25 ans à peine, 25 ans déjà

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L’internet a … 25 ans.

Les vieux comme moi, se souviendront de son arrivée d’abord chez les rares spécialistes avant de s’imposer pour monsieur et madame tout-le-monde.

Il y a 25 ans –et ce depuis les années 1980- chaque fin août, à l’invitation de la Ligue de l’enseignement, nous découvrions à l’université d’été de la communication à Hourtin les nouveautés de ce que serait la révolution numérique alors que dans bien des écoles les TO7 et MO5 du plan « informatique pour tous » étaient restés dans les cartons, faute de formation des enseignants, faute de conviction des politiques, faute de vision d’avenir.

Il y a 25 ans –et jusque dans les années 2000- pratiquement 9 millions de foyers français (soit 25 millions de personnes sur 55 millions d’habitants) étaient connectés au Minitel, et pas uniquement pour l’annuaire téléphonique…

Il y a 25 ans se développe en France le premier téléphone portable destiné à un public en « mobilité urbaine », il concernait 0,6% des abonnements téléphoniques.

Puis vint l‘Internet, … enfin son usage public (car le système fonctionnait déjà pour les domaines de la recherche ou à des fins militaires).

Il fut immédiatement adopté par certains. Porté aux nues par quelques-uns. Vilipendé par d’autres. La plupart l’ont découvert en fait avec curiosité.

Dans un reportage télévisuel sur les débuts d’Internet, datant de 1995, ressorti par l’Institut français de l’audiovisuel (l’INA) à l’occasion de cet anniversaire, on peut entendre le reporter de France 3 s’extasier : «  On trouve tout, absolument tout ». «  On se perd assez vite dedans, confirme un jeune homme interrogé devant un PC. Au départ on veut chercher quelque chose et puis au final on tombe sur d’autres choses intéressantes. C’est pas qu’on se perd mais on ne sait plus où donner de la tête.  » «  C’est vraiment bien  », conclut-il.

Je me souviens que cette même année, dans la direction départementale « jeunesse et sports » où j’étais en poste, nous avions cherché à convaincre notre directeur de l’intérêt d’installer une connexion. Il était revenu un matin avec cette réponse : « j’ai repensé à votre demande pour Internet, on peut faire mettre des étagères dans votre bureau. » Comme pour le reste des nouveautés informatiques, il l’avait conçu en terme de machines à ranger, à stocker, à installer… Absolument pas en terme de connexion à un réseau. Encore moins comme une nouvelle manière de communiquer, de réfléchir, d’agir.

Que de chemin parcouru en 25 ans.

Les plus jeunes n’imaginent même pas un monde sans Internet -ou vaguement comme l’on peut se représenter la préhistoire ou le moyen-âge.

Au-delà, le phénomène du web touche l’ensemble de la population : plus de 40% de la population mondiale utilise internet, 78% de la population dans les pays développés (chiffres de 2014 en évolution exponentielle permanente).

La question n’est plus de l’utiliser ou non, mais de savoir quels usages on en fait.

L’Internaute n’est-il qu’un consommateur enfermé dans un univers limité et défini de manière algorithmique ? A-t-il la possibilité de s’ouvrir à un monde plus large, à des pensées diversifiées, aux autres ? Peut-il protéger sa vie privée ? Sait-il faire usage de libre arbitre et d’esprit critique ? Peut-il agir en citoyen ?

Les réponses à ces questions dépendent de choix et nécessitent de développer des compétences techniques et « opérationnelles » mais qui s’articulent « à deux valeurs fondamentales, la critique et la création » comme le précise Christian Gautellier dans l’avant-propos du n°563 de juillet 2016 de la revue des Ceméa « Vers l’Education nouvelle ».

Ces compétences s’acquièrent et s’enrichissent dans une pratique accompagnée. Utiliser l’Internet dans les démarches pédagogiques sert à la fois à apprendre à trouver des ressources et à apprendre à coopérer, partager, interagir. C’est donc à la fois apprendre avec Internet et apprendre Internet.

