30 minutes d’activité physique quotidienne : ce n’est pas encore la forme

Intéressante sur le fond, l’obligation des 30 minutes d’activité physique quotidiennes dans le primaire qui entre en vigueur dès cette rentrée pour lutter contre la sédentarité laisse place à de multiples interrogations sur la manière dont les enseignants vont s’emparer de cette mesure et la faire vivre dans la durée. Au collège, l’expérimentation de deux heures supplémentaires pour les « décrocheurs du sport » ne suscite pas moins de questions.

A l’horizon des JO de 2024, la question du sport s’invite depuis quelque temps dans tous les cénacles où l’on débat de la santé et des grands défis sanitaires du siècle. Car il y aurait urgence à agir contre l’inactivité physique selon de récentes estimations scientifiques américaines et canadiennes pour qui cette inactivité serait responsable de plus de 4 millions de morts chaque année.

Sédentarité inquiétante

« La sédentarité gangrène nos modes de vie et plus particulièrement celle des plus jeunes générations. Le temps passé couché ou assis, notamment devant les écrans de loisir, est estimé à 55 % de la journée pour des écoliers et à 75 % pour des adolescents », indiquait récemment avec inquiétude le député Régis Juanico dans une tribune du Monde, ardent promoteur d’une riposte publique d’ampleur.

C’est ainsi qu’a émergé cette idée de sensibiliser les citoyen·nes, dès l’école, à la nécessité de « se bouger », de manière régulière, distinctement de la pratique de l’EPS. Se pose désormais la question de l’articulation entre les deux modalités (3 heures d’EPS par semaine d’un côté, 30 minutes d’activité physique par jour de l’autre) ainsi que celle du contenu des 30 minutes quotidiennes.

Fiches académiques

« Les formes qu’[elles] peuvent prendre sont variées et doivent être adaptées au contexte de chaque école. Elles peuvent être fractionnées et combinées sur les différents temps scolaires, mais aussi périscolaires. Les temps de récréation peuvent aussi être investis pour amener les enfants à se dépenser davantage et lutter contre la sédentarité avec des pratiques ludiques », peut-on lire sur le site d’Eduscol concernant les 30 minutes. Certaines académies proposent des fiches où sont mises en jeu la course, le saut, la danse, les activités de lancer, fiches présentées comme autant de pistes à explorer pour ces séances où la liberté pédagogique est le maître-mot.

« Les enseignants vont pouvoir déployer des trésors d’ingéniosité », reconnaît Tony Martin, secrétaire national du SNAPS UNSA, qui pointe par contre le problème de savoir où placer ces 30 minutes pendant le temps scolaire. « Il n’y a pas d’aménagement d’emploi du temps. Il faut enlever des enseignements mais lesquels ? On imagine mal les enseignants enlever des maths, du français, de l’histoire ». Alors, « nous ne sommes pas à l’abri de solutions de type : découverte des SVT en marchant ».

Expérimentation au collège

D’autres craintes subsistent comme celle d’une brèche ouverte en direction des animateurs de club ou de collectivités qui, à long terme, pourraient progressivement se substituer à l’EPS puisque le dispositif du primaire, auquel s’ajoute une expérimentation au collège visant également à lutter contre la sédentarité, incite les établissements à collaborer, dans et en dehors de l’établissement, avec des personnes ressources et intervenants extérieurs.

Pour les collégiens, il s’agit de proposer dans le cadre d’un créneau horaire aménagé, deux heures supplémentaires hebdomadaires d’activité physique et sportive aux élèves volontaires à besoins particuliers, en lien avec les associations et clubs sportifs locaux. Si, pour l’instant, « les circulaires sont claires, qu’en sera-t-il dans quelques années ? », prévient Tony Martin. « Cette mesure est louable mais pas suffisamment pensée dans le détail. »

L’intention est donc bonne ; à l’UNSA Education, nous militons pour une réduction des inégalités en matière de santé et nous ne pouvons que souscrire à l’initiative des pouvoirs publics de promouvoir le sport afin de permettre à chaque enfant, à chaque élève, d’évoluer au sein d’une société qui prend en compte toutes les dimensions de la personne et favorise son épanouissement et son bien-être. Nous reconnaissons le rôle prépondérant des acteurs associatifs aux côtés des enseignants pour mener à bien cette mission préventive et de promotion du sport santé. Nous réaffirmons néanmoins l’EPS comme une composante de l’emploi du temps scolaire, attachée non à la primauté de la performance mais aux valeurs citoyennes, inclusives et éducatives qu’elle véhicule ; nous demeurerons donc vigilants à toute dérive qui nous éloignerait de ce principe fondateur de l’école publique et républicaine.

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