulnérables, dont les besoins éducatifs particuliers sont insuffisamment pris en compte. Elle esquisse également des solutions. INTERVIEW.

  1. Pourquoi est-on passé en matière d’accueil d’enfants handicapés de l’intégration à l’inclusion ? 

La scolarisation des élèves en situation de handicap a été l’objet de nombreuses évolutions ces dernières décennies.  Sous l’impulsion d’une demande sociale et de directives européennes, l inclusif actuel prône la scolarisation en milieu ordinaire dans l’école du quartier de tous les élèves même les plus vulnérables. Actuellement, 385 000 jeunes relevant du handicap sont accueillis. Apprendre et vivre ensemble constituent une chance pour tous ces enfants mis autrefois à l’écart et contribuent à développer pour tous un regard plus positif sur les différences. Une conception matérialiste vise également l’insertion de tous les élèves dans le monde du travail et une revendication légitime d’adaptation « aux besoins de la vie ». De plus, les structures spécialisées qui accueillent encore bon nombre d’enfants handicapés, représentent un coût en termes de locaux adaptés, d’aménagements spécifiques, de professionnels spécialisés et formés. Dans une logique d’économie de moyens, les émoluments dans une école de quartier d’un enseignant et d’un AESH (Accompagnant d’élèves en situation de handicap) en contrat précaire, rémunéré 700 euros par mois en moyenne et formé deux semaines (60 heures), partagé entre plusieurs élèves sur des établissements scolaires distincts, s’avèrent nettement moins coûteux économiquement que des établissements spécialisés avec tout le personnel afférent. 

  • Vous relevez que la mise en oeuvre de l’éducation inclusive se heurte à des » incohérences organisationnelles ». Lesquelles sont les plus pesantes ? 

Pour l’institution, l’égalité des chances revêt davantage le caractère d’un pilotage d’une pluralité de dispositifs à optimiser et la mise en œuvre de réformes sans toujours en évaluer les effets, ce qui renforce cette impression de confusion. Les promesses tenues par l’Etat sont complexes à appliquer sur le terrain faute d’une réflexion pragmatique en amont et d’une concertation avec l’ensemble des acteurs pour savoir ce qui est humainement et professionnellement possible de mettre en œuvre en fonction du contexte. Les pouvoirs publics décident et c’est aux équipes dans les écoles de s’adapter, parfois dans l’urgence. La qualité de vie et d’apprendre pour tous les élèves, les conditions de travail et la formation des personnels dans les établissements scolaires sont les grandes oubliées de ces réformes. 

3. La réalité de l’éducation inclusive, c’est un indispensable travail d’équipe et de partenariats. Est-ce là le plus difficile à déployer ? 

Le champ d’action de l’école inclusive est vaste et nécessite pour les professionnels des écoles d’adapter l’offre éducative à toute la diversité du public scolaire. 

L’effort d’accueil de tous ces élèves à besoins éducatifs particuliers repose pour l’essentiel sur des professionnels isolés et peu formés à cette diversité. L’exercice se révèle fastidieux, éprouvant surtout quand s’ajoutent des contextes pénibles : éducation prioritaire, mésentente entre collègues, irrespect voire agressions de parents d’élèves, logique gestionnaire d’une hiérarchie pas toujours compréhensive, persistance de pratiques bureaucratiques contraignantes, directives fluctuantes du ministère, etc. Sans oublier la succession de protocoles sanitaires à gérer depuis la pandémie qui fragilisent encore un peu plus les acteurs de terrain. 

L’école inclusive implique une transformation des modes de pensée, un investissement important, une modification des pratiques pédagogiques, un travail en équipe plus conséquent et du temps pour s’y consacrer. L’instauration de partenariats avec des professionnels du secteur médico-social requiert une mutation des cultures notamment celle du partage professionnel. 

Sylviane Corbion 

Professeure des écoles
Docteure en sociologie – Centre de recherche Experice – Université Paris 8 Auteure de « L’école inclusive, entre idéalisme et réalité », éditions érès, 2021 

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