Une double démarche d’autant plus indispensable dans un univers numérique en constante évolution et dont personne ne pourrait dire ce qu’il sera quand les enfants d’aujourd’hui seront les adultes de demain, … dans 25 ans.

Denis Adam, le 24 août 2016

Photo : Pixabay CC0 Public Domain

Ça risque de bouger en Outre-mer

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À l’ordre du jour du conseil des ministres du 27 juillet dernier était présenté le « plan séismes Antilles, horizon 2020 ». Deuxième phase d’une démarche initiée en 2007, il s’appuie sur le constat d’urgence que les Antilles françaises sont « très exposées au risque sismique et ne sont pas à l’abri d’un séisme majeur tel que celui du 12 janvier 2010 en Haïti« .

Le plan lancé en 2007 évaluait à « environ six milliards d’euros l’investissement nécessaire sur le bâti public pour une durée d’une trentaine d’années« . La première phase aura permis d’investir ou de programmer 2,4 milliards d’euros. Mais on est encore bien loin du compte. Ainsi dans le seul domaine éducatif, en pratiquement 9 années, ce ne sont seulement que 36 écoles et 2 collèges qui ont bénéficié de ce programme, alors que ce sont la plupart des bâtiments scolaires qui nécessitent une mise aux normes parasismiques. Ils devraient être 120 à être concernés par cette deuxième phase d’ici 2020.

Or, si l’État prévoit de « mobiliser 450 millions d’euros » pour la période 2016-2020, soit 30% de plus que lors de la première phase du plan entre 2007 et 2015, le bouclage financier du plan ne semble pas encore finalisé. Les collectivités territoriales, en difficultés économiques risquent d’être en peine pour assumer leurs responsabilités dans ce domaine. Et c’est donc du côté des fonds européens que les demandes d’aide vont se diriger.

Beaucoup de temps a déjà été perdu sur ce dossier pourtant essentiel. L’accélération ne peut qu’être bienvenue. Encore faut-il que les réalisations atteignent réellement le niveau d’ambition annoncée. On peut regretter que cette démarche volontariste n’intervienne qu’en cette fin de mandature (alors que la phase 1 est terminée depuis 2013) alors que les engagements pris sont reportés sur le prochain gouvernement.

Mais ce n’est pas que la terre qui peut trembler en Outre-mer. La situation sociale et économique y est plus que préoccupante. C’est ce que rappelle le CESE dans l’avis qu’il a élaboré et adopté le 12 juillet dernier sur l’avant-projet de loi de programmation en faveur de l’égalité réelle Outre-mer.

Saisi par le Premier ministre sur l’étude d’impact et le titre Ier du projet de loi relatif aux objectifs, conditions et instruments de mise en œuvre de la convergence, le CESE –qui possède une commission de travail spécifique sur les Outre-mer- « a confirmé le diagnostic du gouvernement selon lequel il existe dans plusieurs des Outre-mer des écarts de développement majeurs avec la métropole, particulièrement à Mayotte où une situation hors norme appelle des mesures d’urgence. »

Rappelant « que les habitants de ces onze collectivités sont des citoyens français à part entière et qu’ils apportent à la France une richesse et un patrimoine naturel et humain exceptionnels mais fragiles » le conseil prône « la conciliation du principe d’égalité avec celui de liberté » afin « de tendre vers un objectif d’égalité réelle dans le respect de la diversité. »

L’avis du CESE invite « le législateur à réinventer des modèles de développement pour les collectivités ultra-marines, fortes de leur potentiel d’innovation et d’excellence, en intégrant la révolution numérique qui offre des opportunités exceptionnelles aux petites économies isolées ». Il rappelle « les quatre dimensions d’un véritable développement durable que sont l’économie, le social, le culturel et l’environnement » et il propose de « recourir aux méthodes de démocratie participative dans un esprit de subsidiarité, pour l’élaboration des diagnostics partagés, des projets stratégiques de développement durable, des plans et contrats de convergence et du processus d’évaluation pour chaque collectivité. »

Là encore, si le gouvernement a salué les propositions du rapport comme des pistes complémentaires à explorer, cette loi arrive bien tard et n’aura de conséquences réelles que dans plusieurs années alors que l’urgence est criante et l’exaspération locale profonde.

