Qui se soucie du bonheur dans le système éducatif ?

En 2022, seuls 26% des 42600 répondants au 10ème Baromètre des métiers de l’éducation UNSA se satisfont de leurs conditions de travail. Et si on interrogeait les enfants et les jeunes combien seraient-ils à se satisfaire de leurs conditions d’études ? 

Si le système éducatif français prépare le bonheur public de demain, il apprend d’abord aux futurs citoyens le respect des règles et le sens de l’effort. Que fait-il du bonheur en son sein ? 

Ce bonheur semble peu compatible avec une forme scolaire consolidée au fil des siècles, avec un modèle d’enseignement fortement transmissif, avec une organisation solidement contrôlée et hiérarchisée du ministère à la classe, avec des destins scolaires corrélés à l’origine sociale. C’est tout le sujet de l’ouvrage « Le bonheur, une révolution pour l’école ». Analyse du présent, retour sur son évolution au cours des soixante dernières années, et nombreuses bulles de témoignages d’acteurs et actrices optimistes.

 INTERVIEW DES AUTEURS : Jean Louis Durpaire et Jean Pierre Véran.

Pourquoi avoir choisi un titre si provocateur ? Le bonheur serait-il inexistant dans le système éducatif actuel ?

Nous avons voulu souligner, dès le titre, le paradoxe de notre système éducatif. Nous montrons qu’au cours des 60 dernières années, de multiples évolutions tendent à faire entrer la vie à l’Ecole, à favoriser l’expression des élèves, à encourager l’initiative des acteurs de terrain, à dépasser l’évaluation sanction, à approfondir le dialogue avec les familles. Mais ces évolutions se heurtent à une idéologie scolaire tellement prégnante qu’en ce mois de mai 2022, un grand journal consacre une page aux lycéens en burn-out face à la pression scolaire. La révolution du bonheur à l’Ecole demeure un objectif à atteindre, tant l’Ecole reste héritière d’une histoire ancienne où l’obéissance et le silence des élèves et des personnels comptaient plus que leur bien-être. 

Comment le système éducatif peut-il mettre le cap sur le bonheur ? Avec quelles priorités ? 

Nous nous sommes employés à ne pas en rester à une analyse des difficultés du système éducatif ou à une vision abstraite de l’avenir ; nous avons tenté de dessiner cette École du bonheur à travers un certain nombre de critères précis. Par exemple repenser les contenus des apprentissages réalisés durant la scolarité obligatoire en valorisant la notion d’interdisciplinarité notamment au collège, en intégrant les expériences extrascolaires ; ou revoir la forme scolaire en donnant davantage de souplesse aux conditions dans lesquels l’élève apprend. Pour que l’Ecole devienne une Ecole du bonheur, il faudrait que chaque acteur se sente réellement porteur d’une mission : faire des élèves de futurs citoyens capables de transformer le monde. Cela passe par davantage de confiance au sein des équipes d’établissement, donc une transformation des modes de gouvernance, par une capacité d’innovation. Nous donnons l’ exemple de l’action documentaire ; nous invitons les équipes à en faire un « laboratoire culturel, éducatif et cognitif pour l’établissement » : la traduction en actes de cette proposition prendra des formes diverses selon les lieux ; mais en tout cas, elle commencera par une réflexion et un projet ; ici, ce sera une transformation d’un CDI à l’ancienne en un centre de connaissances et de culture, plus ouvert, plus accessible, conférant des responsabilités de gestion et d’animation aux élèves eux-mêmes ; ailleurs, on repensera en profondeur la démarche pédagogique en intégrant l’accès à l’information et son traitement comme moteurs d’accès à la connaissance. 

Quant aux priorités pour que cette Ecole du bonheur advienne, nous disons qu’en premier il faudrait définir un cap : l’Ecole est un espace de vie pour près de 15 millions de personnes ; comment faire en sorte que cet immense ensemble vive en harmonie, que les adultes soient des passeurs de connaissances aux élèves avec le souci qu’ils acquièrent à l’Ecole les ressources nécessaires pour construire une société pacifiée et heureuse et qu’eux-mêmes tirent bénéfice de ce qu’ils accomplissent ? Une fois ce cap affirmé, il faudrait rassurer les personnels en redéfinissant leurs missions : la transmission d’une culture ouverte sur le monde sera essentielle, en travaillant réellement à la création d’un « savoir-relation » : relation entre les disciplines enseignées et les activités éducatives, relation de soi  à soi, aux autres, aux savoirs, à notre planète. 

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