Sans attendre PISA

Début décembre, nous recevrons la nouvelle livraison des résultats de l’évaluation internationale PISA. Ne nous faisons guère d’illusions. Tous les observateurs attentifs du système éducatif français en sont convaincus, les résultats ne seront pas bons.

On pourra -comme chaque fois- se cacher derrière son petit doigt et remettre en cause la méthode, les indicateurs, la spécificité de l’enseignement en France…

Autant d’excuses dilatoires dont la seule conséquence est de ne pas agir -ou en tout cas pas assez et pas assez vite- pour prendre en compte cette sonnette d’alarme et chercher à y répondre.

Soyons précis. Les résultats qui vont être publiés ne rendent pas compte des réformes mise en œuvre dans le cas de la Refondation. En évaluant en 2015 des élèves en fin de scolarité obligatoire, il est impossible de mesurer l’impact des nouveautés décidées depuis 2012 et mise progressivement en place depuis. Il s’agit ici de rendre compte des acquisitions scolaires portées par l’organisation scolaire précédente. Les élèves qui sont entrés au début de la refondation, seront évalués par PISA au plus tôt en 2021, plus tard encore si l’on prend en compte les nouveaux programmes en vigueur depuis la rentrée 2016.

Pour autant, il faut entendre et prendre en compte les alertes de ces -de nouveau- mauvais résultats.

Il n’y a pas eu en France, à la différence d’autre pays comme l’Allemagne ou de la Pologne, de « Pisa choc » qui aurait permis un redressement plus immédiat et plus efficace. Jean-Paul Delahaye le regrette et l’explique en affirmant qu’un Pisa Choc irait contre trop d’intérêts : « La refondation de l’école n’est pas d’abord un sujet technique. C’est d’abord un sujet politique si l’on veut parvenir à dépasser les intérêts particuliers et faire adhérer la population à une politique d’intérêt général. Il y a aujourd’hui une lutte des classes au sein du système éducatif ».

Or si la politique éducative conduite de 2002 à 2012 a été catastrophique, elle ne peut être tenue seule comme responsable du creusement des inégalités scolaires. Il est dû aux objectifs mêmes qui ont été fixés historiquement à l’École qui, dès son origine a reçu la mission paradoxale de faire, certes, apprendre tous les élèves, mais surtout de réaliser le tri et la sélection des meilleurs pour en faire l’élite du pays.

Le diagnostic est donc connu de tous.

Depuis 2012, il a été pris en compte.

Une grande partie des mesures prises vont dans le sens d’une meilleure prise en compte de tous les enfants et jeunes, donc aussi et surtout de celles et ceux qui sont les plus éloignés de la culture scolaire.

Par exemple la réforme du collège s’appuie sur des évolutions -y compris pédagogiques- déjà mises en œuvre dans d’autres pays de l’OCDE où elles ont été efficaces.

Comparaison n’est certes pas raison, mais l’isolement et le refus de s’inspirer de ce qui se fait de bien ailleurs n’est pas non plus la preuve d’une grande sagesse.

D’autant plus que si l’Éducation est redevenue une priorité nationale en France depuis 2012, il faudra un temps encore long pour modifier les comportements face à nos « habitudes » éducatives.

« Je constate que dans de nombreux systèmes éducatifs dont les performances sont bonnes, les enseignants et les élèves sont beaucoup plus proches. Les premiers ne font pas que les éduquer, ils sont là pour les aider à grandir, ils personnalisent les modes d’apprentissage. En 2012, les résultats Pisa pour la France en mathématiques et en sciences sont convenables, la France se situe dans la moyenne. En revanche, lorsqu’on s’intéresse au bien-être des élèves, aux compétences sociales, à l’intégration des enfants d’immigrés, la France enregistre de très faibles résultats » affirme à l’AEF Andreas Schleicher, le responsable de l’évaluation PISA à l’OCDE. Il ajoute que s’il constate un niveau de motivation des enseignants et des chefs d’établissements français plus élevé que dans bien d’autres pays, il n’a « pas l’impression que leur soient données des conditions de travail satisfaisantes, ni qu’ils sont soutenus pour qu’ils puissent s’impliquer dans leur métier. Le système éducatif français n’est pas assez personnalisé. Les chefs d’établissements ne disposent pas de la capacité à guider leur équipe. Ils ne gèrent pas les enseignants mais un bâtiment, [alors] qu’il est nécessaire qu’ils aident les enseignants à grandir dans leur profession, à construire un environnement de travail collaboratif. »

Ainsi donc, nous sommes au milieu du gué. Les résultats mitigés de la livraison de l’évaluation PISA de décembre prochain doivent nous rappeler que les évolutions de notre système d’Education vont dans le bon sens mais qu’elles doivent être renforcées, développées et aller encore plus loin.

Tout renoncement serait un recul.

Tout recul conduira à de nouveaux échecs.

Les premières victimes en seront les enfants et les jeunes, au premier rang desquels ceux des milieux les plus défavorisés.

Inutile donc d’attendre PISA. Renforçons dès la présent la Refondation de l’Éducation.

Denis Adam, le 23 novembre 2016

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