Même si le CESE ne le dit pas explicitement, il va de soi que pour nous, l’Éducation est un levier essentiel de l’égalité réelle. La délégation outre-mer de l’UNSA Éducation a proposé en mai dernier au cabinet du ministère de l’éducation nationale la mise en place d’observatoires de la réussite éducative dans l’ensemble des territoires ultra-marins. Leur fonctionnement doit être ouvert à l’ensemble des acteurs éducatifs scolaires et hors-scolaires et permettre un diagnostic et des actions partagées afin d’agir pour la réussite de chaque jeune. Nous avons été écoutés, nous espérons avoir aussi été entendus par la concrétisation de cette démarche.

En effet sur le plan du bâti comme sur les dimensions économiques, sociales, culturelles, éducatives… il est urgent de prendre la mesure des déficits vécus par les territoires ultra-marins et de se doter d’outils et de démarches efficaces dès à présent. Le temps perdu joue en défaveur des bonnes solutions. Et lorsque le terre bougera, lorsque les gens bougeront, lorsque localement la stabilité tremblera… il sera trop tard.

Denis Adam, le 17 août 2016

Photo : Pixabay CC0 Public Domain

Le choix des parents

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Qu’est-ce qui conduit à choisir tel ou tel séjour de vacances ? C’est la question à laquelle tente de répondre le dernier bulletin de l’OVLEJ (n°46, juillet 2016), l’observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes. Et les résultats sont assez intéressants.

Ainsi pour les parents –et même s’ils confondent souvent les organisateurs et les prescripteurs de séjours- les trois critères qui viennent en tête des éléments de choix sont : le projet éducatif, la réputation et l’ancienneté. Lorsque le choix se fait d’abord sur le séjour, c’est pour 70% des répondants le projet éducatif qui est le principal critère. Si le choix se porte d’abord sur l’organisateur, c’est sa réputation qui à 81% guide le choix. Et ces critères sont encore renforcés chez les parents ayant eux-mêmes vécus des séjours collectifs de vacances.

Bien évidemment les priorités des adolescents partant en « colos » ou en camps sont assez différentes. Le premier critère est celui des activités proposées (78%) précédant le lieu, la destination (59%), loin devant le fait de pouvoir partir avec d’autres jeunes connus (16%). La réputation de l’organisateur n’apparait quasiment pas pour eux (1%), pas plus que le projet éducatif ou l’ancienneté…

Au-delà de ces contradictions apparentes entre les critères de choix des parents et ceux des leurs enfants, l’OVLEJ veut y voir des rapprochements possibles.

Tout d’abord la priorité donnée aux activités relève moins du choix d’une activité spécifique (citée par moins de la moitié des adolescents) que par la volonté de faire des découvertes, de vivre la diversités des animations et des jeux proposés, de rencontrer les autres ou de se familiariser avec un environnement géographique. Cela relève donc pour beaucoup de l’orientation éducative donnée par l’organisateur du séjour et rejoint les préoccupations des parents de proposer à leurs enfants un temps de plaisir, de découverte et d’épanouissement.

Le second élément décisif est celui de la confiance. 60% des familles passent par un prescripteur qu’elles connaissent (mairie, comité d’entreprise…), 40% s’adressent directement à l’organisateur, mais dans les deux cas, la connaissance –même indirecte par du « bouche à oreilles »- permet de se sentir rassurer sur le fait que les adolescents passeront un bon séjour, ce qui bien entendu est la demande première des jeunes. Or le séjour sera d’autant plus réussi que les conditions de son organisation seront bonnes. Cela se traduit pour les parents par l’encadrement, les conditions matérielles d’hébergement et de sécurité. Cela signifie pour les jeunes la possibilité de vivre leurs propres vacances en construisant leur autonomie.

