Le sport scolaire en tandem avec les clubs et les fédérations

Le sport scolaire peut être l’antichambre de la performance sportive. Et le sport de compétition compte beaucoup sur l’école pour familiariser les plus jeunes aux valeurs éducatives qu’il est censé véhiculer. Les fédérations de sport scolaire souhaitent aussi rappeler que le sport à l’école doit d’abord s’inscrire dans un projet d’établissement tourné vers un objet éducatif de connaissance de soi, de santé et de vivre ensemble.

La récente loi visant à démocratiser le sport en France a ouvert le champ de l’EPS à l’intervention de prestataires privés dans le primaire. Ce qui n’a pas manqué de ranimer quelques vieilles frictions sur la place des uns et des autres dans l’enseignement du sport et sa dimension éducative et citoyenne.

Il faut dire qu’avec cette loi notre ministère a multiplié mesures et dispositifs (30 minutes d’activité physique quotidienne en élémentaire, une-école-un-club, label génération 2024…) qui ont échafaudé un nouveau mur d’incompréhension. Notre ministre veut-il tuer le sport scolaire ? se sont légitimement interrogées les fédérations de sport scolaire.

Atténuer les fausses rivalités

Peut-être que l’intention n’y était pas mais la forme, une fois encore, a manqué. Une nouvelle occasion ratée donc, d’atténuer les fausses rivalités alors que sur le fond, tous les acteurs sont d’accord : il y a un enjeu de société d’une éducation au sport et à la santé dès le plus jeune âge, dès l’entrée à l’école. Et nous avons tous un intérêt, une mission, à « jouer collectif ».

Selon une récente étude de l’Injep (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire), un quart des français n’a pas d’activité physique ; 34 % de ceux qui n’ont pas ou peu d’activité, homme ou femme, mettent en avant « un mauvais ou très mauvais état de santé » et 28 % un « métier physiquement dur« . Des résultats qui montrent clairement les relations étroites entre sport, santé, bien-être au travail et épanouissement personnel.

Pour l’enfant, le sport à l’école, c’est d’abord « un point d’appui pour le développement des compétences motrices et, plus largement, de son émancipation », explique Véronique Moreira, la présidente de l’Usep, fédération du sport scolaire du primaire. Il y a là l’objectif d’un épanouissement personnel contribuant à la réussite éducative. « Pour nous, il n’y a pas de séparation entre les activités pour le corps et celles pour l’esprit, EPS d’un côté et maths et français de l’autre. Développer les compétences motrices, c’est développer l’être tout entier »,

Avoir une activité sportive régulière

En outre, parce qu’un enfant sur deux n’a pas d’autre pratique physique et sportive que celle dispensée à l’école, la proposition du sport par les fédérations de sport scolaire sur des temps périscolaires aux élèves les plus défavorisés afin qu’ils bénéficient d’une pratique sportive régulière est un enjeu de réduction des inégalités et de cohésion sociale face à une question qui touche aussi au domaine de la santé.

Du côté des clubs sportifs et des fédérations, on plaide largement pour les mêmes objectifs avec les mêmes arguments. Pour d’éminents sportifs de haut niveau, à côté des nécessités d’apprendre à connaître son corps, à bien le faire fonctionner et à en prendre soin, c’est à l’école que se cultivent les rudiments des valeurs collectives du sport prolongées par la suite par une pratique en club, sans discrimination de niveau. Invité de la conférence sur le sport organisée par SE-UNSA lors de son congrès national 2022 de Toulouse, l’ancien rugbyman international Emile Ntamack a avoué que le lien école-club avait été prépondérant dans sa jeune carrière :  « J’ai fait du sport de haut niveau grâce à un prof de gym ». Et d’assurer que dans les clubs, comme au Stade Toulousain, « on a d’abord vocation à former les jeunes à des valeurs ».

Objectifs partagés

La fédération française de rugby déclare ainsi avoir créé 200 postes de cadre technique de club pour tisser des relations avec les écoles, « non pour développer le nombre de licenciés », témoigne Alain Doucet, le président de la ligue d’Occitanie, « mais pour faire connaître notre sport » et les valeurs humaines et sociales qu’il véhicule. « Nous voulons effacer l’image des fédérations racoleuses », a encore indiqué cet ancien joueur de rugby qui a été aussi… instituteur.

A l’Usep, on évoque la carte Passerelle qui offre à tout élève la possibilité de tester gratuitement un sport pratiqué dans un club et de déconstruire les stéréotypes qui s’y rattachent : ici, une discipline qui ne serait pas féminine, là, une autre qui serait soi-disant trop brutale etc… Tout en réaffirmant la nécessaire délimitation des champs d’intervention des uns et des autres. « Démocratiser le sport, c’est ouvrir l’école aux partenaires ayant avec elle des objectifs partagés et si nous voulons ancrer durablement le sport à l’école, celui-ci doit s’inscrire dans un projet d’école », explique encore Véronique Moreira.

En clair, l’intervenant sportif ne saurait être un prestataire extérieur déboulant dans le champ éducatif comme on ferait un « copier-coller », sans que la relation pédagogique soit préalablement établie et travaillée en association avec l’enseignant, pilote de l’EPS, dans le cadre du projet d’établissement.

A l’UNSA Éducation, nous défendons l’idée qu’il y a une complémentarité fructueuse à développer entre les champs du sport scolaire et du sport en club, que leurs acteurs respectifs doivent associer leurs efforts dans le respect de l’autre partie, puisqu’ils sont, de fait, engagés solidairement dans les mêmes défis éducatifs : la santé physique et mentale de tous les élèves et la création d’un cadre lié au sport propice à leur réussite scolaire et à leur épanouissement personnel quelque soit leur niveau de pratique. Sans oublier que c’est l’éducation au vivre ensemble qui est aussi en jeu à travers la promotion par le sport des valeurs citoyennes de partage et de respect.

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