Dépasser les stéréotypes dès l’école primaire

Virginie Houadec, inspectrice de l’Éducation nationale (IEN), membre de l’équipe genre et éducation, docteure en sociologie, a coordonné deux ouvrages intitulés « 50 activités pour l’égalité filles-garçons » (éditions Canopé). Elle propose une réflexion sur la mise en œuvre d’une politique volontariste de dépassement des stéréotypes sexués dès le stade de l’école.

Les lois Jules Ferry (1881-1882) instituent l’obligation d’instruction pour les filles et les garçons, en primaire. Dès 1957, la mixité s’établit jusqu’à devenir la norme en 1975 avec la loi Haby. En 2000, la notion d’égalité filles-garçons entre dans les textes et porte sur les interactions dans la classe, l’éducation à l’orientation et la prévention contre les violences sexuelles et sexistes. Actuellement, il existe encore une sous-représentation des filles dans les filières les plus prestigieuses et les plus porteuses d’emplois. 

Une notion affirmée dans les textes

Forte de son expérience dans le primaire, Virginie Houadec décortique les programmes scolaires des cycles 1, 2 et 3. L’égalité filles-garçons dans les programmes de l’Éducation nationale est présente puisque c’est la première compétence professionnelle du référentiel des métiers du professorat et de l’éducation. La notion égalitaire est réaffirmée par la loi de 2019 dite pour une école de la confiance dans son article 6. Dans les trois cycles, la volonté de l’Éducation nationale est énoncée sous différents termes et pourtant un paradoxe existe entre affichage et réalité. Un manque flagrant d’outils en est la raison selon la sociologue. Le réseau Canopé, acteur pédagogique de référence plébiscité par les enseignant.es, propose une page aux multiples liens vers des outils vers le second comme le premier degré, notamment le « 50 activités » auquel a collaboré Virginie Houadec. Ce n’est qu’en 2018 que l’on retrouve dans le programme des ouvrages qui portent des valeurs d’émancipation comme Rubis tête haute d’Irène Cohen-Janca.

Difficile concrétisation 

Alors pourquoi autant de difficultés à concrétiser sur le terrain ? Virginie Houadec apporte deux réponses : la première est la faiblesse de la formation initiale et continue où seulement deux heures de formation par an par enseignant.e sont consacrées à la question du genre et de l’égalité et la deuxième est la faiblesse des programmes sur cette question. L’inscription de l’égalité filles-garçons dans les programmes de 2020 est très peu structurée. Elle existe mais comme une bonne résolution sans que le champ d’action ne soit réellement développé et puisse constituer un point d’appui réel dans la mise en œuvre dans les classes par les enseignant.es.

Agir sur le territoire et l’espace

Plusieurs statistiques de la Direction de l’évaluation de la prospective et de la performance (DEPP) montrent qu’en cycle 3 les performances des filles sont meilleures que celles des garçons en français avec un écart de 8 points ; il faudrait mettre en relation ce résultat avec les activités pratiquées par les élèves lors des temps de pause, selon Virginie Houadec. Aux récréations, spontanément, les garçons sont au centre de la cour alors que les filles en sont à la périphérie avec des activités à forte « valence » langagière.

La cour est un territoire de l’école que doit s’approprier les enseignant.es avec des projets de territorialité et de partage de l’espace.

Autre exemple avec les manuels scolaires. Virginie Houadec et Isabelle Mosconi ont travaillé pendant dix ans auprès du ministère de l’Éducation nationale et des éditeurs pour contrer les stéréotypes de genre.  Face aux freins de l’institution, elles contournent la problématique en conseillant d’apprendre aux élèves à les reconnaître et à les vider de leur sens.

 L’égalité entre les filles et les garçons constitue une obligation légale et une mission fondamentale de l’Éducation nationale. L’école doit contribuer à la lutte contre les préjugés sexistes à tous les stades de la scolarité. Les recherches actuelles en sociologie, psychologie et sciences de l’éducation montrent que tout se met en place très tôt chez l’enfant par l’éducation reçue dans la famille, l’école et à travers les médias. Les stéréotypes sexués s’ancrent vite et profondément.  La formation initiale et continue des enseignant.es est primordiale ainsi que des outils préfabriqués pour collaborer à l’enseignement de cette égalité.

« Puisque l’école doit préparer les enfants à la vie en société autant faire en sorte que leur formation scolaire leur permettre de vivre dans une société égalitaire ». Christine Morin-Messabel, maître de conférences à l’Institut de Psychologie de l’Université Lumière-Lyon2  

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