Dans les deux cas, il s’agit d’un véritable projet éducatif, le même. Celui de faire du temps de vacances collectives des adolescents un moment fort d’épanouissement, d’enrichissement, de découverte de soi, de l’environnement et des autres. D’en faire un vrai moment de vie. Et sur ce point, parents et adolescents se rejoignent.

Denis Adam, le 10 août 2016

Photo : Pixabay CC0 Public Domain

La saison des amours

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Contrairement aux idées reçues ou diffusées par la littérature, ce n’est pas le printemps, mais l’été la saison des amours. Pour de nombreux jeunes, la période des vacances estivales est marquée par les premières découvertes amoureuses et sexuelles.

Pour le psychiatre et psychanalyste,  Serge Hefez (répondant à une interview du site doctissimo.fr en juillet 2011) « l’été c’est effectivement le moment opportun pour vivre des histoires d’amour. Souvent, les jeunes adultes sont séparés de leur famille à ce moment-là, il y a un « brassage » entre garçons et filles qui est beaucoup plus important, on a le plaisir d’être à l’extérieur, de faire du sport, de montrer son corps, d’être détendu, un peu excité aussi par la chaleur, etc. Tous ces ingrédients sont là pour tomber amoureux. »
Et il précise : « Les premières expériences amoureuses en général, c’est l’été que ça se produit et je crois que cela se produit avec d’autant plus d’intensité qu’on peut s’y consacrer entièrement et qu’elles sont bordées. C’est-à-dire qu’on sait qu’à la fin du mois de juillet ou du mois d’août, on va se séparer, très probablement, parce qu’il y en a un qui vit à Bordeaux, l’autre à Lille, et donc cela donne un côté plus intense à la relation, plus passionnel, plus tragique, en même temps que le fait qu’elle ne durera pas éternellement. »

Puisqu’elles sont éphémères, ces relations en sont-elles pour autant moins sincères ? Serge Hefez n’a aucun doute et affirme « l’authenticité d’une relation amoureuse, c’est l’authenticité de ce que l’on ressent, pas forcément l’authenticité de ce qu’on y projette. L’amour, c’est les preuves d’amour, les sensations d’amour, c’est le vécu de l’amour… Donc dans ce sens, elles sont éminemment sincères. Dans le sens où on a envie de vivre le plus possible cette intensité au quotidien et que là, c’est sans tricher, car on met tout son désir, tout son plaisir dans la relation. »

Face à ces amours d’été, parents et animateurs se sentent souvent démunis, ou pour le moins interrogatifs quant à la manière la plus adaptée d’agir.

Pour les parents « trouver la juste place, la bonne attitude n’est pas si aisé », reconnaît France Pillion, psychologue de l’AFCCC et animatrice d’un groupe de parole de parents d’adolescents interrogé par La Croix, « se tenir à juste distance des émois de ses enfants tout en laissant émerger certaines questions sur le sens de ce qu’ils vivent à cette occasion est sans doute la meilleure attitude à adopter. Pour les faire réfléchir et non pour satisfaire une curiosité. » Et cela est d’autant plus important que la majorité des vacances se font désormais en famille et que donc les adolescents demeurent sous le regard, et parfois, sous le jugement de leurs parents.

En séjour collectif de vacances, les animateurs sont aussi confrontés à la question de l’attitude qu’ils doivent adopter.

« Les séjours de vacances et stages sportifs sont des espaces de socialisation dans lesquels les jeunes vivent des rencontres, des flirts, des mises à l’épreuve, des « premières fois » … Or, il n’est jamais simple pour des encadrants bénévoles, volontaires ou professionnels, parfois eux-mêmes récemment sortis de l’adolescence, de se positionner face à ce qui touche à l’intimité des jeunes. Il s’agit pourtant d’un enjeu éducatif fort, tant cela contribue à la construction des individus et des relations qu’ils entretiennent avec les autres. Être écouté et accompagné répond, en outre, aux attentes des jeunes, comme ont pu le démontrer les résultats de l’enquête sur la sexualité et la vie amoureuse, menée auprès de collégiens du département par des conseillers généraux jeunes, réunis en 2012 dans une commission thématique « Information, sensibilisation et prévention ». L’éducation à la vie affective et sexuelle est préconisée par de nombreuses politiques publiques, nationales ou territoriales : sous l’angle de la promotion de la santé (prévention des grossesses non désirées, des infections sexuellement transmissibles, du SIDA, etc.), mais aussi de la protection des jeunes (prévention des violences sexuelles, notamment dans le sport, de l’homophobie, du bizutage, etc.) ou encore dans le cadre de la promotion de l’égalité et de la lutte contre les discriminations (égalité homme/femme, lutte contre les stéréotypes de genre, lutte contre le sexisme et l’homophobie, etc.)» écrit le directeur départemental de la cohésion sociale du Tarn en introduction d’un « Petit manuel à l’usage des animateurs » sur le thème de « Amour et sexualités des adolescents ».

Piloté par une collègue CEPJ, ce document construit dans un large partenariat et qui ne se veut pas normatif donne des piste pour agir en professionnel, comme :

  • Adopter un comportement exemplaire (propos, actes) dans le respect des personnes
  • N’entretenir aucun comportement ambigu vis-à-vis des jeunes du séjour
  • Être garant du respect par les jeunes et les adultes du cadre établi. Interdire tous comportements ou propos violents ou humiliants, de nature sexiste ou homophobe, perpétrés par des adultes ou des mineurs. En cas de transgression, adopter une réponse appropriée à l’auteur et à la gravité des faits ;
  • Être vigilant et attentif à la conduite des jeunes : changement de comportement, situation de souffrance, mal être, etc. ;
  • Respecter les besoins et les temps d’intimité des jeunes ;
  • Adopter vis-à-vis de chacun des jeunes une posture d’écoute bienveillante, sécurisante, sans jugement moral ;
  • Adapter les messages de prévention au niveau de maturité de chacun des jeunes. Situer leur niveau de connaissances et apporter, si nécessaire, des informations précises et objectives ;
  • Partager en équipe les situations problématiques et orienter, si nécessaire, les jeunes vers des spécialistes de l’éducation affective et sexuelle, ou vers des professionnels du soin selon les cas ;
  • Ne pas agir dans l’urgence, sauf en cas d’évènement grave pour protéger des mineurs ;
  • Savoir rester discret par rapport aux informations relevant de la vie intime ou privée des mineurs accueillis. L’accord du jeune devra être recherché dans tous les cas de transmission;
  • Informer les autorités judiciaires en cas de connaissance de faits délictueux ou criminels…

Tous les spécialistes insistent, il n’est pas indispensable de tomber amoureux durant ses vacances et les amours d’été ne sont pas à rechercher à tout prix. Mais ils existent et doivent être des situations heureuses et épanouissantes qui aident les jeunes se construire affectivement et socialement. Autant donc qu’ils soient vécus au mieux par toutes et tous et donc accompagnés.

C’est la garantie d’un bel été pour chacune et chacun. En un mot : des amours de vacances !

Denis Adam, le 3 août 2016

Photo : Pixabay CC0 Public Domain

Attentats : en parler pour dépasser la peur

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Bien entendu, nous souhaitons tous que les attentats cessent.

Pour autant, nous savons le risque que d’autres actes fous et criminels viennent endeuiller l’été.

Chacun s’y prépare, y pense, le redoute et tente de mettre des mots sur l’indicible et l’incompréhensible folie meurtrière des terroristes.

Face à ces actes barbares et odieux, les enfants et les jeunes sont souvent démunis. Depuis l’attentat de Nice, ils peuvent être d’autant plus traumatisés qu’ils savent dorénavant qu’ils peuvent également faire partie des victimes. Leur âge et leur innocence ne les protègent pas de ceux qui ne respectent ni n’aiment la vie.

En période scolaire, la nation s’appuie majoritairement sur l’École pour permettre aux élèves de s’exprimer, se questionner, dire leur peine, leur colère, leur solidarité, leur peur… Les enseignants et les personnels éducatifs des écoles et établissements scolaires sont alors mobilisés pour proposer ces temps de recueillement, de réflexion, de débat… La démarche n’a rien d’évident. Elle nécessite d’être pensée et accompagnée. Les cafouillages après les attentats de janvier 2015 auront aidés à en prendre conscience et à y remédier. On ne peut certes pas se réjouir des leçons tirées d’un drame, surtout lorsqu’il est suivi d’autres, mais on peut pour le moins saluer les efforts qui ont été faits pour permettre, au moins mal, l’aide et le soutien indispensables dans ces périodes dramatiques.

Durant les vacances scolaires, le traumatisme lié aux attentats est tout aussi présent et prégnant, mais l’École ne peut être mobilisée. Les enfants et les jeunes se retrouvent confrontés à eux-mêmes et à leurs angoisses, sans forcément savoir avec qui les partager, avec qui en parler.

Le ministère en charge de la jeunesse et des sports a communiqué auprès de l’ensemble des structures d’accueil de loisirs et de vacances quelques principes généraux pour accompagner les enfants. Parmi lesquels :

  • Être à l’écoute. Inviter d’abord l’enfant à s’exprimer pour ne pas dire plus que nécessaire. si vous vous livrez à un moment d’échange en groupe, veillez à ce que la parole de chacun soit respectée. Vous-mêmes, intervenez le moins possible.

  • Protéger autant que possible les enfants des images, ne pas tenir de propos morbides.

  • Ne pas édulcorer la réalité mais ne pas rentrer dans les détails.

  • Ne pas avoir peur d’exprimer des émotions. Les enfants ne comprendraient pas qu’un événement aussi choquant soit discuté sans émotion.

  • Adapter les discussions à l’âge de l’enfant.

  • Présenter sobrement mais sans détour les événements. Rappeler ce que les autorités ont fait pour sécuriser la population et terminer sur une note de solidarité.

Ces conseils, à compléter par les éléments mis à disposition par le ministère de l’Éducation nationale ou par les Cahiers Pédagogiques (par exemple), sont indispensables à tout éducateur. Qu’ils soient diffusés à tous les professionnels en charge cet été de l’accueil d’enfants et de jeunes est tout à fait utile et pertinent.

Ils devraient également être mis à disposition des parents. Pas seulement des parents qui feront la démarche d’aller chercher de l’aide et des supports pour parler des drames avec leurs enfants, mais de tous les parents, de toutes les familles.

Cela devrait être la mission de l’État dans son rôle de protection des mineurs d’accompagner les parents… Étrange que nous recevions toutes et tous -et de manière de plus en plus personnalisée- nos déclaration d’impôts, nous expliquant ce que l’État fait de l’argent ainsi récolté, mais que dans une période si troublée, aucun courrier ne vienne soutenir les familles, inscrire la solidarité dans une démarche collective et proposer des aides indispensables. Étonnant que les élus si prompts en période électorale à remplir nos boites aux lettres de leur propagande, n’aient pas jugé utile d’écrire à ceux qu’ils représentent pour leur apporter un soutien qui serait bienvenu.

Certes, l’époque veut que la communication soit davantage audiovisuelle et numérique que papier. La mission d’aide et d’accompagnement pourrait alors revenir aux médias et prioritairement aux média de service public… Force est de constater qu’on en est loin. Nombreux sont les parents qui ont fait la douloureuse expérience de devoir éloigner en catastrophe leurs enfants du poste de radio ou de l’écran de télévision afin qu’ils ne soient pas confrontés au choc des images, à la violence des mots.

Oui, il faut parler des attentats avec les enfants et les jeunes.

Mais pas n’importe comment. Cette parole doit être accompagnée. Ce n’est qu’ainsi qu’elle permettra de dépasser les peurs.

Denis Adam, le 27 juillet 2016

Photo : Pixabay CC0 Public Domain

Ceux à qui ces odieux crimes profitent…

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Le 18 novembre dernier, Emmanuel Rivière, directeur de l’unité stratégies d’opinion de TNS Sofrès, analysait pour l’Express les conséquences possibles des attentats du 13 novembre, à Paris et au Stade de France, sur les élections régionales qui se tenaient en décembre. À la question « l’effet attentats devrait profiter au Front national ? », il répondait « C’est probable. Il est clair que ces attentats confortent des thèmes classiques du FN : les liens supposés entre immigration et insécurité; « L »Europe-passoire » ; une demande de sécurité accrue, quitte à limiter les libertés publiques… » Il précisait que certaines annonces du gouvernement sont « des mesures qui sont aussi prônées par le Front national… », ajoutant « dans ces conditions, Marine Le Pen a à peine besoin de faire campagne. Ses électeurs lui sont acquis… »

Quelques mois plus tard, la menace se faisant toujours pressante et les actions meurtrières se multipliant dans le monde, jusque dans l’horreur du massacre de Nice ce 14 juillet, le FN se fait fort d’annoncer –sans grande pudeur- une forte augmentation de son nombre d’adhérents.

Surfant sur les peurs, les réponses simplistes proposées par le parti d’extrême droite cherchent à apparaître d’autant plus comme de bonnes solutions que l’opposition se fait l’écho d’une surenchère électoraliste, oubliant la décence minimale due aux victimes et à leurs proches.

Il ne s’agit certes pas de faire de l’angélisme, ni de nier les indispensables efforts qui doivent être conduits en matière de sécurité et donc de coordination, de coopération, de renforcement des forces de l’ordre et des services de renseignements.

Pour autant, le tout sécuritaire, ne peut être la réponse. Les 999 caméras de Nice -soit une pour 343 habitants- vantées par l’ex-maire de la ville aujourd’hui président de la région PACA, n’auront été d’aucune utilité, comme le rappelle tristement le HuffingtonPost, soulignant également que ce même « Christian Estrosi demandait [en janvier 2015] aux élus du Front national de cesser, au moins pour un temps, les polémiques politiciennes sur les questions de sécurité car l’opinion publique attendait avant tout des signes d’unité nationale. Il faut, affirmait-il « être capable de nous retrouver au-delà de nos divergences politiques ». « Un vœu non-suivi d’effet en juillet 2016, pointe le journal dénonçant, Christian Estrosi polémiquant en plein deuil national sur les mesures de sécurité prises par l’exécutif. »

Sans que cela ne serve aucunement d’alibi pour ne rien faire ou pour agir n’importe comment, le courage demande certainement d’accepter de dire que « le risque zéro n’existe pas », qu’il ne sera raisonnablement jamais possible de tout contrôler et que même un État totalitaire ne pourrait empêcher certaines formes de terrorisme.

Dire aussi que l’action doit se situer tant sur le plan international que national.

Seule l’instauration de véritables démocraties laïques, seule l’offre à toutes et tous d’une réelle scolarité longue, d’une Éducation complète, critique et progressiste, seul un véritable exercice de la citoyenneté, un accès de chacune et chacun à la diversité des arts et des cultures, seule une réelle lutte contre la pauvreté, les exclusions, les discriminations, les ghettos…dans les pays dits en voie de développement, permettront de lutter contre les barbares qui instrumentalisent la misère à des fins de fanatisme.

Nationalement aussi, la responsabilité est plus complexe. Elle ne peut se limiter à des mesures aussi inefficaces qu’injustes comme les fermetures de frontières ou le renvoi des étrangers.

Elle est dans la défense d’un mode de vie.

Elle est dans la diffusion, l’explication, la célébration d’une manière d’être ensemble, de sortir, de faire la fête.

Elle est dans l’inscription de cet art de vivre au cœur de l’histoire de toutes les civilisations et dont les arts et les cultures portent témoignages.

Elle est dans l’étude critique des textes, permettant de les replacer dans leurs contextes, dans leurs esprits et non dans une surinterprétation d’un supposé sens littéral.

Elle est dans notre capacité à construire des mixités qui évitent les entre soi et les enfermements communautaristes.

Elle est dans la solidarité entre toutes celles et tous ceux qui veulent vivre debout, dans la paix et la liberté.

Les vaines polémiques, les attaques stériles, les reproches politiciens qui conduisent à des dérapages inacceptables sont indignes de l’attitude responsable que l’on est en droit d’attendre de femmes et d’hommes qui se prétendent être des dirigeants nationaux.

En alimentant la dissension et le ressentiment, ils ne servent qu’une seule cause :

celle portée par le front national,

celle qui se nourrit de ces crimes odieux :

la haine.

Denis Adam, le 20 juillet 2016

Crédit photo : Florianmski

L’esprit du 14 juillet

Attentats-de-Nice-14-Juillet-2016Le 14 juillet ce n’est pas seulement un moment patriotique, une fête nationale qui rappellerait la fierté d’être français… c’est avant tout un esprit.

L’essentiel n’est pas dans le défilé militaire, démonstration d’un autre âge d’une force censée rassurer, ni dans les paroles présidentielles cherchant à convaincre.

Le 14 juillet est une fête populaire. La fête d’un peuple libre, uni et fraternel.

La liberté, le peuple l’a symboliquement et mythiquement gagnée lors de la révolution avec la fin de la monarchie absolue et de ses privilèges. C’est ce que rappelle la célébration du 14 juillet 1789.

L’unité et la fraternité sont, elles, représentées lors de la fête de la Fédération dès le 14 juillet 1790. Cette fête -pour reprendre les mots de Henri Martin, qui en 1880 défend au Sénat la proposition d’instaurer la fête nationale le 14 juillet- est « le symbole de l’union fraternelle de toutes les parties de la France et de tous les citoyens français dans la liberté et l’égalité. Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire. »

Les multiples couleurs des feux d’artifices qui illuminent alors le ciel, les flammes des lampions, la joie des bals invitent ce soir-là chacun à se sentir plus libre, plus égal, plus fraternel… à faire, tous ensemble, peuple.

Cette signification du 14 juillet mérite certainement d’être rappelée à tous, par tous les éducateurs (même si 14 juillet se situe dans une période de vacances scolaires). Elle est d’autant plus importante qu’il ne s’agit pas de s’unir pour se replier sur soi et son identité nationale, mais bien de diffuser partout ailleurs le sens de ces valeurs acquises et à partager.

S’attaquer au 14 juillet, ce n’est donc pas combattre un État, s’opposer à une politique. C’est avant tout exécrer un mode de vie, c’est haïr le peuple, c’est chercher à interdire la liberté, à refuser l’égalité, à nier la fraternité.

Or, malgré l’indicible peine, dans la solidarité avec toutes les victimes et leurs proches, pour que la haine ne gagne pas, il nous faut encore davantage célébrer notre liberté que nous chérissons, notre égalité que nous revendiquons, notre fraternité que nous faisons vivre.

Comme beaucoup, je partageais les mots de Georges Brassens lorsqu’il chantait dans « La mauvaise réputation » :

Le jour du quatorze-Juillet,

Je reste dans mon lit douillet ;

La musique qui marche au pas,

Cela ne me regarde pas.

Et s’il ne s’agit pas de suivre « le clairon qui sonne », depuis ce soir du 14 juillet 2016, à Nice, je sais pourquoi c’est debout et heureux, libre et fraternel que je vivrai dorénavant cette fête populaire au rythme des flonflons (et même de l’accordéon), cet esprit du 14 juillet qui rappelle que la vie triomphe toujours de la haine.

Denis Adam, le 17 juillet 2016